Matinée commerciale

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 Il était encore très tôt mais, déjà, la ville débordait d’agitation. De nombreux marchands et producteurs venus de toute la région comptaient sur le marché du samedi. Les charrettes étaient de toutes les tailles, parfois tirées par d’autres animaux, comme de grands chevaux de traits, semblables à ceux qu’Andromaque élevait. Minos pointa un instant deux petites carrioles qui étaient tirées par des grands porcs aux poils longs et dont les défenses avaient été comme sciées.

 Pietro leur expliqua que chaque marchand devait préalablement demander au Consulat de Leonne une autorisation afin de vendre ses produits sur place. On leur confiait alors un emplacement et une échoppe numérotée, qui leur était prêtée pour l’année. Si un vendeur devait être absent trois semaines d’affilée, alors son contrat était rompu et sa place confiée au premier demandeur.

 L'échoppe de Pietro Bernardonne était idéalement placée dans le quartier ouest de la ville. Ils croisèrent en chemin quelques autres marchands qui faisaient chemin inverse et qui saluèrent Pietro en le reconnaissant. Heureusement, les rues dans lesquelles se déroulait le marché hebdomadaire étaient très larges et permettaient facilement de se croiser, quitte à devoir un peu manœuvrer. Enfin arrivés sur place, ils déchargèrent les nombreuses caisses de produits de la ferme. De leur position, ils apercevaient la grande Cathédrale de la ville, qui semblait toiser celle-ci d’un air hautain, richement décorée de toutes parts. Selon Pietro, il s’agissait du seul édifice de Safranie à pouvoir rivaliser avec le palais de l’Impératrice. Il les laissa disposer les victuailles de manière à attirer les clients tandis qu’il retournait garer la charrette en bordure de la ville. Lorsqu’il revint, Maya fut étonnée de le voir dans un tout autre accoutrement, bien plus riche et plus classe que celui qu’elle lui connaissait, la fameuse chemise noir et brodée avec soin par Gabrielle pour son mariage.

 Il les rejoignit derrière l’échoppe et entreprit de les briefer rapidement sur les prix des différents articles qu’ils proposaient. Il apparut très vite que ce ne serait pas si simple. Minos n’était pas doué avec les nombres et Maya ne connaissait pas le système monétaire qu’on lui présentait. Puisqu'il apercevait déjà un premier client, Pietro confia à sa fille la tâche d’instruire rapidement Maya sur les différentes monnaies de Safranie.

 Selon Andromaque, il existait quatre types de pièces différentes, les Mercurules, des petites pièces de cuivre, représentant la plus petite valeur possible. Vingt Mercurules équivalaient à un Arsène, des pièces d’argent, les plus utilisées quotidiennement. À titre indicatif, le prix du pain était fixé dans tout l’Empire de Lucrèce à un Arsène, avec interdiction de le vendre plus ou moins cher. Ensuite, il y avait l’Occyan, qui représentait vingt-cinq Arsènes. L’Occyan était aussi en argent, mais avec des motifs différents et une taille presque deux fois plus grande. Enfin, les dernières pièces étaient en or, ou du moins en partie. Il s’agissait des Riciniers, qui n’étaient pas si volumineuses que les Occyan, mais qui en représentaient chacune vingt, ou cinq-cents Arsènes. Ces dernières pièces étaient cependant fort rares dans les poches des visiteurs du marché et, de son propre aveu, Andromaque n’en avait encore jamais vues. Pour ne pas oublier les différentes valeurs, Maya griffonna rapidement une antisèche sur le parchemin déjà bien rempli qu’il lui restait, se demandant au passage si elle ne devrait pas demander pour en racheter de nouveaux.

 La matinée fut très chargée et vint confirmer les doutes de Maya à propos des parchemins. Incapable de répondre aux clients, elle laissait toujours Minos communiquer et donner les prix, mais elle l’aidait en lui écrivant le résultat des additions. Heureusement, il savait au moins reconnaitre les chiffres. Pietro s’occupait de la majorité des clients, secondé à merveille par Andromaque jusqu’à ce qu’un client ne se montre intéressé par les chevaux qu’elle vendait après avoir consulté son carnet qu’elle avait laissé à vue sur le comptoir. Elle était prompte à présenter les qualités de ses animaux et parla un long moment avec l’homme, n’hésitant pas à donner les détails les plus superflus. Maya remarqua aussi que Minos ne semblait pas très au courant de la composition des pâtés fabriqués par sa famille, fronçant les sourcils à chaque fois que quelqu’un posait une question à ce sujet.

 Finalement, la matinée arriva à son terme. Ils se relayèrent pour manger des tartines faites avec les invendus. Maya était déjà exténuée à force de bouger dans tous les sens. Ils avaient déjà vendu environ les trois-quarts de ce qu’ils avaient emporté. Selon les affirmations de Pietro, la journée se déroulait à merveille pour les finances de la famille. Il n’avait plus besoin d’eux pour marchander.

 — Allez donc vous promener, proposa-t-il. C’est pour ça que Maya est venue, après tout. Peut-être que la mémoire lui reviendra en voyant des endroits qu’elle connaissait ?

 — Ho oui ! s’écria Minos, excité par l’idée de visiter la ville. On va faire le tour de lionne !

 — Leonne, Minos, le corrigea Andromaque. Je peux te laisser le carnet des chevaux, papa ?

 — Bien sûr, répondit son père en peinant à cacher son indifférence.

 — Ho, et, heu, est-ce qu’on peut avoir de quoi acheter du porchenain ? demanda Minos en voyant que Maya lui montrait le sien, complètement rempli de son écriture et de graffitis.

 — Humf, c’est vrai que s’il vous en manque, ça risque de compliquer la communication, approuva Pietro en observant à son tour ce que montrait la muette. Bien, je vais vous donner cinq Arsènes, ça devrait suffire pour quelques pages.

 — Tant qu’on y est, je me demandais si…, commença Andromaque d’un air faussement absent, rougissant un peu.

 — C’est bon, j’ai compris, rit son père en lui confiant aussi cinq pièces d’argent de sa bourse.

 — Merci papa ! s’écria-t-elle en lui sautant au cou avant de lui faire une bise sur la joue.

 — Allez, profitez bien ! Et revenez ici pour le souper !

 Ses enfants n’attendirent pas plus longtemps. Ils sortirent en trombe de derrière le comptoir et s’aventurèrent un peu plus loin dans la rue. Maya les suivit avec un peu d’appréhension. Maintenant qu’elle se retrouvait seule avec Minos pour enquêter, elle avait un peu peur de ce qu’ils pouvaient découvrir. Elle pensait qu’Andromaque resterait avec eux, mais celle-ci leur indiqua une boutique de parchemin avant de les abandonner en plein milieu de la rue. Ainsi, la muette tentait de suivre Minos du mieux qu’elle pouvait. De petite taille, le jeune berger parvenait à se faufiler facilement entre deux piétons, là où Maya n’avait aucune chance de passer. Heureusement, en jetant de temps à autre des regards derrière lui, Minos remarquait qu’il l’avait semée et s’arrêtait un instant le temps qu’elle le rattrape.

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