Retour à Leonne

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 Comme prévu, Pietro et Eaque revinrent bredouille de la seconde battue. Rendus sceptiques par ce nouvel échec, les voisins avaient décidé de ne plus recommencer le lendemain. C’est pourquoi le père Bernardonne avait l’air si dépité. Il se sentait un peu décrédibilisé par cette affaire. Il était pourtant persuadé d’avoir reconnu la morsure d’un canidé sur l’advouquetin. Tout au long du repas de midi, il resta muet, à l’image de son invitée, et laissa Eaque raconter leur journée. Il ne répondit même pas aux perches lancées par son beau-père, se contentant de lui lancer des regards noirs.

 — Il est peut-être parti ! proposa Minos d’un air innocent qui fit sourire Maya. Il s’est caché hier et pour pas être embêté, il a bénénagé !

 — Déménagé, Minos ! le reprit Andromaque.

 — Mais du coup, on peut retourner près du Bois avec les advouquetins, aujourd’hui ! s’exclama-t-il, réjoui.

 — Hors de question, répondit son père en ouvrant la bouche pour la première fois du repas.

 — Mais…

 — Ton père a raison, Minos, lança Clarisse tandis qu’elle tartinait une tranche de pain. Si la battue a échoué, il y a un risque pour que le loup soit tout de même encore présent. Même si une preuve de sa présence remontrait l’humeur de ton père, ce n’est pas pour autant qu’il faut que tu en deviennes une !

 Minos fronça les sourcils, pas très sûr d’avoir compris, puis soupira, bougon. Évidemment, il ne pouvait avouer avoir réglé la situation sans risquer des remontrances. Il était, en quelque sorte, pris à son propre jeu. Mais comme il commençait à bouder, sa mère se mordit les lèvres. Maya semblait comprendre pourquoi. Avec Bernardo, cela faisait trois générations de Bernardonne qui semblaient maussades, et ça ne ressemblait pas à l’humeur habituelle de la bande.

 — De toute façon, lança-t-elle bien fort d’une voix autoritaire. Il n’y aurait pas eu de battue demain, puisque tout le village ou presque doit aller au marché de Leonne. Et ce serait peut-être intéressant que Minos y aille avec Maya, histoire de voir s’ils peuvent trouver des informations sur elle, non ?

 Clarisse avait fait mouche. Son mari souriait à nouveau à la perspective d’aller au marché. Minos, quant à lui, avait relevé la tête avant de se redresser sur sa chaise, pour attaquer sa tartine avec l’entrain qu’il venait de retrouver. Maya, elle aussi, afficha un sourire à l’idée de se rendre à Leonne. Le souvenir le plus lointain qui lui restait se déroulait justement près des remparts de la ville, et c’était l’occasion d’enquêter pour en apprendre plus. Elle remarqua en passant que le vieux Bernardo haussait les sourcils en marmonnant quelque chose qui attira le regard froid d’Andromaque. Sûrement espérait-il être débarrassé d’elle dès demain.

 — Très bien, lança Pietro après un instant. C’est vrai qu’il faudra charger la charrette ce soir, avant d’aller se coucher. Mais comme je suppose que Minos et Maya ne resteront pas au stand pour m’aider, si quelqu’un d’autre veut venir… ?

 Il avait dit ça en regardant ses autres enfants. Rhadamanthe se contenta de bailler profondément, n’ayant pas vraiment prêté attention à ce que disait son père. L’ainé, Eaque, par contre, semblait hésiter. Il avait déjà dû participer aux deux battues et paraissait presque aussi fatigué que son frère. C’est Andromaque qui vint à sa rescousse en levant le bras.

 — J’en profiterai pour essayer de voir si nos chevaux ont des acheteurs, proposa-t-elle.

 — Ou pour t’acheter un petit quelque chose, ajouta Europe avec un sourire complice.

 — Pourquoi pas, répondit-elle en haussant les épaules, le teint rougi.

 — Et sinon, vous avez attrapé le loup ? demanda gentiment Gabrielle avec un sourire franc à son gendre, provoquant l’hilarité de son mari et un grand soupir de sa fille.

 Ainsi, en fin de journée, toute la petite famille fut mise à contribution pour remplir la charrette de plusieurs denrées produites dans l’atelier. Il y avait toutes sortes de confiture, des caisses de fruits et légumes, des pâtés artisanaux et des fromages divers. Andromaque installa aussi une sorte de petit livret aux feuilles de parchemin reliées avec du fil de couture. Elle expliqua à Maya qu’elle avait dressé une sorte de carte d’identité de chaque cheval qu’ils élevaient, afin de pouvoir donner des arguments de vente aux clients. Une initiative personnelle que ses frères, et même son père, n’hésitaient pas à caractériser d’excessive. La charrette fut apprêtée de deux domrochs vigoureux. Il ne restait dans le véhicule qu’une toute petite place afin que Minos et Maya puissent s’y glisser, Andromaque prenant la place à côté de son père, avantage d’ainesse.

 Encore une fois, la nuit fut de courte durée pour Maya. Andromaque la réveilla alors qu’il faisait encore nuit dehors et elles s’habillèrent avant de rejoindre les autres. Pietro et Minos étaient déjà installés. Si le père de famille était parfaitement réveillé, il en était autrement pour le petit berger, qui avait de tout petits yeux. Elle s'assit à côté de lui, dans le fond de la charrette, entre deux caisses. Clarisse leur avait préparé des biscuits et une pomme pour le trajet, mais Maya, qui n’avait pas faim, les laissa de côté pour essayer de dormir le temps du voyage. Mal lui en prit puisque, lorsqu’elle se réveilla, elle constata que son compagnon de voyage s’était permis de manger les gâteaux avant de lui-même s’endormir. Elle soupira, partagée entre l’amusement et l’agacement, et commença sa pomme quand la charrette s’arrêta brusquement. Elle jeta alors un coup d’œil derrière elle, remarquant soudain les hautes murailles de la ville de Leonne qui s’étendaient devant eux.

 Pietro était en train de discuter avec deux gardes, qui s’écartèrent bientôt pour le laisser entrer dans l’enceinte de la ville, tout en lui rappelant de revenir garer sa charrette une fois déchargée des produits qu’il comptait vendre. Le fermier le leur assura et les salua poliment avant d’agiter les rênes de son véhicule. À côté de Maya, Minos se réveillait tout doucement, s’étirant bruyamment. La jeune fille, elle, poussée par la curiosité, avait passé sa tête en dehors du véhicule pour mieux observer les rues qu’ils traversaient.

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