L'être de lumière

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 Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle crut d’abord être toujours dans les Bois, car il n’y avait quasiment aucune lumière dans les environs. Cependant, elle ne sentait pas le sol dur sous son corps, ni les feuilles ou les herbes. En fait, c’est comme si elle n’était couchée sur rien du tout et que son corps flottait dans le vide. Elle essaya de se relever et fut surprise de finalement toucher un sol qu’elle n’avait même pas sentit. Elle put prendre ainsi appuie pour se tenir debout et observa de plus près le terrain sur lequel elle se trouvait puis déglutit, inquiète de ne rien y voir, justement. C’était comme si elle s’était retrouvée sur une plaque de verre, au milieu de l’espace infini et sombre. Elle fit un pas prudent devant elle, craignant que le sol éclate soudain sous son poids. Mais rien ne se produisit.

 Maya se sentait effrayée, presque oppressée par cet espace étrange et sans logique. Que faisait-elle là ? Était-ce simplement un rêve ? Ou bien le coup sur le front avait-il été plus violent que ce qu’elle croyait ? Était-ce ce qui arrivait lorsqu’on mourrait ?

 Puis, en tournant la tête, elle le vit. Quelqu’un lui faisait dos, à quelques mètres d’elle, assis en tailleur, la tête baissée sur quelque chose qu’elle ne pouvait pas voir. Lui-même était éclairé mystérieusement, comme si son corps lui-même produisait la lumière. Elle resta quelques secondes stupéfaite, puis se sentit rassurée de ne pas être seule. Peut-être était-ce Minos ? Elle commença alors à se rapprocher, lentement, curieuse.

 Mais elle avait à peine fait quelques pas qu’elle sentit soudain quelque chose d’humide lui toucher la joue. Elle secoua la tête en fermant les yeux, par réflexe et, lorsqu’elle les rouvrit, elle ne se trouvait plus dans cet étrange lieu. La présence lumineuse avait disparu, et ce qu’elle devina comme étant Pan lui léchait affectueusement les joues. Elle sentit alors brutalement une vive douleur lui fendre le crâne et elle se releva, la tête avec ses mains, comme pour étouffer la douleur. Puis, quand ses yeux furent réhabitués au peu de clarté, elle observa l’advouquetin devant elle qui semblait lui faire signe de le suivre. Elle perçut, un peu plus loin, la lumière de la torche de Minos, qui était immobile. Elle déglutit et se mit en marche, évitant cette fois la fameuse branche d’arbre qui lui avait fait regretter de ne pas avoir de quoi s’éclairer.

 Si elle était d’abord inquiète, l’attitude de Pan, qui trottinait joyeusement, semblait lui signifier qu’elle ne devait pas s’en faire. Effectivement, quand elle put enfin voir ce qu’il se passait, elle soupira de soulagement.

 Minos et Pan étaient manifestement parvenus à rattraper le loup. Et pour cause, celui-ci était blessé à la patte arrière, et n’avait pas pu courir aussi vite qu’à son habitude. Elle n’avait aucune idée de comment Minos s’y était pris, mais apparemment, il avait réussi à le toucher sans se faire mordre. Il était agenouillé près de l’animal, couché docilement, tandis que le petit berger lui appliquait un bandage de fortune. La voyant approcher, le petit garçon se tourna vers Maya.

 — Ça va ? demanda-t-il, inquiet. Tu t’étais perdue ?

 Maya lui fit non de la tête puis fit mine de se frapper fort le front. Le berger réprima un petit rire puis poursuivit de caresser l’animal blessé. Pan semblait presque être jaloux en observant son maitre cajoler quelqu’un d’autre que lui. Puis Minos plongea son autre main dans le sac pour en retirer les derniers morceaux de viande. L’animal releva subitement la tête, comme hypnotisé, et les attrapa au vol quand le petit garçon les lui lança.

 — Écoute, Monsieur Loup, commença alors à chuchoter Minos, juste assez fort pour que Maya l’entende. Il faut que tu quittes le bois… C’est dangereux, les gens du village, ils vont essayer de te faire du mal… Ils ont peur de toi. Tu dois partir pour rester en vie, d’accord ?

 L’animal jaugea longuement Minos. Puis il se releva malhabilement, frotta son museau contre les jambes du garçon, comme en signe d’au-revoir, et se détourna. Il s’éloigna calmement d’eux avant de leur lancer un dernier regard. Minos lui fit un signe de main puis la bête disparut dans l’obscurité.

Le chemin du retour parut extrêmement court à Maya. Minos était ravi d’avoir rencontré le loup et d’être parvenu à lui faire passer le message. Encore fallait-il qu’il écoute ses conseils, se disait Maya. A leur retour aux étables, il faisait encore nuit mais l’obscurité paraissait faiblir. Ils rejoignirent rapidement leurs chambres respectives sans réveiller quiconque. Enfin, Maya se laissa tomber sur sa paillasse et s’endormit aussitôt.

 Hélas, le sommeil fut, encore une fois, de courte durée. Comme tous les jours, ils furent réveillés très tôt. Et ce jour-là fut particulièrement difficile, autant pour Maya que pour Minos. Le prix à payer leur paraissait un peu lourd, d’autant que le travail ne manquait pas en cette matinée. Ils commencèrent d’abord par traire les advouquetins en baillant plus que de raison tandis que, presque pour les narguer, Pan restait endormi non loin d’eux. Quand ils eurent terminé, ils furent directement appelés pour aider dans les champs avec Rhadamanthe, puisque Pietro et Eaque étaient en pleine battue.

 Ceux-ci revinrent peu après midi, bredouilles. Ils n’étaient pas parvenus à débusquer le loup. Certains voisins étaient même venus à douter de son existence. Une nouvelle battue était prévue pour le lendemain, mais Minos et Maya savaient très bien qu’elle serait inutile, contrairement à leur escapade de la veille.

 La journée n’en fut pas moins pénible, surchargée de travail puisqu’ils ne pouvaient toujours pas retourner près du bois avec les advouquetins. C’est épuisés qu’ils quittèrent la table du repas pour aller se coucher directement, sans passer par un quelconque jeu. Avant de dormir, Maya en profita pour frotter sa tenue de travail. Elle en avait prise une autre dans les affaires d’Andromaque et était passée inaperçue cette fois-ci. Lorsqu’elle eut réussi à enlever toutes les traces de terre et de feuille, elle se coucha enfin dans sa paillasse.

 Avant de s’endormir, l'image de la veille lui revint à l'esprit. Un espace vide, avec un sol à peine palpable mais invisible, et une étrange présence lumineuse... Mais elle chassa bien vite cette vision de son esprit. Sûrement n’était-ce qu’une hallucination en réponse au coup qu’elle avait reçu sur la tête. Ainsi, sans se douter de ce qu’il se tramait, elle s’endormit enfin pour une nuit de repos bien méritée.

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