Le tour de la propriété

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 À peine eurent-ils fini de manger que le petit Minos Bernardonne attrapait la main de Maya pour l’emmener avec lui. Celle-ci faillit tomber, se rattrapant en sautillant maladroitement pour éviter de se prendre les pieds dans une chaise. Elle tourna rapidement la tête pour adresser un regard d’excuse à la mère du garçon, mais celle-ci lui répondit avec un sourire. Manifestement, tout le monde repartait avec le même empressement que son fils cadet.

 Minos ne la relâcha qu’une fois la porte du dehors passée. Le ciel était d’un bleu éclatant, parsemé de petits nuages blancs. Le soleil était à son zénith, si bien que Maya dut positionner une main au-dessus de ses yeux pour éviter d’être éblouie. La chaleur semblait plus forte qu’à l’intérieur, même si de petits coups de vents venaient réguler la température et rendre le climat plus agréable. Devant eux s’étalaient des champs sur plusieurs hectares. On y faisait pousser des végétaux aux longues tiges pleines de graines. Maya était très impressionnée de voir l’espace qui était dédié à cette seule culture de céréales. Elle aurait volontiers posé des questions à Minos, mais elle n’avait aucune idée de comment s’y prendre. Celui-ci lui fit signe de le suivre pour une rapide visite de l’exploitation agricole familiale, en commençant par les alentours de la maisonnée.

 Très vite, un désagréable bruit strident parvint aux oreilles de Maya, qui fronça les sourcils. Plus ils se rapprochaient de l’arrière de la maison et plus le son devenait fort et déplaisant. Minos avait déjà recouvert ses oreilles de ses mains pour en atténuer la virulence et la jeune fille ne tarda pas à l’imiter. D’un signe de tête, il lui montra le petit enclot, qui était habité par deux oiseaux responsables de ce tintamarre. Le premier avait la taille et le corps d’une poule, mais son plumage était gris tacheté. Son cou paraissait légèrement plus long que celui de ses cousines et il disposait d’un bec plus allongé, sans collerette ni huppe sur le crâne. L’autre était plus grand, avec un corps plus allongé et, surtout, plus coloré. Les plumes de son corps étaient d’un rouge éclatant, tandis que celles à l’arrière étaient de couleur olive. Elles y étaient si longues qu’elles donnaient l’impression que l’animal disposait d’une queue. Enfin, sa tête était d’un bleu cobalt et son bec paraissait moins long que celui de son compagnon, ce qui ne l’empêchait pas de l’ouvrir pour pousser ce si désagréable cri déchirant. Bien vite, Minos s’éloigna d’eux, rejoint avec empressement par Maya.

 — Ce sont des régusans, lui dit-il en continuant de marcher une fois qu’ils furent assez éloignés pour pouvoir communiquer. Papa les a installés là pour qu’ils les réveillent le matin, lui et maman. Ils pondent parfois des œufs, et on en a d’autres, mais on les garde dans un autre enclot parce qu’ils n’arrêtent pas de parler !

 Maya aurait pu lui demander l’intérêt d’élever de tels cauchemars pour les oreilles, ou du moins essayer de le demander, mais elle était bien trop soulagée d’avoir vite quitté la zone pour y penser. Elle se contenta de suivre le jeune garçon avec un pas un peu plus rapide. Ils ne tardèrent pas à arriver devant cinq grands bâtiments. Le premier, lui expliqua Minos, était la réserve. C’était là qu’on y stockait tous les céréales produits et la nourriture nécessaire pour les animaux. Le suivant, qui disposait de plusieurs grandes cheminées, était un atelier, dans lequel Clarisse, Eaque et Europe produisaient diverses marchandises, dont des confitures, du pain, des pâtés, etc. Minos et Eurydice n’avaient pas le droit d’y entrer. Ensuite venaient les écuries. La famille Bernardonne élevait plusieurs chevaux et c’était manifestement à Andromaque que la tâche était confiée. Elle était en train de nourrir un poulain quand son frère et Maya arrivèrent. Elle présenta à cette dernière les différentes races qu’ils élevaient, des simples canassons aux puissants chevaux de trait. Le quatrième bâtiment était peut-être le plus long, et Maya comprit pourquoi en y entrant. Une quarantaine d’énormes bovins s’y trouvait, chacun disposant d’un espace personnel dans lequel ils étaient presque à l’étroit. Seuls quelques individus disposaient d’un quartier plus grand, mais uniquement parce qu’ils le partageaient avec de jeunes veaux, qui n’avaient pas encore de corne. Eurydice était en train d'en nourrir un au biberon tandis que sa sœur, Europe, déplaçait un seau rempli de lait, sans prêter attention à leur arrivée.

 — Ce sont nos domrochs, dit Minos. C’est maman et mes sœurs qui s’en occupent, mais parfois, ben, je les aide un peu ! Papa en vend sur le marché de Léon, mais ils nous aident aussi pour moissonner ! Ils sont tout gentils même s’ils peuvent faire peur avec leurs grosses cornes ! Mais attends, t’as encore rien vu !

 Maya allait faire un pas en avant pour se rapprocher d’Eurydice et du jeune domroch qui tenait à peine sur ses jambes, attendrie, que Minos l’attrapait à nouveau par le bras et l’entrainait vers le dernier bâtiment.

 Plus ils se rapprochaient de l’entrée de celui-ci et plus Minos semblait surexcité. L’intérieur était séparé en deux grands enclos. Celui de droite était habité par plusieurs porcs poilus et de grande taille, ainsi que de quelques petits porcelets dont les longs poils couvraient même leurs yeux. Mais ce qui semblait stimuler Minos à ce point se trouvait dans le second enclot, puisqu’il commença à sautiller sur place en le lui montrant, l’empêchant ainsi d’abord de mieux observer les animaux qui s’y trouvaient.

 — Tadaaaa ! lança-t-il en bombant le torse, cessant enfin de bouger. C’est nos advouquetins, et c’est moi que je m’en occupe tout seul !

 Les fameux advouquetins étaient des animaux très semblables à des moutons, dont la toison blanche immaculée était cependant moins épaisse. La seule large différence résidait dans le haut de leur crâne. Celui des advouquetins paraissait comme rembourré, doté d’une couche osseuse supplémentaire. D’ailleurs, certains individus se donnaient des coups de tête par moment, produisant un bruit sourd sans pour autant qu’ils ne paraissent affectés par le choc. Maya était assez surprise de voir que leur laine était si blanche, sans aucune trace de saleté. Elle se demanda si c’était naturel ou si Minos prenait particulièrement soin d’eux. Un seul animal ne disposait pas de cette blancheur éclatante. Au contraire, il avait la toison la moins épaisse de tout le groupe et celle-ci était d’un noir profond. Il avait aussi le crâne le plus épais. La bête en question se précipita immédiatement vers Minos pour lui lécher les doigts quand celui-ci arriva au niveau de la barrière.

 — Salut, Pan ! s’exclama Minos avec entrain. Oui, oui, on va se promener !

 L’advouquetin noir recula, leva les deux pattes avant avec une certaine allégresse, puis se détourna de Minos et commença à courir autour des autres. Ces derniers se regroupèrent en se donnant quelques coups de tête en passant. Une fois que les animaux formèrent un troupeau serré, Minos attrapa un bâton qui était posé contre la clôture de bois qu’il déverrouilla . Il fit signe à Maya de rester proche de lui et il se mit en marche, suivi par ce drôle de cortège régulé par Pan.

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