Gabriel et Bernardo

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 La jeune fille eut un sourire et réprima un rire. Même pour ça, elle n’arrivait pas à produire le moindre son. Minos attrapa alors soudainement sa main et la tira hors du lit avec entrain.

 — On va demander à Mamy ou Papy ! s’écria-t-il. Ils savent lire, eux, et les autres, ben, ils travaillent en ce moment ! Moi aussi normalement, mais je voulais rester voir si tu allais te réveiller !

 Un peu forcée, elle le suivit et ils descendirent bien vite les escaliers. Minos l’entraina immédiatement dans ce qui devait servir de salon. Assis sur une sorte de large canapé en peau de bête, il y avait deux personnes âgées : Une vieille dame aux allures sympathiques qui tricotait et un homme barbu du même âge qui, au contraire, semblait plutôt bougon. Sa façon de parler d'ailleurs, sèche et brutale, ne laissait aucun doute.

 — C’pas trop tôt, grogna-t-il. La princesse a fini de dormir, c’est bon, elle peut partir ?

 — Ho, bonjour, ma chère ! lança sa femme, Gabrielle, comme si son mari n’avait rien dit. Vous avez bien dormi ?

 La jeune fille voulut ouvrir la bouche pour répondre, puis elle se ravisa. Elle se contenta d’acquiescer avec un air embarassé, tout en fuyant le regard méfiant de l’homme.

 — Tant mieux tant mieux ! répondit la vieille en souriant. Vous avez fait une drôle de surprise à ma fille et à son mari, vous savez ? Vous n’avez pas encore déjeuné, je suppose ?

 — Parce qu’on va lui donner à manger en plus de la faire dormir à l’intérieur ? s’écria alors précipitamment son voisin avec un ton plus dur. Et puis quoi encore ?

 — Mais non, il ne pleut pas dehors, s’étonna la vieille dame avec surprise en se tournant vers lui. Il fait un temps magnifique, regarde par la fenêtre !

 — Papy, Mamy, Madame en bleu, elle a écrit quelque chose, mais je sais pas bien lire ! lança alors Minos pour couper court au quiproquo causé par la surdité de sa grand-mère, tout en montrant le morceau de parchemin qu’il avait en main.

 — Quoi, elle peut pas nous parler, plutôt que d’écrire ? aboya Bernardo sans même regarder vers elle.

 — Voyons ça, répondit la vieille dame en saisissant le manuscrit que Minos lui tendait. Quel joli dessin nous as-tu fait ?

 Elle commença à l’observer, cherchant d’abord les traces d’un croquis de son petit-fils, jusqu’à ce que ce dernier ne lui indique avec son index où elle devait regarder. Mécontent d’être mis sur le côté, Bernardo se rapprocha et déchiffra l’écriture pour lui-même tandis que la vieille dame lisait à voix haute, sous les regards impatients des deux jeunes en présence.

 — « Je n’arrive pas à parler. Et je ne sais pas qui je suis, ni ce que je fais ici… Je suis désolée de ne pas pouvoir vous répondre… » Ho, mazette, moi qui pensait que j’avais encore perdu de mon audition ! s’exclama enfin Gabrielle en souriant à la jeune fille.

 — Encore une handicapée…, murmura Bernardo en levant les yeux au ciel.

 — Mais alors, tu sais pas du tout qui tu es ? s’étonna Minos en regardant la jeune fille en robe bleue. Tu te souviens même pas de ton prénom ?

 À nouveau, la jeune fille pivota sa tête de droite à gauche avec une mine triste. Cela commençait d’ailleurs à la perturber de plus en plus au fur et à mesure qu’elle se rendait compte de la gravité de sa situation.

 — Et ton papa et ta maman ? demanda encore Minos. Tu sais plus qui c’est ? Vraiment pas ?

 — Moi aussi j’aimerais bien oublier ton père, fit remarquer Bernardo.

 — Mais c’est terrible ça ! s’exclama Minos avec un air épouvanté. Ils doivent te chercher partout !

 — Oui, il faut qu’elle parte pour les chercher, enchérit le vieillard d’un ton ironique en imitant son petit-fils.

 — Mon mari a raison, s’écria Gabrielle. Je suis sûr que notre gendre sera d’accord pour que vous restiez le temps qu’il faudra pour que vos souvenirs reviennent, ma pauvre !

 En entendant les paroles de la vieille dame sourde, la jeune fille sourit légèrement, gênée et émue par sa gentillesse. Son mari, au contraire, regardait cette dernière avec un air agacé. Minos, par contre, fit un petit bond et tendit les bras en l’air pour prouver son accord.

 — Oui, papa et maman seront sûrement d’accord ! s’écria-t-il avec un grand sourire. Viens, on va manger, ils vont bientôt revenir eux aussi, en plus, c’est bientôt l’heure de manger!

 Et sans plus attendre, Minos entraina la jeune fille dans la pièce voisine, sans lui laisser le choix ou non de rester sur place. De toute façon, si la dame paraissait très aimable, la jeune inconnue préférait éviter la compagnie du vieil homme qui commençait à nouveau à bougonner alors qu’ils n’étaient pas encore sortis de la pièce.

 Ils entrèrent dans une longue pièce au centre de laquelle se trouvait une toute aussi longue table en bois. Des planchettes y étaient disposées, avec des gobelets en métal. Il y avait aussi trois cruches remplies d’eau, mais pas de trace de nourriture. Minos lui proposa de s’asseoir en lui indiquant une place à laquelle il n’y avait aucun ustensile. Tandis qu’elle suivait docilement ses consignes, l’enfant ouvrait un tiroir pour en retirer une assiette en terre cuite ainsi qu’une chope à bière en poterie, qu’il installa en face d’elle. Puis il chipota quelques secondes à un placard fermé avec une sorte de cadenas. Même s’il n’en avait pas la clé, il retira le verrou et ouvrit la porte pour en sortir un sachet plein de pain et un pot en verre rempli d’une sorte de confiture bleutée. Il s’appliqua pour remettre la sécurité puis s’assit juste à côté d’elle et lui tendit une tranche avec un sourire.

 — Bon appétit ! lança-t-il. Maman, elle dit que c’est le repas le plus important de la journée ! Moi je l’ai déjà mangé, mais comme c’est important, je peux en reprendre un deuxième !

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