Réveil

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 La jeune fille bougea légèrement, se recroquevillant encore un peu plus. Elle commençait tout doucement à se réveiller après une longue nuit de sommeil. Elle était tombée de fatigue après s’être cachée dans une charrette mais le bois dur sur lequel sa nuit avait débuté avait fait place à une sorte de paillasse bien plus douillette. De même, elle sentait sur ses jambes et ses bras qu’une couverture bien plus douce avait été déposée sur son corps. Le silence régnait, parfois ponctué par le cri étouffé d’un animal au loin. Seule une odeur aigre venait entacher ce paisible tableau. On l’avait forcément déplacée, pensait-elle. Si elle était aussi confortablement installée, la personne qui en était à l’origine ne devait pas lui être hostile. Rien ne pressait et elle pouvait donc rester encore un instant à demi-endormie avant de prendre connaissance de sa situation.

 Après de longues minutes, comme elle n’entendait rien qui puisse lui donner un indice sur le lieu où elle se trouvait, la jeune fille se risqua à ouvrir les yeux, levant les paupières lentement. L’image qu'elle aperçut était d’abord très floue… Quand, soudain, elle comprit ce qu’elle avait en face d’elle. C’était le visage d’un jeune garçon qui la fixait à une distance qui ne devait pas dépasser les dix centimètres de sa propre tête. Surprise, elle sursauta en écarquillant les yeux et en essayant, en vain, de pousser un cri de stupeur. Elle tenta de se relever puis recroquevilla ses genoux contre son torse en reculant bien vite sur la paillasse sur laquelle elle avait dormi. Puis, les quelques secondes de panique passées, elle observa un peu mieux ce qu’elle avait en face d’elle.

 Le jeune garçon qui l’avait fixée devait avoir dix ans, peut-être onze. Il n’était pas bien grand et portait des vêtements en cuir, avec des trous par endroits, rembourrés avec de la laine. Il avait des sabots de bois aux pieds et son pantalon était coupé au niveau du genou droit, laissant voir un vieux pansement de fortune collé sur ce dernier. L’enfant avait des cheveux bruns ébouriffés et un peu sales, parsemés de brins de paille. Il avait un petit nez, des yeux verts foncés sous de maigres sourcils, et ses joues étaient pleines de traces de terre mal nettoyées. S’il avait lui aussi sursauté en la voyant réagir, il était maintenant hilare à la regarder l’observer sous toutes les coutures.

 Considérant que l'inconnu ne devait pas constituer une menace, la jeune fille soupira de soulagement et examina les alentours. La pièce dans laquelle ils se trouvaient était faite en bois. Il y avait deux autres paillasses, disposées un peu plus loin, avec une couverture semblable à la sienne. Collée contre le mur, une unique et grande étagère tronait, dans laquelle se trouvait différents vêtements, ainsi que des peignes et du matériel de toilette basique. Dans un coin de la pièce, près de la porte, reposait une grande bassine en métal. Une fenêtre ouverte donnait sur l’extérieur et laissait les éclats du soleil entrer et éclairer la pièce avec perfection. Manifestement, il s’agissait simplement d’une chambre à coucher.

 — Salut, lança finalement le petit garçon. Papa et Maman t’ont mise ici pour dormir, on attendait que tu te réveilles ! T’as bien dormi ? Tu as faim ? On peut aller prendre un petit déjeuner si tu veux ! Ha, oui, et moi, c’est Minos ! Et toi tu t’appelles comment ? Et tu viens d’où ? Pourquoi t’étais dans la charrette de Papa ?

 Le dénommé Minos avait parlé très rapidement, laissant la jeune fille sans voix. Comme il la fixait à nouveau avec insistance, elle se mit à réfléchir à ce qu’elle allait répondre. Mais plus elle repensait aux questions du petit garçon, plus elle se sentait mal à l’aise. Quel était son nom ? D’où venait-elle et comment s’était-elle retrouvée ici ? Elle n’en avait pas la moindre idée. Elle déglutit avant de se mordre les lèvres sous l’angoisse. Tout ce qu’elle pouvait dire c’était que, effectivement, elle avait faim. Pour tout le reste, c’était un mystère.

 Comme les secondes défilaient, elle se décida enfin à donner une réponse au petit garçon, quitte à ce qu’il n’en soit pas de suite satisfait. Aussi ouvrit-elle la bouche dans le but de lui avouer son ignorance aux questions qu’ils se posaient désormais tous les deux. Son teint passa au rose vif sous la gêne, mais blêmit tout aussi soudainement quand elle se rendit compte qu’aucun son ne sortait de sa bouche. Inquiète, elle posa doucement sa main droite contre son cou tout en baissant les yeux. Elle ne parvint pas à produire le moindre bruit, pas même un cri d’angoisse.

 Voyant son étrange réaction, Minos perdit son sourire et pencha sa tête sur le côté d’un air soucieux. Il se rapprocha d’elle et prit une pose d’extrême réflexion, la main posée sous son menton imberbe.

 — Tu ne sais pas parler ? demanda-t-il. C’est ça ?

 Le visage défait, la jeune fille acquiesça. Elle espérait que le petit garçon allait la croire, car elle se doutait qu"elle risquait de paraitre suspecte. Mais Minos lui sourit d’un air rassurant et commença à faire des signes avec ses mains, pour lui demander d’attendre un instant et de ne pas bouger. Il courut rapidement en dehors de la pièce, la laissant seule un instant. Elle entendit vaguement les bruits de Minos qui dévalait des escaliers. Elle en profita pour essayer, à nouveau, de parler, sans succès. Quand il revint, le petit brun lui montra un morceau de parchemin déjà usé ainsi qu’une sorte de plume en bois au bout brûlé pour pouvoir écrire avec. Il les lui tendit, mais elle hésita quelques secondes avant de les prendre. Elle avait peur de ne pas savoir écrire. Le petit garçon continuait de faire des gestes pour lui faire comprendre quelque chose. Manifestement, il devait la croire sourde, comme si muette ne suffisait pas.

 Elle regarda le parchemin avec anxiété et, après avoir soufflé un coup, elle s’essaya à l’écriture. Comme les lettres lui venaient presque naturellement, elle soupira, soulagée, et eut son premier vrai sourire depuis son réveil. Malgré son amnésie quasi-totale, le réflexe de cet apprentissage était resté gravé dans son esprit, tout comme celui de la lecture qui lui permettait de déchiffrer les notes qui parsemaient déjà le document usé qu’on lui avait donné.

 « Je n’arrive pas à parler, écrivait-elle avec application, faisant son possible avec le matériel peu approprié. Et je ne sais pas qui je suis, ni ce que je fais ici… Je suis désolée de ne pas pouvoir vous répondre… »

 Quand elle eut fini, elle tendit le parchemin à Minos, qui l’attrapa avec une certaine excitation avant de lire ce qu’elle avait écrit. Il resta alors un long moment totalement silencieux, le visage caché par le manuscrit. Devant cette attente interminable, la jeune fille déglutit, à nouveau mal à l’aise. Et si on ne la croyait pas ? Qu’allait-on faire d’elle ? Et si elle se retrouvait dehors, sans le moindre repère ? Elle sursauta presque quand elle entendit Minos rompre le silence en soupirant avant d’éclater de rire.

 — Je suis vraiment une tête de domroch, plaisanta-t-il. J’avais oublié que je savais pas lire !

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