Pietro

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Tout évènement est issu de la volonté de Lithé couplée à l’approbation de Meroclet.

 Pietro Bernardonne était assis seul à la table d’une auberge de Leonne, « le Coq assoiffé ». Il dégustait un morceau de poulet avec une sauce au vin d’Alet, la spécialité de l’établissement. Dehors, le ciel commençait à s’obscurcir. La journée arrivait à son terme et, dès qu’il aurait terminé de manger, Pietro repartirai en direction de Lebey, un petit village d’agriculteur qu’il habitait avec sa femme, ses six enfants et ses beaux-parents. Une famille nombreuse, mais qui prospérait grâce à leur exploitation agricole, la plus vaste du coin. C’était pour vendre leur production que Pietro était venu profiter du marché hebdomadaire. La journée avait été rude car aucun de ses enfants n’avait pu venir avec lui. Il était donc particulièrement épuisé, mais satisfait de quelques bonnes affaires. Il n’avait qu’une hâte : se glisser dans sa couchette.

 Dans l’auberge, on riait et on mangeait. La salle était comble, remplie de marchands et fermiers de passage. Quelques musiciens étaient en train de jouer du luth et de la flute tandis qu’un conteur d’histoire mettait en scène le conte d’une petite fille malheureuse devenue une reine puissante et méchante. Une fois son repas terminé, il remercia l’aubergiste puis sortit du bâtiment.

 Pietro était un homme assez robuste, comme l’exigeait son métier. Il portait une chemise noire et bleue, un peu vieillotte mais de bonne qualité, garnie de boutons dorés. Une tenue qui d’ordinaire était réservée aux plus riches. C’était sa belle-mère qui lui avait confectionné le costume pour son mariage. Il ne la portait que les samedis et se changeait dès qu’il quittait la grande ville. Ses vêtements habituels étaient rangés dans sa charrette, garée à l’extérieur de la ville, à un espace dédié.

 À cette heure, les rues de la ville étaient tout juste éclairées par des lanternes et quelques torches. Lorsqu’il arriva aux portes de la ville, il s’étonna de voir qu’il n’y avait qu’un seul garde qui surveillait les charrettes. D’ordinaire, ils étaient quatre ou cinq à faire des rondes régulières autour des carrioles.

 — Holà, s’écria-t-il en lui faisant signe. Vous êtes seul, mon ami ?

 — Mes collègues ont dû s’absenter un moment, répondit-il, mal à l’aise. C’est la panique par là-bas.

 Pietro fronça les sourcils et regarda dans la direction indiquée par le garde. Même si ça ne se voyait pas très bien avec la faible lueur disponible, on pouvait distinguer de grands panaches de fumée s’élever vers le ciel, bien plus loin, depuis un bâtiment qui devait se trouver en dehors de la ville.

 — Qu’est-ce qu’il se passe ? Un incendie ?

 — Ouais, ce serait une vieille chapelle, mais y a aussi des bestioles qui feraient du grabuge tout autour…, répliqua le garde sans le regarder, les yeux posés sur un buisson d’un air suspicieux.

 — Des bestioles ? répéta Pietro.

 Le soldat ne lui répondit pas. Manifestement, il y avait bien quelque chose dans le buisson et l’homme s’en rapprochait avec prudence, la main posée sur la poignée de sa dague. Pietro, curieux, fit quelques pas en avant pour mieux observer la scène. Subitement, alors que le garde faisait un pas de plus, quelque chose bondit du buisson, mais à leur opposé, fuyant bien loin. La créature que Pietro distingua vaguement avait quatre pattes, un corps allongé et, surtout, deux longues oreilles dressées.

 — Un aurulve ? s’étonna le fermier en reconnaissant le fauve. Si proche de la ville ?

 — On en voit rarement, répondit le garde en relâchant les épaules, l’air soulagé, avant de reprendre sa ronde. On nous a parlé de bien plus grosses bêtes. Je ne sais pas qui est le crétin qui les a importées dans le coin, mais si je le trouve, il va m’entendre.

 — Hum, dites, je suis censé repartir vers Lebey, lança le fermier. Vous pensez que je ferais mieux de rester ce soir en ville ou bien… ?

 — Comme vous voulez, soupira le garde. Normalement, les autres ont été sollicités pour les abattre, mais j’ai plus de nouvelle. Puis bon, vous passez par les routes, ces animaux auraient plutôt tendance à partir dans la forêt.

 — Bien… dans ce cas, je préfère risquer ma chance avec les bêtes sauvages plutôt qu’avec ma femme en colère demain ! plaisanta Pietro.

 Le soldat ricana mais ne répondit pas. Il se contenta de s’éloigner un peu, longeant les murs de la ville pour surveiller les charrettes. Pietro le suivit un instant avant d’arriver à la sienne. Celle-ci était tirée par deux domrochs. Ces robustes bestiaux, sous leurs airs de brute, étaient doux comme des agneaux. Ils étaient parfaits pour tirer les charrettes. La ferme de Pietro en élevait et en dressait, mais il ne les vendait jamais qu’à Lebey. Il leur avait donné du foin à manger avant de se rendre lui-même à l’auberge et les bovidés n’avaient rien laissé.

 Il monta à la place du conducteur, sans prendre la peine de regarder son chargement. Il avait pris soin de cacher les outils achetés ce jour-là et, avec la garde, les rapines aux charrettes étaient très rares de toute façon. Pourtant, cette fois-ci, il avait acheté un petit peigne en argent, pour remplacer celui que sa femme, Clarisse, avait malencontreusement cassé quelques jours avant. Un petit cadeau qui devrait lui faire plaisir. Pietro avait hâte de rentrer chez lui. Il prit néanmoins le temps de retirer sa riche chemise pour enfiler son accoutrement traditionnel. Torse nu, il entendit deux femmes glousser en l’observant tandis qu’elles apprêtaient leur propre véhicule. Mais en le voyant enfiler ses vêtements de paysan rapiécés, sales et recousus à l’excès, il les vit avec amusement détourner le regard. Il rangea soigneusement sa chemise dans sa petite male puis attrapa les rênes de sa charrette qu’il agita vivement en criant : « Hoi », faisant ainsi démarrer ses bêtes.

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