Bonheur

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 Devenir Père et Mère Supérieurs de la capitale religieuse de l’Empire de Lucrèce à un si jeune âge avait vite transformé Pontus et Anne en célébrités parmi leurs congénères. L’Évêque de Leonne, Mgr Camus, les rencontra dès leur arrivée en ville. C’était un homme de forte corpulence, qui avait tendance à un peu trop apprécier la nourriture. Il les accueillit dans sa propre demeure avant de leur faire visiter les locaux qui avaient été rachetés pour accueillir le Prieuré sous leur juridiction. C’est aussi lui qui fit leur publicité pour trouver de la main d’œuvre volontaire et participer à l’aménagement. Ainsi, des menuisiers, charpentiers, ouvriers et autres bénévoles les aidèrent à rendre les grandes bâtisses habitables. Au final, le Prieuré de Leonne disposait d’un grand réfectoire, de huit salles de classe, ainsi que de deux ateliers et une grande cave pour y entreposer du matériel ou y travailler. À cela s’ajoutèrent quatre bâtiments destinés à loger les locataires, rassemblés autour d’une grande cour. Enfin, une belle parcelle de terre avait été achetée pour y cultiver des fruits ou des légumes afin d’offrir un pécule supplémentaire au Prieuré.

 Les premiers résidents furent des enfants des rues, recrutés par Pontus et Anne eux-mêmes, imitant ainsi ce que le Père Innocent avait fait pour eux. Ces garnements aidèrent avec plus ou moins de bonne volonté à l’aménagement des bâtiments avant de pouvoir y dormir et furent d’abord accueillis, au grand dam de Mgr Camus, dans la Cathédrale, le temps que les travaux se terminent. C’est peut-être aussi une des raisons pour laquelle l’Évêque fit de plus en plus d’appel à l’aide dans ses sermons pour assister le Prieuré à venir.

 Au final, bien installés et ayant reçu les renforts de nombreux disciples venus de toute la Safranie, le Père Arnoldson et la Mère Pétronille purent officiellement inaugurer le Prieuré de Leonne. Le succès fut immédiat et outre les enfants des rues, de nombreux citoyens, aisés ou non, leur confièrent l’éducation de leur progéniture. Les apprentissages qu’ils y recevaient étaient on ne peut plus complets pour l’époque, permettant aux enfants d’approcher différents métiers d’artisanat ou de production, et même de découvrir des tâches réservées aux Savants.

 Le Père Arnoldson et la Mère Pétronille recevaient souvent la visite d’un autre Évêque de passage à Leonne. Tous voulaient voir ce fameux duo de jeunes prodigues débusqués par le vieil Innocent d’Arela. Et personne n’en sortait déçu, impressionné plutôt par la passion qu’ils mettaient dans leur travail. Même lorsque l’Inquisiteur Armand de Massal lui-même passa leur rendre visite une première fois, celui-ci leur confia qu’il ne s’était pas attendu à un tel succès de leur part.

 Couverts d’honneur et de respect, le Père Arnoldson et la Mère Pétronille continuèrent de faire ce qu’ils faisaient de mieux, éduquer la jeunesse. Il leur arrivait d’ailleurs parfois de prendre sous leur aile l’un ou l’autre enfant en qui ils voyaient d’incroyables capacités.

 C’était le cas d’Héron Brecht, simple fils de citoyen venu de Cularo, qui se montrait particulièrement intéressé par la mécanique, la chimie et la physique. Il était si enthousiaste que Pontus et Anne firent avec lui un voyage à Novodium, la ville avec le plus grand rassemblement de Savants du continent, afin qu’il puisse se procurer l’un ou l’autre ouvrage et perpétrer ses expériences. On lui avait même aménagé un petit atelier où il y construisait ses propres machines à vapeur, une récente découverte qui faisait parler d’elle dans le monde entier.

 De nombreux autres enfants passèrent au Prieuré de Leonne. Beaucoup en ressortaient grandis et se promettaient à de brillantes carrières, quelle que soit la voie qu’ils choisissaient. Ils gardaient tous un excellent souvenir du Père Arnoldson et de la Mère Pétronille. Eux-mêmes conservaient chaque jeune en mémoire. Ils étaient plus heureux qu’ils ne l’avaient jamais été. Respectés, prospères et, surtout, ensemble.

 Au fur et à mesure qu’ils dirigeaient le Prieuré, la relation qu’ils entretenaient tous les deux avait évolué. Pontus finit par vaincre sa timidité. Il avoua son amour à Anne et à quel point elle était la chaleur qui animait son cœur. Celle-ci accepta immédiatement ses avances, reconnaissant qu’elle s’en doutait depuis déjà de longues années. Rien ne les empêchait d’être en couple et ils vécurent alors plusieurs années, encore plus proches qu’auparavant.

 Mais pour combien de temps encore ? 

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