Premier Carnet : "Médès du Couchant"

3 minutes de lecture

Ici commence la version finale de Zénith Noir après avoir revu sa composition. Les trois chapitres précédents sont, comme annoncés plus tôt, d'anciennes versions qui ne sont plus d'actualité dans l'histoire qui prend place ici (même si bien sûr subsistent quelques éléments).

Voici la première partie de Zénith Noir, avec le récit de "Médès du Couchant".

Bonne lecture !




En l'an 1217 de l'Empire du Soleil,  deux cent sixième jour,

Réflexions privées et primaires :


Qu'est-ce que la pensée ?                                                                                      C'est l'Homme qui s'évade.

Quoi d'autre ?                                                                                                  C'est l'Homme qui veut se faire                                                                                                                                           Dieu, en accédant ainsi                                                                                                                                  aux strates supérieures de                                                                                                                                                              l'Immatériel.

Par conséquent, la pensée est illégale, en cela qu'elle est invisible, insaisissable, incontrôlable, qu'elle est arrogance et orgueil, et dont l'existence même peut être remise en question.

J'ai vu tant d'oeils et tant de bouches s'agiter, mais jamais je n'ai pu observer l'artifice secret à l'oeuvre, caché derrière. Difficile de croire que tout est soumis à notre pensée et notre volonté individuelle. Nous sommes des animaux, régis par notre monde, ses lois, sa Nature.

Qui donc peut affirmer et prouver qu'il pense ?

Ou plutôt, qui peut dire "Je pense", sans mentir, ni même avouer "Je suis fou" ?

Et pourtant, moi, je pense.

Jamais je n'ai souhaité souffrir de cette malédiction.

Le doute a pris possession de mon être, comme un flot boueux envahissant chaque ruelle de mon esprit pour y laisser sa marque indélébile.

Le doute est une émotion terrible, immense et dangereuse, qui vous submerge et se glisse derrière toutes vos actions.

C'est une maladie qui vous ronge, un désir irrépressible : car pour guérir du doute, il faut le combler.

Le doute ne s'arrête que lorsqu'il rencontre un mur qu'il ne peut surmonter, une vérité inébranlable et irréfutable.

Mais tant que cette vérité demeure dissimulée, nous sommes la proie du doute. Seule la foi nous donne la force de lutter, nous emplit le cœur de courage et nous guide vers la Vérité.

J'ai foi, je suis un citoyen modèle qui prie souvent.

Qui suis-je ? De cela, au moins, je suis certain. Je me nomme Médès Hietus-Egusten, et je suis le fils d'un riche marchand. Ma famille a été anoblie après avoir fait fortune dans le négoce. Les miens ont toujours su se placer dans une réserve et un mutisme respectueux, louable et confortable, s'attirant ainsi les bonnes grâces et préservant notre statut auprès de l'Empereur. Mais ce n'est pas mon cas.

Quoi d'autre ? Je suis un Prévôt du Soleil, à la tête d'un groupe de quatre pénitents. Nous arpentons les routes de l'Empire et collectons à tout venant les saintes oboles, afin de veiller à ce que chaque citoyen accomplisse son devoir spirituel. Si l'un d'entre eux ne paye pas, nous avons le devoir de le punir : pénitence obligatoire, pilori, flagellation en place publique, ou mise à mort.

Je suis un jeune homme ayant grandi dans la foi, le respect et l'admiration du Saint Soleil. Mon rôle est de guider les ouailles, comme un berger garde ses brebis dans la bergerie, pour éviter qu'en s'aventurant dehors, l'une d'elles ne rencontre le loup.

De même, je garde et préserve mes pensées fermement, jalousement, dans ce petit carnet de cuir dont j'ai récemment fait l'acquisition. Ces pensées, je les cache, car j'en ai honte : depuis quelques temps, j'ai l'impression de n'être plus moi-même qu'une brebis.

Et comme la brebis, je suis faible, stupide, soumis au danger. Comme elle, je ne suis qu'instinct de survie et de crainte, sachant le loup rôdant, sans pour autant pouvoir le voir. Je sais que je suis proie, et que le danger existe, ici, là, partout, incertain mais présent. La menace persiste. Et si l'idée du péril germe inconsciemment dans mon esprit, c'est bien parce que je doute, c'est bien parce que je pense.

Or c'est finalement le doute qui guide mes pas, la pensée m'entraîne sur les chemins, et je me sens tomber dans un gouffre, un gouffre dont je ne vois pas le bout...un gouffre, dont je peine à distinguer, désormais, l'entrée.

C'est la raison pour laquelle j'écris, cristallisant mes pensées pour essayer d'y trouver raison, et empêcher mon esprit de s'enfoncer plus avant dans les limbes.

C'est peut-être cela, qu'on appelle "Folie".

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