Nous ne sommes jamais

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Nous ne sommes jamais que des passagers, ici ou là, sur la terre, auprès des eaux, sur le chemin où poudroie le rose, contre le buisson fleuri d’églantines avec la braise de ses baies. Au loin sont les arbres, sans doute des conifères avec leur beau vert profond, puis cette trouée plus claire par où sinue le destin avec ses élans, ses atermoiements, ses sautes d’humeur, ses chagrins, ses joies subites tels des feux de Bengale. Posés ici sur le flou des choses, sur l’approximation du moment, déjà nous sommes lieu de mémoire. Bientôt notre silhouette aura disparu de la scène. N’en demeurera que la trace dans l’immémoriale attente du jour. Nul n’aura surpris l’être que nous sommes dans cette aurore si hésitante, on la croirait palme d’une songerie, fantaisie au creux du réveil, désir de paraître dans l’innommé et le ressourcement neuf de l’instant.

Le temps, cette infime vibration qui nous traverse, irrigue nos tissus, tend nos muscles, courbe nos dos, blanchit nos cheveux. Nous lui sommes alloués de telle intime manière qu’il se donne toujours dans le secret. Il nous faut sortir de ce sentier où miroite l’indicible, trouver une distance par rapport à soi, se décaler de sa propre image, la projeter sur l’écran infaillible du jugement. Il faut lire de vieilles photographies tirées d’un antique tiroir, y déceler dans les grains d’argent jaunissant, dans les pliures du papier, dans les pattes de mouches la décroissance des choses, le flétrissement, le tressaillement de l’exister lorsqu’il fait son crépitement de lanterne dans la ténébreuse salle aux souvenirs.

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