Avant dernière entrevue 

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De la main, je pousse la porte vitrée du café dans lequel je m’apprête à entrer, et revérifier l’adresse sur mon téléphone, une dernière fois.

Le café de la Renaissance. Ils ont de l’humour tiens.

Rapidement, je dépasse un serveur qui me salue d’un sourire avenant, pour me rendre directement à la table d’où s’élève de grandes exclamations. Quelques rires également, qui ne me sont destinés en aucun cas.

— La voilà ! S’exclame Léo. Pas trop tôt, on a faillit attendre !

— Les aléas des transports en commun, que veux-tu. Oh, suis-je bête, il n’y en avait pas à Sera.

Plutôt embêté d’avoir été rabroué de la sorte, il se tait, se contentant de fixer son café fumant face à lui. À ses côtés, Lou tient une tasse de thé au citron entre les mains, et s’autorise à m’adresser un sourire complice après la petite rebuffade à l’intention de son petit ami.

— Bon, je commence en posant mon sac à mes pieds. Allons-y, qui veut ouvrir les réjouissances ?

— Pourquoi être si pressée ? On a le temps, me lance distraitement Mia.

— Pas tellement. Plus que deux chapitres les gars. Si vous voulez une modification, c’est maintenant.

Ils me scrutent, tous les quatre, sans pour autant relancer. Alors,, je prends les devants en sortant de mon sac les quelques pages correspondant à la fin de leurs aventures.

C’est Léo qui me les arrache des mains pour en spectre le contenu, avant de renifler, dédaigneux.

— Sans déconner ?

— Un problème monsieur Pogbal, je marmonne en parcourant le menu des yeux.

— Plutôt oui, c’est quoi ce....

— Ta gueule Léo. Et les spoils t’en fais quoi ? Le coupe brutalement Elio.

Interrompu et recalé pour la deuxième fois depuis mon arrivé, il se braque complètement, tout en passant le manuscrit à son voisin.

— Alors c’est bientôt fini, vraiment ?

— De toute évidence. Une suite n’est pas dans mes plans.

— Donc, ça veut dire qu’on va bientôt se quitter?

J’acquiesce, et darde mon regard dans les leurs, tour à tour.

— Tu vas nous oublier, et les gens aussi, murmure Lou en tendant le manuscrit à Mia.

— Pourquoi ils t’oublieraient ? Pourquoi moi, je vous oublierais ? On est ensemble depuis novembre dernier, je vous rappelle.

— Tu crois que les auteurs se rappellent à vie des personnages de leur premier roman ?

— Evidemment.

Peu convaincu, il se tourne vers Léo pour tenter de le dépétrer de sa mauvaise humeur habituelle.

— Tu as des idées pour la suite ? M’interroge Elio après avoir terminé sa lecture.

— Quelques unes. Rien de trés précis pour le moment.

— Tu préviendras le prochain casting de tes sauts d’humeur en ce qui concerne l’avenir de tes pauvres personnages.

— Je ne vois pas du tout ce que tu veux dire par là.

— Oh vraiment ?

De la main, il mime un pistolet, et me tire dessus.

— Plus de fusillade, traduit Lou.

— ... je peux rien promettre.

On m’apporte un chocolat chaud, que je touille sans grand intérêt alors qu’ils continuent tous à ma regarder en attendant visiblement quelque chose. Un geste, une parole, je n’en sais rien.

— Bon, en ce qui concerne le bilan, marmonne Elio. On est sur un avis plutôt mitigé entre nous.

— Pourquoi ça ?

— Des choses pas assez éclaircis selon moi, appuie Mia. Tu aurais pu...

— J’aurai pu rien du tout. On en est déjà à cinquante-cinq chapitres, ça va aller là.

Elle hausse les sourcils, agacée, et croque dans un spéculos avant de me relancer.

— Une question toute bête, mais qui me tardait de te poser. Et puis, vu qu’on est à la fin de notre histoire, tu peux bien répondre... Tes inspirations, pour nous je veux dire.

— Oh, euh...

Je me tords pensivement les doigts, tout en réfléchissant à la question. En réalité, des influences, j’en ai toute une flopée, mais qui ne pourraient peut-être pas tous les réjouir.

— J’attends oplutôt de savoir ce que mes lecteurs pensent à ce sujet.

— Tes lecteurs sont pas dans ta tête, remarque Elio.

— Oui, mais l’idée que je me fais de vous, et de vos inspirations, n’est sûrement pas la même que la leur. L’autre jour...

— Et voilà qu’elle va raconter sa vie, soupire Léo en croisant ses bras sur son visage.

— La ferme. Bref, l’autre jour, j’ai demandé à mon petit-frère de remplir une fiche de caractéristique physique pour savoir à quoi vous ressembliez dans sa tête. Et bien, c’était assez surprenant. C’est pourquoi j’ai envie de laisser planer cette question.

— Pfff... chiante jusqu’au bout.

— Je suis pas venue ici pour que vous me critiquez comme ça.

Ils échangent un regard long, trés long, avant de clore cette entrevue.

— Rendez-vous dans dix jours, lorsque la fin sera postée. On pourra plus pleinement en discuter.

— Comme vous voudrez, je répond avec un sourire. En attendant, portez-vous bien.

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