Pas un pansement, un tremplin

4 minutes de lecture

Je l'aime bien cette fille qui vient de temps en temps rendre visite à mes maîtres. Elle m'offre toujours du temps, des caresses, de la gentillesse. Oui, je l'aime bien, néanmoins, dans ses tendresses, je sens quelque chose de lourd, de léthargique, de mélancolique presque me rappelant quelqu'un que je pensais avoir oublié.

Mon premier maître. Tristesse, angoisse, tout ça a fini par l'emmener loin de moi et il me manque. Cette peur de la vie l'avait enfermé chez lui. Pas de travail, pas d'amis, pas de visites, rien d'autre qu'un vide écrasant et une hygiène douteuse. Résultat ? Même ma gamelle avait fini dans le même état.

Dans les gestes de cette fille, difficile de ne pas se rappeler la douleur de mon maître. Mes ronronnements lui font du bien, la rassure, l'apaise même, je le sens dans sa respiration moins enfermée, étriquée, étouffée. J'aimerais bien en profiter des heures et des heures de ses caresses, mais, ça, cette exclusivité, cette dépendance presque vis à vis de ma présence, même si elle est bien agréable, j'ai déjà donné. Chez elle, quelque chose tourne en rond, ne va pas bien, un peu comme lui. Sa tristesse et sa lourdeur me font peur et je pense que si je m'incruste maintenant dans sa vie, je ne l'aiderais pas. Elle ferait comme mon maître, se servirait de ma présence comme excuse pour végéter... Et moi, moi j'ai besoin de vie. J'ai besoin de bonheur, d'amour, de plaisir avec un maître épanoui et heureux. L'enfer d'une dépression, j'ai donné, j'ai subi, j'y ai perdu des plumes que mes maîtres actuels m'ont aidée à retrouver par leur constance et je leur en suis reconnaissante tous les jours.

Certes, ils ne sont pas aussi présents que je l'aimerais, mais ma vie est bien réglée maintenant et je ne manque de rien : le matin c'est elle qui vient, nettoie ma litière, remet de l'eau et des croquettes et m'offre de longues caresses tout en me racontant sa vie et le soir, même rituel pour lui, bien que la litière semble à ses yeux, bien accessoire, et qu'apparemment il ait moins de choses à me raconter... Quant au reste de la journée, de temps en temps, j'ai la chance d'accueillir des invités de mon plus beau miaulement, de profiter d'eux lorsqu'ils descendent au sous sol pour chercher de l'eau, ranger le linge ou les courses, de jouer avec les feuilles qui volent dans la cour...

Mon frêle corps ne peut et ne veut pas à nouveau porter le poids de celui d'un humain. Ne vous méprenez pas hein, j'adore l'humain, mais je ne dépends pas de lui pour mon bonheur, bien que j'aime le leur faire croire à travers mes pupilles à la dilatation savamment maîtrisée lorsqu'ils quittent la pièce. Après tout ce que j'ai subi, je mérite qu'on prenne soin de moi sans contrepartie. Mon premier maître ne l'avait pas compris, mais cette fille n'est pas aussi malade, pas encore, alors, le jour ou elle comprendra que son propre bonheur ne peut déprendre de personne d'autre qu'elle et pas même de mes ronrons et de ma présence qui, pourtant, ne sont rien d'autre que des cadeaux du ciel offerts aux humains gravitant à mes côtés, alors ce jour-là, mes rêves les plus fous se réaliseront peut-être !

Mais je refuse d'être un pansement qui cacherait un Everest d'angoisses. Ce que je veux, c'est devenir le tremplin pour le surmonter ! Quelle fierté pour moi ! Quelle belle relation s'instaurerait alors ! Peut-être que si cette fille a autant envie de me caresser que moi, elle aurait le courage de se sortir seule de sa mauvaise passe pour m'accueillir ? Je peux attendre, mes maîtres sont gentils et les beaux jours arrivent, je le sens, elle va passer tout son temps libre dehors avec moi, ça va être un plaisir ! Alors, je peux attendre ! Quelques mois s'il le faut. Tant que la finalité est aussi belle que celle que je suis en droit d'obtenir, je peux attendre qu'elle aille mieux. J'aimerais qu'elle sache que j'ai hâte de rester seule plusieurs heures le temps qu'elle travaille, pour avoir droit à un compte-rendu détaillé de ses actions à son retour ! Bon pour le bruit de l'aspirateur j'ai moins hâte, surtout s'il bouge seul, sans humain pour le maîtriser, mais je suis prête à tout supporter pour ne pas vivre à nouveau dans un dépotoire similaire à celui de mon premier maître. En plus, j'adore jouer, alors le plumeau Swiffer, j'en fais mon affaire ! Pour elle, je serais prête à rendre le ménage plus motivant quitte à faire en dehors de la litière, à foutre des cailloux partout, à vomir ça et là, à mettre des poils sur toutes les chaises, sur son oreiller pour qu'elle soit contrainte de le laver, dans son dressing, dans sa baignoire, bref, partout ! Je suis gourmande, mes maîtres ont du lui dire, mais je peux tolérer une ration maîtrisée, si en contrepartie, je goûte à des plats variés et différents chaque jour en léchant une assiette ou deux. Un bouillon de légumes pendant des semaines et des semaines ? Très peu pour moi, la voilà avisée ! Et dans toute cette routine de plaisir, je peux même rester seule quelques jours si rendre visite à ses amis lui fait du bien tant qu'en parallèle, j'ai quelques nouvelles paires de jambes sur lesquelles déverser mes tonnes de poils à la maison. D'ailleurs, pourrais-je glisser ici, que je pourrais aller jusqu'à tolérer la cage de transport et la voiture, si elle voulait qu'on se promène toutes les deux ? Car la vie d'une jeune fille célibataire sans enfant, doit être folle non ? Voyages, vacances, expéditions, randonnées... D'ailleurs, peut-être même qu'elle serait capable de m'offrir un petit coin de terre, un transat, des aromates à grignoter dans une maison qui nous appartiendrait à toutes les deux ? Seulement, à l'heure actuelle, quand je suis près d'elle, tout cet espoir d'une vie meilleure, je ne le trouve pas. Pas encore ! Mais bientôt, peut-être !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

Justine For All
Au gré de mes pensées, et de mes sources !

Qui font du bien

Du bien à l'auteur ou/et aux lecteurs et lectrices

L'ordre des chapitres est mouvant, car j'essaye au fur et à mesure de faire une phrase, puis un texte avec les titres. J'ai bien dit j'essaye
1488
992
4
20
LéaC
Mes enfants l'ont fait. J'ai attendu qu'ils dorment pour le refaire. Valait mieux.
578
1045
5
6
Rose Maclin
Le rêve du milliardaire Geoffroy est de rencontrer les autres membres de la plateforme Scribay. Il décide d'organiser un concours mais l'un d'entre eux va disparaître...

(Toute participation est la bienvenue ;))
433
473
210
31

Vous aimez lire riGoLaune ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0