Myrton

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Depuis trois semaines, Gaëlle ne cesse de regarder la double page centrale du mensuel arrivé dans sa boîte aux lettres.


Chaque mois, dès sa réception, elle le feuillette, histoire d'ouvrir son appétit aux bonnes nouvelles. C'est un petit journal indépendant, sans publicités, sans actionnaires, conçu et édité par sept salariés d'une SCOP, donc entièrement financé par ses fidèles lecteurs. Elle y est abonnée depuis sa création, et malgré quelques pauses elle y revient toujours.
Au début, la ligne éditoriale était principalement orientée petites actions sociales ou écologiques. Il relayait des idées toutes simples, comme la création d'un poulailler communal, l'ouverture d'une recyclerie ou d'un bus réaménagé en salon de coiffure prêt à sillonner les routes de campagne, bref, tout un tas de micro-initiatives inspirantes qui gardaient vivante la foi de Gaëlle en l'humain. Après l'avoir lu, elle donne son exemplaire à ses amis, collègues, connaissances dans l'espoir de les voir venir grossir les rangs des abonnés, car il n'est pas distribué en maisons de la presse, l'opération serait trop onéreuse.

Ce mois-ci, sur la photo en page de couverture, deux jeunes gens sont devant une prairie, au second plan une colline arborée sous un ciel bleu et blanc, l'un des deux tient en évidence un panneau en carton où est inscrit « N'importe où », ces deux prétendants au voyage, sac au dos, tendent un bras et dressent le pouce. Cela rappelle des souvenirs à Gaëlle. Le titre : « Levons le pouce ! » va l'intéresser. Elle poursuit son effeuillage rapide : « L'école de demain sera numérique... ou coopérative » ; Le coup de grâce de l'assurance chômage » ; « La terre crue attire de nouveaux maçons ».
Depuis la fin de l'année dernière, Gaëlle constate que dans ces colonnes aussi les bonnes nouvelles se raréfient. Elle le déplore. Elle doit renouveler son abonnement. Hésite. Lorsqu'elle arrive sur la fameuse double page centrale, dont elle avait bien sûr lu le titre, elle soupire. En ce moment c'est le truc à la mode, on en parle partout, elle ne voit pas ce que cela va lui apporter. Surtout en tant que femme. Dans un premier temps, elle jette donc un regard blasé et hautain aux dessins, avant de tourner nerveusement la page. Suivent encore deux pages sur le sujet. Agacée, elle les ignore et poursuit. « Vague d'incendie sur les antennes relais », ah, oui, tiens, ça elle en a vaguement entendu parler à la radio. Ensuite, se succèdent : « L'Atelier : un petit sac (moche) à emmener partout. » ; « Le jardin : arroser l'été. » ; « Fiche pratique : un cerf-volant pour les vacances. » Rien ne l'emballe dans ce numéro. Arrive la rubrique des petites annonces, Gaëlle s'arrête, épluche, ne trouve rien qui la fasse rêver. Et déjà, la dernière page, celle des abonnements, 25€ pour l'année. Elle abandonne la feuille de choux sur la table basse du salon, le temps que ça infuse.

Quatre ou cinq jours plus tard, Gaëlle emporte son journal dans le jardin pour un tour de hamac. L'article sur "Le stop", lui provoque des fourmis dans les pieds et réveillerait presque ses rêves d'aventures. Elle ne se doute pas encore, que l'aventure, elle va la vivre en page centrale, et elle s'y plonge sans enthousiasme.
Gaëlle commence par s'intéresser aux dessins, énormes. L'anatomie ne l'a jamais passionnée. Tout fonctionne à merveille chez elle, c'est une chance, mais du coup, la mécanique horlogère du corps elle s'en fout. Or là, elle la trouve rigolote cette forme aux tons rosés, on dirait une robe de princesse. Elle n'imaginait pas ça comme ça, vu de l'intérieur. Finalement, ça ne manque pas de charme. En suivant des yeux les lignes noires qui mènent aux légendes du dessin : les bulbes, les piliers, le plexus Kobelt, le genou... Elle se rend compte qu'elle n'en a jamais entendu parler. Pire, en vérité, elle prend une claque. Comment à son âge, après avoir suivi des études, se peut-il qu'elle n'ait pas déjà croisé ce schéma ? Elle s'en souviendrait, aucun doute là-dessus.
Ses yeux tombent en bas de page sur une frise historique qui démarre vers 500 avant JC, où un poète grec mentionne l'organe en l'appelant « Myrton » (Baie de myrte), et se termine en 2017, où il est indiqué qu'un dessin entier apparaît dans un manuel scolaire. Nouveau choc pour Gaëlle. C'est incroyable ! 2017 ? Non ! La quinquagénaire tombe des nues mais prend surtout conscience des implications que cache sa découverte.

Elle dévore le dossier et s'offusque que l'on ose se prétendre une civilisation avancée en lisant la légende sous les dessins suivants : « Organes génitaux féminins et masculins, "au repos" et en érection, partagés sur le site SVT égalité de Vincent Gulli ». Cette fois, elle étudie tout dans les moindres détails, repasse à la double page centrale, tandis que dans sa tête trottine un échange avec sa généraliste :

« J'ai mal au-dessus de l'aine, là, vers l'os de la hanche.

— Je ne sais pas, disait la doctoresse en palpant. Pourtant, il n'y a rien, là. »

Une question la démange :

« Combien de siècles le clitoris a-t-il été banni des livres de médecine ? »

Face à une telle ignominie, outrée, Gaëlle n'hésite plus. Elle rédige avec rage, et sur le champ, chèque et bulletin d'abonnement. Elle commande aussi plusieurs exemplaires de celui-ci qu'elle offrira à ses amies, et surtout à sa vieille mère.

Depuis, la double page centrale s'affiche fièrement, aimantée, sur la porte de son frigo.

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