La crise

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Au travers des vitres de la C4, la campagne file comme un décor de cinéma. Dans la tête de Marie-Ange, grignotée par la culpabilité, un mauvais film tourne en boucle. Comment a-t-elle pu se laisser prendre dans leurs filets ? Elle, si intelligente, pleine de bon sens du moins, n'a pas senti le piège se refermer. Pire, elle s'est démenée pour que la corde s'enroule autour de son cou.

À l'issue de l'entretien d'embauche pour un poste sans challenges, sans objectifs, sans chefs manipulateurs, aux horaires compatibles avec un rythme de vie humaine, elle déprime. Pourtant, la responsable du recrutement était soulagée de trouver dans son parcours l'ensemble des qualifications requises, et le courant était bien passé. Écoute plus empathie, Marie-Ange est convaincue que leur collaboration équivaudrait à une promenade de santé. Bien sûr, rien n'est jamais tout rose, la quinqua a suffisamment vécu pour le savoir, mais là, elle pressentait des rapports plus paisibles et respectueux.

En regagnant, dépitée, son coin de paradis, ses doigts tapotent le volant de la voiture de fonction. Son Éden, son rêve concrétisé, tant de bonheur et de satisfaction, qui ce matin perd sa superbe. Elle l'a achetée deux ans plus tôt cette maison, après une mutation dans sa région d'origine. À l'époque, elle mesurait sa chance et exultait. Les travaux s'étaient déroulés selon ses désirs. Il avait fallu superviser le chantier, coordonner l'intervention des différents corps de métier, vérifier, recadrer, mais le résultat répondait en tous points à ses attentes. Sa propre estime frôlait les sommets de l'auto-satisfaction. Jusqu'à cet après-midi. Via le rétroviseur, Marie-Ange s'adresse une grimace.

Célibataire, sans enfant, cette bâtisse c'est son bébé. Le résultat d'une carrière aux journées à rallonges n'autorisant pas un épanouissement total. Pas le fruit d'un choix assumé, non, un accident de parcours lié aux circonstances. Cette femme n'étant pas du genre à se laisser abattre, puisque ses espoirs de grand amour et de maternité refusaient de se concrétiser, elle s'était investie sans compter dans son travail. Libre d'accepter heures supplémentaires et déplacements imprévus, elle avait gravi les échelons. Pour quelqu'un qui n'avait pas le bac, elle gagnait très bien sa vie.

Ses yeux s'embuent lorsque devant sa porte elle coupe le moteur. Sa belle demeure devient floue. Marie-Ange se trouve dans l'impossibilité d'accepter le boulot de ses rêves, à cause de la maison de ses rêves, bien trop grande, aux mensualités bien trop élevées. Prisonnière du crédit jusqu'à la retraite, elle pilote une machine sans l'option marche-arrière. Comment a-t-elle pu être aussi stupide ? Le chant des sirènes de cette société basée sur le paraître et l'abondance n'y est pas pour rien, pense-t-elle pour se dédouaner.

Assise sur son canapé d'angle sept places, au centre de la pièce-à-vivre de soixante-trois mètres carrés, face à la cuisine design, elle ne ressent plus la même satisfaction. Son jouet vient de se briser. Pour évacuer le silence pesant, et lobotomiser son cerveau où se déverse du poison, Marie-Ange allume son écran plat, version luxe.

Un documentaire sur des gens vivant en dessous du seuil de pauvreté lui remonte le moral. Et si elle le prenait quand même ce travail nettement moins bien payé ? Et si elle installait un potager à la place du jacuzzi ? Et si elle n'achetait plus que d'occasion, seulement le strict nécessaire ? Ne pourrait-elle pas joindre les deux bouts ?

Les conseils de Morphée ayant bonne réputation, la rêveuse décide de s'accorder un temps de réflexion jusqu'au lendemain matin. Quoi qu'il en soit, elle ne revendra pas son enfant pour en acheter un plus petit ! Qui ferait ça ? Non, c'est au-delà de ses forces. D'une façon ou d'une autre elle préfére se sacrifier.

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