Un coup de génie

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Zoé était bien embêtée. De sa brocante dominicale, elle avait rapporté une vieille lampe orientale qu'une femme parlant un dialecte inconnu lui avait cédée pour une bouchée de pain. Lorsqu'elle avait frotté, de son avant-bras, une tache sur le métal et en riant prononcé : « Génie de la lampe, je te libère ! », une sorte d'hologramme vaporeux s'était échappé et mis à gigoter devant ses yeux éberlués et sa mâchoire décrochée.

« Quel est ton vœu, maîtresse ? Je l'accomplirai immédiatement pour te remercier de m'avoir libéré. » répétait-il.

Zoé détourna son regard de la forme aérienne, histoire de vérifier que personne d'autre ne se trouvait dans la pièce à lui jouer un tour de magie ou une bonne plaisanterie. Rien. Ses yeux se revinrent sur le visage triangulaire relié à la lampe par sa longue barbichette, qui s'agitait toujours, attendant impatiemment sa réponse.

Devant l'évidence qu'elle ne rêvait pas, Zoé s'assit et se remémora son repas de midi. Aurait-elle ingurgité, à son insu, une substance hallucinogène ? Les crêpes surgelées jambon-champignons de chez Pizard étaient-elles frelatées ? En signe de protestation, un ouvrier mécontent de ses conditions de travail aurait-il drogué de braves consommateurs ? Une sorte de revendication, d'avertissement avant l'empoisonnement ? Allait-elle devenir folle ? Zoé enchaîna quelques respirations, comme appris au club de yoga, afin de ralentir les battements de son cœur et retrouver ses esprits.

Sur le napperon de la table basse, la lampe continuait de cracher la vapeur turquoise qui se dandinait devant elle, l'invitant à formuler son souhait.

La retraitée s'installa plus confortablement, s'appuyant contre le dossier rembourré du canapé, et se mit à réfléchir. Puisqu'une occasion inespérée lui était donnée, qu'allait-elle demander ?

C'est là que les embêtements commencèrent. Car si elle avait souvent énoncé des désirs au cours de son existence, c'était en sachant pertinemment qu'ils ne seraient jamais exaucés. Or à cet instant précis, elle ne devait pas se tromper, au risque de passer le restant de ses jours à le regretter amèrement.

Le génie insistait : « Quel est ton vœu, maîtresse ? « , pressé qu'il était de s'échapper de la lanterne dont il était prisonnier depuis des années, peut-être des siècles.

Zoé prit garde de ne laisser filtrer d'entre ses lèvres aucune pensée, contrairement à l'habitude prise depuis son veuvage. Les nombreuses histoires de vœux gâchés par une maladresse dans les contes  et les films lui revenaient en mémoire. Elle ne se ferait pas avoir bêtement ! Mais que désirait-elle ? Vraiment ! Le génie ne l'autorisait qu'à fromuler un seul souhait. Elle était en bonne santé, ne manquait de rien, pas même de son mari. Longtemps elle avait regretté qu'aucun enfant ne soit venu égayer leur foyer, mais là, franchement, elle s'était fait une raison, et puis une grossesse à son âge.

Son âge ! Et si elle réclamait d'avoir à nouveau vingt ans ? La fraîcheur, l'enthousiasme, l'optimisme, l'avenir devant soi. Mais la perspective de devoir tout recommencer ne l'emballait pas. Le monde d'aujourd'hui ne lui plaisait plus, il l'effrayait même. Toutes ces nouvelles technologies, ce progrès qui détruisait la nature, cette misère sous sa fenêtre et dans le poste. Non merci ! Et si elle priait son Aladin de couper l'électricité sur la planète entière ? La perspective de devoir laver son linge à la main stoppa net son élan révolutionnaire.

Le génie la suppliait, accélérant le rythme de sa question. Un « Oh, laisse-moi réfléchir ! » faillit jaillir instantanément, heureusement ses maxillaires restèrent serrés, réflexe qui avait permis à son mariage de résister sur le long terme. Le génie perroquet pouvait bien continuer à s'égosiller, il ne l'aurait pas ! D'ailleurs le soir tombait et Zoé l'abandonna le temps de réchauffer un bol de bouillon.

En revenant de la cuisine, son souper fumant à la main, elle savait ce qu'elle allait demander, ne restait plus qu'à l'exprimer de façon simple et précise. Tout en absorbant bruyamment son vermicelle, les mots et les phrases tournaient et retournaient sous sa Mise-en-plis à la recherche de la formulation parfaite.

Une fois satisfaite, Zoé posa son bol vide à côté de la lampe, lissa sa jupe du plat de ses mains, approcha son visage du génie et articula :

« Je veux que partout sur la planète, jusqu'à la fin des temps, aucune personne ne manque jamais de soupe.

— Accordé », répondit le génie avant de s'évaporer.


Le coucou surgit. Zoé sursauta. Vingt heures. Parfait ! La vieille dame se saisit de la télécommande et le générique des informations retentit dans le salon.

Depuis, cette pétillante retraitée se délecte chaque jour secrètement des bouleversements provoqués par son intervention sur le déroulement du monde.

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