La prophétesse

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Assise sur la racine émergente du vieux chêne, Sibylle, souriante, fait face au palais garni de dorures qui bientôt ne sera plus que ruine. De mémoire, elle effectue un tour du propriétaire.

D'abord la salle des glaces. L'image de son corps svelte et ferme, enveloppé de soie et d'or, s'y repaît de lui-même. Beauté et richesses miroitent à l'infini. À chaque reflet un rêve de vie différente, toujours étincelante. En poussant la porte qui mène au salon de musique, toutes ces possibilités s'effacent simultanément.

Ses yeux se ferment afin de mieux percevoir les douces notes d'une voix cristalline accrochée à la ronde verticale des touches noires et blanches du piano central. Chant d'un rossignol défunt, à la gorge rouge, aussitôt remplacé par les hurlements d'une guitare saturée mal accordée. Folie furieuse du Hard-Rock écrasant de tout son poids la classique sonate. Puis, l'arrêt brutal. Ne subsiste alors que l'obsédant mouvement d'un métronome battant la mesure, sous ses paupières closes.

Abandonnant la musique du temps derrière elle, Sibylle se glisse dans la silencieuse bibliothèque où les cris des auteurs propulsent leurs titres dans l'espace : Le château de ma mère ; La gloire de mon père ; Les mystères de Paris ; Les paradis artificiels ; Les misérables ; Une chambre à soi ; Une vie... Les mots ici dégoulinent des étagères, rampent sur le parquet, grimpent aux rideaux, fondent dans l'âtre de la cheminée éteinte.

C'était sa pièce favorite. Avec chaque livre subtilisé, se produisait une nouvelle naissance dans sa chambre à elle, où son souvenir se faufile à présent.

Son refuge, son boudoir, l'isoloir, atelier de fabrication du moi, loin des autres. Les boîtes à trésors, à secrets, la maison de poupées, le lit bateau, ivre, face à l'océan étoilé, et parfois déchiré d'éclairs effrayants.

Subitement harponnée par une odeur, Sibylle file vers la cuisine, lait, miel, tartines de pain grillé. Explosions de saveurs sucrées, salées. Une piquante amertume acidulée aux parfums des saisons enchaînées. C'est alors que surgit, d'un coin reculé de sa mémoire, la lumière extérieure. Des couleurs tendres se frayent un chemin par les carreaux de la porte de service. L'Éden. Le dehors, le parc par lequel elle s'évade.

Le saule pleureur, le cerisier, la balançoire... De nouveau le mouvement du temps, celui du soleil. Elle se retourne sur les ombres de son passé et leur accorde un dernier instant.

L'escapade mentale s'achève. Le rideau tombe au moment où ses paupières se soulèvent.

Sibylle, en deuil d'elle-même, veuve, démunie, débarrassée des artifices, du clinquant, des illusions, des conventions, sourit toujours.

Légère, nue comme un ver tombé d'un poème, elle grimpe, sans regret, rejoindre sa cabane au sommet du grand chêne.

De là-haut, elle a découvert qu'être pauvre, volontairement, c'est devenir riche intérieurement.

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