La dernière pluie

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Lorsque le phénomène se produisit, l'humanité luttait contre un virus susceptible de causer un grand nombre de décès. Nous venions de respecter, à l'échelle planétaire, un confinement de plusieurs mois, et nous apprêtions, la peur au ventre, à reprendre la direction des écoles pour les plus jeunes ou du travail pour les autres. Nos bouches et nos oreilles se révélaient incapables de prononcer et d'entendre un autre mot que "masque". Faut dire que les médias œuvraient sans aucune modération en ce sens.


La mort qui, nous le savions tous, nous attendait au bout du voyage, semblait nous guetter au prochain tournant. Depuis treize semaines, et pour longtemps encore, les contacts physiques étaient prohibés. Au moins, retrouver le droit d'aller et venir librement, inscrit dans la constitution, aurait dû nous réjouir mais la peur de contracter ou transmettre, surtout de contracter, soyons honnêtes, cette saloperie de maladie nous déshumanisait.

En résumé, le constat s'avérait déplorable et l'ambiance délétère. On essayait de nous inciter à concocter des projets de vacances, mais le trauma, suite à l'enfermement de milliards d'habitants sur la planète, avait gangrené notre joie de vivre. L'optimisme souffrait du pourrissement de la situation. Malgré les chiffres officiels démontrant le recul de l'épidémie, le risque d'un retour de vague gagnait le duel de la crainte contre l'espoir. L'avenir s'annonçait plus morose que rose, le trauma menaçait de se convertir en traumatisme.


Pour ma part, lorsque le phénomène eut lieu, j'étais sur le point de profiter de ma première sortie sans autorisation dérogatoire, de plus d'une heure, et au-delà d'un kilomètre de mon domicile. Le soleil étincelait dans un ciel limpide. Les oiseaux gazouillaient. Les parfums de mai se faufilaient jusqu'à mes narines. Je terminai de lacer mes chaussures quand une quantité impressionnante de projectiles s’abattit contre les carreaux de mes fenêtres. Les passereaux avaient cessé leurs conversations pour venir se fracasser par dizaines sur mes vitres dans un boucan affolant.

Sur le coup, je n'osai bouger, regardant sans comprendre quelle mouche venait de les piquer. Les piafs devenaient-ils fous ? Organisaient-ils une manifestation afin de nous empêcher de reprendre une vie normale, maintenant qu'ils avaient regagné un peu de leur territoire ?

Abandonnant ces élucubrations farfelues, je me dirigeai prudemment vers la baie vitrée. Entre les minis boulets de canon à plumes, qui après le choc s'entassaient assommés sur les dalles de la terrasse, je distinguai quelques gouttes, des grosses, celles du commencement d'un orage. Pourtant aucun cumulonimbus ne permettait d'expliquer cet étonnant changement climatique.

En moins de temps qu'il ne m'en fallut pour me demander d'où venait cette pluie, des trombes d'eau s’abattirent. Instantanément, le jardin s'estompa derrière un rideau liquide, et plus surprenant, un écran de vapeur. Un nuage sortait littéralement de terre. Les petits animaux d'ordinaire si discrets, lézards, mulots, lapins, chats, couraient en tous sens, effectuant une sorte de ballet des affolés.


C'est là que je vis une personne, que je ne connaissais pas, enjamber le grillage me séparant de la route et se précipiter à son tour contre ma baie vitrée. « Ouvrez ! Ouvrez ! » hurla-t-elle. Oubliant le virus, les gestes barrières, la seconde vague, j'ai simplement actionné le mécanisme, et l'inconnu s'est affalé, avec quelques bestioles, sur le tapis de mon salon. L'eau est entrée en contact avec ma peau. C'est seulement là, que j'ai compris.

L'homme en boule sur le sol gémissait : « Ça brûle, ça brûle... ». Je regardais dehors, tout en l'aidant à se débarrasser de ses vêtements trempés et fumants, l'orage de feu continuait de s'abattre sur la végétation.


Pendant des heures, nous observâmes cette pluie d'eau bouillante.

Elle venait de remiser le virus loin derrière nos préoccupations de survie actuelles.

J'ai murmuré :

« Maintenant, nous savons précisément que nous allons tous périr de faim à très court terme... »

Alors, instinctivement nos corps se rapprochèrent, et nous nous serrâmes très fort.

Rien ne devrait jamais nous éloigner les uns des autres, ni frontières, ni virus, ni différences, mais nous l'avons compris trop tard.

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