En route pour Bagdad !

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- Tu es prêt ?

- Vas-y, annonce le résultat, assura-t-il en serrant le poignet d'Emma.

- Les François Morin sont au nombre de 418. Comme dans ton rêve!

- Mais rien ne dit que François est l'un d'eux.

- Ne pars pas défaitiste et concentre-toi sur les visages.

Emma fit défiler lentement la suite de portraits. Cent, deux cents, deux cent cinquante se succédèrent sans que Louis puisse établir la moindre ressemblance entre un François Morin et son ami d'enfance.

- Et si je ne le reconnaissais pas ?

- Tu es réveillé à présent. Sois confiant et reste attentif.

Trois cent, trois cent cinquante cinq...

- J'ai bien peur... dit-il en se frottant les yeux pour chasser les phosphènes qui dansaient devant l'écran.

- Nous devrions faire une pause, proposa Emma sentant le découragement gagner son ami.

- Attends, reviens en arrière !

- Tu l'as trouvé ?

- Là !

- Lui ?

- Non Lui, dit-il en posant son index sur un portrait.

- Lui ?

- François a six ans sur cette photo. Ce n'est qu'une partie de la photo. Je suis tout prêt de lui, s'exclama-t-il, ému.

- Tu te rappelles précisément de cette photo ?

- Tu parles, c'est le jour de notre rentrée au CP. On pose devant le portail de l'école. Attends, je vais te montrer quelque chose.

Louis sortit une petite photo de son portefeuille et expliqua :

- Voilà la photo complète ! Sa mère a pris l'habitude de nous photographier à chaque rentrée scolaire.

- Vous avez une frimousse sympa et un sourire espiègle tous les deux, commenta-t-elle en regardant les deux écoliers qui se tenaient par la main.

- L'école ne nous a jamais fait pleurer. La maitresse nous avait appelés les inséparables.

Louis observait toutes les indications laissées par François sur son profil et expliqua :

- École du Parc Impérial, c'est notre première école, collège Masséna, la grande époque...

- Regarde, il a travaillé à Paris au début de sa carrière, puis deux ans à Biotech environnement à Lyon.

- Mais plus aucune information depuis plus de dix ans, constata Louis dont l'enthousiasme retomba aussitôt.

- S'il a laissé cette photo d'enfant sur son profil, inutile de chercher un portrait récent ailleurs. C'est sans doute une volonté de rester discret sur la toile.

- Fidèle à lui-même. Il fuyait les appareils photos. J'entends encore sa mère "Mais François, pourquoi as-tu encore penché la tête ?" Sur toutes les photos de classe, on le reconnait tout de suite à cause de cette posture.

- Marrant.

- Je crains que la piste s'arrête là malheureusement. Aucun indice pour le retrouver.

- Pages blanches.

- On est revenu au point de départ, soupira-t-il.

- Page blanche au pluriel est une autre option, Louis.

- Ah tu parles de l'annuaire des particuliers ?

- Les moyens les plus anciens se révèlent parfois efficaces. La version en ligne est nettement plus performante que le vieil annuaire.

- Tu imagines le nombre de François Morin en France ?

- Te rappelles-tu du prénom de ses parents ?

- Son père s'appelle Henri et sa mère, Claire.

Emma lança une nouvelle recherche. Presque instantanément, la base de données confia ses résultats :

- J'ai un Morin Henri au 112 rue Bourbonoux à Bourges.

- C'est bien l'adresse de ses parents. J'en suis sûr.

- Dans ce cas, leur numéro est le 02 48 65 65 17 ! À toi de jouer !

Louis tenait enfin un indice concret. Tout en composant le numéro, le trac s'empara de lui.

La sonnerie fut suivie d'un court silence puis il entendit, d'un ton neutre, une voix féminine annoncer : "le numéro que vous avez demandé n'est pas attribué ou n'est pas accessible pour le moment".

- On dirait que François n'est pas disposé à me revoir aussi vite que dans le rêve.

- Ne désespère pas, j'ai une autre idée.

- Tu ne renonces jamais ?

- Pas tant qu'il reste des pistes à explorer. On ne peut pas se rendre sur place, mais rien ne nous empêche de visiter Bourges.

Emma pianota sur Show my street. En un clic, ils se retrouvèrent projeter virtuellement dans la rue Bourbonoux.

- Fantastique. Comme si on y était !

- Des maisons typiques, des rues pavées, des platanes centenaires, l'endroit semble paisible. C'est joli tu ne trouves pas ?

Emma immobilisa le curseur au 112 où une jolie maison à colombages, agrémentée de fleurs s'imposait à l'angle de la rue.

- C'est donc dans cette maison de famille que François a vécu. Qu'est-ce tu espères dénicher comme indices dans la rue ?

- Nous sommes au 110, tu ne vois rien d'intéressant ?

- Un quartier tranquille, une maison de caractère...

- Et une superbe boulangerie à l'ancienne.

- Et ? Tu veux contacter le boulanger ?

- À moins qu'il soit un piètre artisan, que les parents de François ne consomment pas de pain ou qu'ils soient fâchés avec leurs voisins...

- Il y a tout à parier qu'ils se connaissent bien.

- Ben oui ! Et le style de la devanture nous indique que le boulanger est certainement installé depuis de nombreuses années.

- Tu peux zoomer, je ne distingue pas leur enseigne.

- Mais Google va nous le dire. C'est la Boulangerie Pâtisserie Marchi. Vu les commentaires, elle semble jouir d'une excellente réputation. Encore un élément favorable. Son numéro est le 02 48 70 00 36. (1)

- En plus de savoir mener un interrogatoire, tu fais un bon enquêteur de terrain.

- À toi de me prouver maintenant que tu es doué en caprice.

- Fais que je sois aussi persuasif avec la boulangère.

- Inshallah !

« Boulangerie Marchi, bonjour. »

- Bonjour madame. Le motif de mon appel est assez personnel et j'espère ne pas vous déranger.

- Je vous écoute, monsieur. Que puis-je faire pour vous ?

- Je m'appelle Louis Frère, je suis un vieil ami de vos voisins Henri et Claire Morin qui habitent au 112 de la rue. Je souhaite contacter leur fils, François au plus vite mais je ne parviens pas à les joindre. Je n'ai pas d'autres coordonnées, c'est pourquoi je me permets...

- Je connais bien monsieur et madame Morin en effet. Ils passent presque tous les jours à la boulangerie.

- Savez-vous si leur numéro de téléphone a changé ? J'ai appelé plusieurs fois sans succès.

- Eh bien, je l'ignore. Je les contacte d'ordinaire sur un téléphone portable.

- Auriez-vous la gentillesse de me confier ce numéro ?

- Je suis très embarrassée. Il s'agit d'un numéro privé et j'ignore si madame Morin apprécierait que je divulgue cette information. Vous citez le prénom de leur fils mais cela ne m'apprend rien sur vos intentions.

- Je comprends votre méfiance. Permettez-moi d'insister, vous êtes mon seul recours pour retrouver mon ami d'enfance.

- Je suis vraiment désolée...

- Très bien. Dans ce cas, accepteriez-vous de leur transmettre un message de ma part ?

- Oui bien sûr. Madame Morin doit passer récupérer une commande vers 17 heures aujourd'hui. Je pourrai lui faire part de votre message à ce moment-là.

- Ce serait parfait !

- Dites-moi ce que je dois lui dire.

- Demandez-lui si elle peut appeler Louis Frère. Mon numéro est le 07 28 05 24 01. Précisez-lui simplement que j'attends son appel avec impatience.

- C'est noté ! Comptez sur moi pour lui faire part de votre message.

- Vous me sauvez la vie. Merci infiniment de votre aide.

- Bravo Louis ! s'empressa d'ajouter Emma.

- La mère de François aura mon message aux environs de 17 heures aujourd'hui.

- Je suis très optimiste sur les chances de succès de ce plan. François n'est plus très loin.

- Ouh ! Je me sens comme un lion en cage, dit-il en déambulant nerveusement.

- Et si on regardait un film en attendant ?

- Bonne idée. Qu'est-ce que tu proposes ?

- Un film de ton top 10 par exemple.

Louis répondit presque aussitôt.

- J'aimerais beaucoup revoir : Bagdad café.

- I'm calling you... entonna Emma. La musique est envoûtante et le personnage pourrait bien te porter bonheur !

- En route pour Bagdad !

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(1) Tu peux appeler NATOS c'est le bon numéro ! Qui sait, il pourrait servir à Antoine s'il passait dans le coin...

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