Intime conviction

2 minutes de lecture

Emma Sansoussi

Mardi 08/05/2018 18:30

À : Louisa

Ma chère Louisa,

Enfin ma sœur s'autorise à penser à elle avant de s'intéresser aux autres !

Le jour où tu m'as présenté Michel, j'ai pensé : quel homme charmant et sympathique. L'image s'est vite brouillée en ce qui me concerne. Il n'a cessé de se montrer méfiant, j'avais la curieuse impression de représenter une menace pour lui. Je me suis dit que le courant ne passait pas entre nous. Toi, tu resplendissais. Ton bonheur faisait plaisir à voir.

Michel a, par la suite, soigneusement maintenu ses distances. D'ailleurs, je ne me rappelle pas avoir eu l'occasion de lui adresser la parole une seule fois en tête à tête en quinze ans.

« Et toi, ça va dans ta vie ? » À cette question, tu me répondais par des propos rassurants qui n'ont pas réussi à me convaincre à chaque fois.

Je comprends mieux pourquoi tu détournais habilement certaines conversations, la peur d'aggraver son pessimisme... La pluie et le beau temps ont eu raison de nos soirées, vos visites se sont espacées...

Il y a pourtant un sujet que Michel évoque avec un enthousiasme sans faille : son regard s'illumine, il se métamorphose lorsqu'il parle de ses enfants. J'ai pu observer toute son attention envers eux et vu les marques d'affection si touchantes que Guillaume et Alexandre rendent à leur père. J'ai compris que ton mari était souffrant à l'attitude protectrice des enfants à son égard.

Michel est un père aimant et attentionné et je sais combien cette qualité compte à tes yeux.

La mélancolie que tu nommes, n'est pas un simple sentiment mais une maladie chronique responsable d'épisodes dépressifs intenses. Penses-tu que cette souffrance excuse pour autant son attitude à ton encontre ? On dirait que tu lui as laissé carte blanche sur tes sentiments. Michel a conscience de ses actes, il est capable de critiques et surtout, il est seul à pouvoir décider d'entreprendre une thérapie. Crois-tu que la maladie puisse l'affranchir de ses responsabilités ?

Tu évoques ma facilité à rompre mais je n'ai jamais éprouvé d'admiration ni d'amour aussi fort pour un conjoint et aucun de mes amants n'aurait su me convaincre de devenir mère. La rupture ne concernait personne d'autre que nous-mêmes. Assumer une séparation, c'est aussi assumer ses conséquences qu'elles soient prévisibles ou non.

Impossible de te dire ce que j'aurais décidé à ta place ; personne ne peut se mettre à ta place ni savoir ce qui est le meilleur pour toi. Je suis heureuse que notre voyage à Lourdes t'offre l'opportunité de le découvrir.

Je suis persuadée que le regard d'Alexis t'aidera à te forger une intime conviction sur les choix qui conduiront ta vie.

Louis te salue et je t'embrasse tendrement.

Emma

P.S. Je saurai demain si je suis douée en caprice ;-)

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