Jeu de rôle

2 minutes de lecture

Louisa Sansoussi <louisa.sansoussi@gmail.com>

mardi 08/05/2018 14:15

À : vous

Ma chère Emma,

Heureuse d'apprendre que ma sœur n'est pas misandre. Enfin un homme trouve grâce à tes yeux !

Pendant que tu te délectes de la vie bourgeoise, je prends goût à fréquenter la basilique. Qui aurait pu penser cela de nous ?

Nous restons de longs moments à discuter Alexis et moi en dehors des offices. C'est la première fois que j'ai l'occasion de sortir de mon quotidien aussi longtemps. J'ai tout à coup l'impression d'être spectatrice de ma vie. Ce que je découvre me ferait peur si Alexis ne m'assurait pas de sa présence.

Ici, je me sens protégée. Je voyais l'église comme un lieu de confessions ; aujourd'hui, pour moi, c'est un lieu de confidences.

Même si j'essaie de donner le change, tu as sûrement remarqué que mon couple manque cruellement d'harmonie. Je ne t'ai jamais rien dit, sans doute parce que je connais déjà tes réponses. Michel n'est pas un homme violent mais il est instable, d'humeur labile et d'un pessimisme forcené. Lorsque nous passons un bon moment, il s'arrange tout de suite après pour le gâcher. Je me demande s'il restera quelques bons souvenirs car ce qu'il donne, il le reprend aussitôt. J'ignore pourquoi je pardonne, pourquoi je persiste à croire que la prochaine fois sera différente. Au fil du temps, je suis devenue une femme craintive.

Alexis m'écoute en silence, avec beaucoup d'attention, un silence qu'il ponctue de quelques interrogations. Ce matin, il m'a demandé « Pourquoi acceptes-tu tout ça ? » Eh bien, je n'ai pas su quoi lui répondre.

J'ai souvent admiré ta facilité à rompre. Moi, c'est tout l'inverse, je m'accroche et je ferme les yeux...

Je ferme les yeux comme lorsque nos parents s'insultaient. Ce matin, en pleine messe, un souvenir a surgi. L'évoquer a été douloureux mais le partager m'a apporté un grand soulagement.

Je devais avoir dix ans environ. Ce jour-là, j'étais seule à la maison, enfin, je veux dire, seule avec eux. J'ai entendu des cris qui venaient de leur chambre, suivis de bris de verre puis du son mat des corps projetés contre les murs. J'ai fermé les yeux, plaqué mes mains très fort sur mes oreilles et des mots sont venus sur mes lèvres comme une litanie : je saurai aimer un jour je saurai aimer un jour je saurai aimer un jour... J'imaginais que si je répétais cette phrase plus longtemps que dure leur dispute, je saurais aimer...

J'ai tellement aimé Michel que je ne pouvais pas concevoir qu'il soit cet homme mélancolique.

Je crois qu'il est temps pour moi de rompre avec les illusions et les pensées magiques. Ma façon d'aimer ne changera rien à sa nature profonde.

Alexis me rassure. L'attention qu'il me porte est quelque chose de si nouveau.

Au fil de nos discussions, j'entrevois un avenir différent.

Vous nous avez demandé de jouer un rôle, je n'ai jamais été autant moi-même qu'en l'interprétant...

Tu remercieras Louis de nous avoir associés à votre aventure.

Je t'imagine difficilement en bourgeoise accomplie. Ne fais pas trop de caprices quand même :-)))

Je t'aime.

Louisa

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