Marius Petipa

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Es-tu dispo Emma ? Je peux t'appeler ?

Emma était attentive aux signaux sonores de son téléphone. Elle n'affectionnait pas particulièrement ce moyen de communication mais il était devenu indispensable pour rester en contact avec les êtres qu'elle chérissait. Elle ne s'en séparait jamais. Louis venait de rejoindre la liste du club restreint de ses correspondants.

Tu fais partie de mes VIP, tu peux appeler jour et nuit :-)

« He bien je suis heureux de tenir une place aussi importante dans ton répertoire, Emma ! Nous avons totalement oublié notre partie d'échec hier. J'ai peur de ne pas avoir le même talent que toi pour réaliser un vœu. »

- Ha ha ! Ta peur est fondée. Prépare-toi. Si tu n'as pas les pouvoirs de Merlin, tu vas devoir faire appel à tes talents de négociateur.

- Je n'ai plus rien négocié depuis un certain temps, tu sais. Tu me fais flipper là. Je voulais aussi te parler d'une idée qui me trotte dans la tête...

- Ah oui, quoi donc ?

- Mon compagnon de chambre va sortir dans deux jours. Le lit sera vacant. Que dirais-tu... ?

- Tu veux me proposer de partager ta chambre ? Eh bien Louis, on dirait que tu ne peux plus te passer de moi. J'en serais ravie mais je crains fort que ta demande soit rejetée. Le sexe et l'hosto ne font pas bon ménage ! C'est une question tabou. De fait, ce point ne doit même pas faire partie du règlement intérieur. Pour un couple légitime peut-être mais ça va être difficile à plaider pour nous deux.

- Serais-tu femme à affronter les dieux et à t'effacer devant les règles instituées par les hommes ?

- Je voulais dire qu'il nous faudra un excellent avocat pour obtenir cet accord.

- Peux-tu venir un peu plus tôt si nous devons jouer et discuter ?

- Une douche, le petit déjeuner et je te rejoins tout de suite après.

Une heure plus tard, Emma arriva auprès de Louis, le visage lumineux, légèrement maquillée. Elle avait choisi une tenue décontractée : jean, chemise blanche aux manches retroussées, un pull bleu jeté sur ses épaules, assortis à des ballerines blanches.

Comme la veille, elle trouva Louis assis au fauteuil.

- Ma parole, tu as acheté toute la collection de chemises Souléiado ? J'aime beaucoup celle d'aujourd'hui. Blanc et bleu, nos vêtements sont coordonnés.

Louis sourit, flatté de l'appréciation sur ses choix vestimentaires.

- Trêve de plaisanterie, Emma, mettons-nous au travail.

- Jeu ou discussion ?

- Discussion, répliqua Louis sans hésitation. Tu parlais de nous trouver un avocat.

- Nous avons besoin d'une personne pour plaider notre cause. Une aide-soignante, une infirmière, la kiné, je ne sais pas trop. Il vaut mieux que cette question soit abordée par l'ensemble de l'équipe soignante plutôt que soumise à l'autorité d'une seule. Ni toi ni moi sommes considérés comme des personnes exigeantes, enfin je crois. Ça fait un bon point pour nous. Attendons que l'une ou l'autre passe par ici, puis on décidera...

- Tu m'épates Emma. Serais-tu une adepte de la Sérendipité ?

- Peut-être bien ! Observer les gens, deviner leurs intentions m'a toujours intéressée. C'est devenu une seconde nature chez moi. À part pour mes amoureux, je devine assez bien. Nous n'avons plus guère le temps de commettre des erreurs de jugement.

Emma installa le jeu d'échec sur la table adaptable qu'elle ajusta à la bonne hauteur et s'assit face à lui. Le temps est venu de te montrer mes talents !

- Tu veux dire que tu m'as laissé remporter la partie ?

- Au contraire, tu t'es montré un adversaire chevronné. À ta façon d'avancer les pièces sur l'échiquier, j'ai pensé qu'ensemble, on pourrait le contrer, le faire reculer ne serait-ce que de quelques millimètres... Qu'il reste à quelques millimètres de nos organes vitaux. Quelques millimètres, c'est quelques jours, quelques semaines, quelques mois peut-être... Aucun médecin ne saurait évaluer ça précisément.

Emu, Louis caressa la main d'Emma. D'une voix douce et grave à la fois, il la rassura : « nous partirons d'ici, je te le promets ».

La partie était lancée. Les deux joueurs prenaient un réel plaisir à s'affronter. Les innombrables parties menées avec Julien, son plus jeune frère, étaient toujours présentes à la mémoire d'Emma. L'échiquier ne l'avait jamais trahie. Il suffisait d'avancer les pièces en usant de stratégie pour ouvrir de nouvelles portes. Aujourd'hui l'enjeu n'était plus le même. Ils avaient engagé la partie contre le maître incontesté. La mort n'a qu'un seul objectif : mettre la vie en échec. Elle gagnerait au bout du compte car elle finit toujours le job, mais ensemble, ils pourraient peut-être la détourner un instant de son but.

« Distribution d'eau fraîche, annonça l'aide-soignante à l'entrée de la chambre. Monsieur Frère, je vois que votre bouteille d'eau n'est toujours pas terminée. Forcez-vous un peu ! Pas d'eau fraîche pour vous donc aujourd'hui ! ».

Emma blêmit devant tant de sollicitude. Louis lui fit signe de ne pas répondre.

- Une chose est sûre : nous pouvons éliminer cette personne de notre liste d'avocats de la défense, dit-il, amusé.

- Echec et Mat ! s'écria Emma

- Mais comment est-ce possible ? Je ne t'ai pas vue arriver !

- Oh tu sais, je n'utilise cette stratégie que très rarement.

« Bonjour Messieurs Dames. Pour ceux que je ne connais pas encore, je me présente : Candice, la kiné du service. Eh bien Monsieur Frère quel plaisir de vous trouver assis au fauteuil à cette heure matinale. Je venais vous proposer de faire un tour dans le couloir mais je ne voudrais pas interrompre une partie d'échecs aussi captivante ».

- Captivante en effet et je viens de la remporter ! Restez Candice. Nous avons à présent du temps à tuer avant la prochaine manche. Une longueur de couloir. Qu'en dis-tu Louis ?

- Je suis partant si vous me laissez le temps de dérouiller mes articulations. Après plusieurs semaines d'alitement, ce sera sûrement laborieux mais c'est très tentant. Et puis, nous avons quelque chose d'important à vous demander.

- Dans ce cas, partons tous les trois. Vous me raconterez ça en chemin.

Candice s'approcha d'Emma : « Heureuse de vous rencontrer. Je salue votre force de persuation. Vous êtes parvenue en deux jours, à obtenir ce que j'attends de Monsieur Frère depuis deux semaines. Je vous félicite ! »

Louis appuya sur le bouton bolus de sa pompe afin qu'elle délivre une dose d'antalgique pour prévenir les douleurs liées à la mobilisation. Après un aller-retour dans la chambre à petits pas, il se sentait prêt à conquérir le couloir avec le soutien de Candice et Emma.

- Je t'appellerai Marius.

- Marius ?

- Marius Petipa, tu es mon étoile définitive.

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