Réveil

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Emma avait été transportée à l'unité de soins intensifs. Les traitements oncologiques étaient suspendus au profit des manœuvres de réanimation et des techniques de maintien en vie. L'altération de son état général avait contraint l'équipe médicale à prononcer un avis grave, puis la phase critique avait laissé place à l'amélioration de ses fonctions vitales. Emma avait repris conscience mais elle restait très somnolente. Désarmée, la nuit lui réclamait le remboursement de la dette de sommeil qu'elle avait contractée depuis des mois.

À son réveil, une sensation de douce chaleur enveloppait sa main d'une caresse.

- Hé - Ma ! Tes yeux sont toujours aussi beaux.

- Julien. Comme c'est bon de te voir. Quand es-tu arrivé ?

- Trois jours. Le médecin m'a appelé à ton chevet. Pourquoi tu n'as...

- Chut... sur les pourquoi.

- On ne va pas refaire le monde tout de suite. Les médecins m'ont recommandé de ne pas trop te parler. Tu dois te reposer. Comme tu me l'as demandé, je n'ai rien dit à personne à propos de la maladie mais j'ai eu si peur.

Julien serrait la main d'Emma avec autant de force que de délicatesse. L'étreinte de leurs doigts avait conservé l'empreinte de leur passé familial, des espoirs formulés contre l'adversité. Comme autrefois, toutes les craintes disparaissaient dans ces instants de silence complice.

- Je sais, j'ai eu tort de te demander de garder ce secret. Je parlerai à tous bientôt. Ne t'inquiète plus. Avant que tu partes, j'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi. J'ai manqué un rendez-vous avec la personne qui occupe la chambre 480. Il s'appelle Louis. Tu le trouveras facilement, la porte de sa chambre reste toujours ouverte. J'aimerais que tu lui présentes mes excuses. Dis-lui aussi que s'il attend cinq minutes, je compte reprendre la conversation là où on l'a laissée.

- Ce Louis, un amoureux ?

- Un amoureux de la vie, en déroute.

- Tu as toujours eu un stratagème infaillible contre la déroute. Je l'utilise encore assez souvent.

Julien sortit une mallette dissimulée derrière le fauteuil près du lit d'Emma. Il ne me quitte jamais.

- Notre jeu d'échecs.

- Nous ferons une partie ensemble contre lui. Cet ennemi qui menace ta vie, il ne sait pas à qui il a affaire. Il ignore ce dont tu es capable.

Quelques jours plus tard, les réanimateurs levèrent les réserves sur le pronostic vital d'Emma qui fut autorisée à regagner sa chambre. Elle avait survécu à une embolie pulmonaire. Miraculeusement, elle se sentait libérée de ses peurs. Curieusement, avoir frôlé la mort, avait fait jaillir en elle une pulsion de vie insoupçonnée. Elle se sentait prête à annoncer la récidive de sa maladie à l'ensemble de la fratrie. Elle trouverait maintenant la force de parler sans trémolo dans la voix, en choisissant les mots pour ne pas les affliger et poser les limites de sa propre autonomie.

Julien n'avait pas oublié leurs parties d'échecs. Pour son plus jeune frère, enfant hypersensible et insatiable curieux, elle avait inventé une machine à affronter le monde par tous les temps.

Pourrait-elle engager la plus impertinente partie d'échecs de toute sa vie ?

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