Une porte ouverte

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L'ouverture bloquée de la fenêtre de sa chambre ne permettait pas à Emma de respirer l'air du dehors. Encore un protocole spécialement mis au point pour lutter contre les risques, le risque de suicide ici et, accessoirement, empêcher tous les malades de respirer, pensa-t-elle. Le Centre était devenu une sorte de résidence secondaire et ses séjours itératifs lui donnaient le droit d'émettre certaines critiques sur les rouages d'un système qu'elle découvrait au fil du temps.

Emma décida de sortir de sa chambre. Elle devrait se déplacer avec son pied à perfusion. Pas sexy. Peu importe. Elle ne s'apprêtait pas à participer à un défilé de mode. Elle ajusta sa tenue décontractée et se repoudra le bout du nez.

Les alentours de l'hôpital n'offraient aucun espace vert, aucun lieu convivial. Emma se contenterait donc de plusieurs allers retours dans le long couloir du service. Elle se décida pour trois. Chaque jour, elle accomplirait des pas supplémentaires. Avec le temps, elle avait appris à faire de son mieux en tenant compte du contexte. Accepter sa fatigue.

Les soignants s'affairaient à leurs tâches quotidiennes. Derrière toutes les portes closes, des personnes comme elle, vivaient la même réalité. Statistiquement, certaines avaient tiré au sort la molécule inactive, tout comme elle, peut-être. Comment s'arranger avec ce putain de hasard muet ?

La traversée du couloir s'avérait une morne distraction. Une seule porte ouverte dans le long corridor attira sa curiosité. Double aveugle peut-être mais le cancer n'avait pas altéré cette faculté personnelle. Emma se redressa. Elle sentit l'élégance réinvestir son corps dans une posture corporelle que la danse lui avait enseignée.

Elle avançait à pas rythmés. Dans la main droite, elle imaginait son pied à perfusion comme le trident de Neptune.

Il n'y avait sans doute aucun mystère, une porte ouverte sur une chambre vide prête à accueillir les nouveaux entrants.

La chambre comportait deux lits. Côté fenêtre, Emma aperçut une silhouette allongée sur le côté, immobile, dont elle imaginait le regard absorbé par la forte réverbération de la lumière. La baie vitrée offrait une vue sur cour. Sur le mur blanc inondé de soleil se découpait un morceau de ciel bleu. Stoppée par une bande imaginaire de confidentialité, Emma n'osait ni parler ni bouger. Elle ressentait la douleur intérieure irradiant de cette frêle silhouette, bien plus grande que la sienne, une douleur aggravée de l'errance. Sa peau ruisselait d'une multitude de picotements, un frisson généralisé significatif parcourait son corps réceptif au vécu d'autrui. L'inconnu pouvait-il deviner sa présence ?

Emma ne savait pas combien de temps elle était restée suspendue à cet instant. Lors de ses interventions au SAMU social, elle agissait avec ses mots et une bienveillance qui, au fil des années, avait fait de son équipe, la cellule de maraude la plus remarquée. Grâce à son tact et ses qualités humaines, elle était souvent sollicitée par ses collègues lors de situations désespérées. Maintenant, elle était passée de l'autre côté de la barrière, du côté où seule, la vulnérabilité s'éprouve.

Heureusement, son attitude était passée inaperçue. Les roues de son trident à roulettes se mirent à grincer à nouveau.

Sa curiosité n'était pas réellement assouvie. Qui était l'inconnu de la chambre 480 ? Pourquoi regardait-il à l'opposé de cette porte ouverte ? Attendait-il une visite ?

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