La Mésopotamie

5 minutes de lecture

28 novembre 2019

 Si vous souhaitez voyager à peu de frais du Pamir au Bosphore, de l'Indus à la mer Rouge, vous cultiver, découvrir des panoramas exceptionnels chargés d'histoire, participer à des intrigues de palais, marcher avec les armées d'Assurbanipal, de Sargon ou de Darius, légiférer avec Hammourabi, contempler des architectures monumentales, comprendre les origines des textes de la bible, apprendre comment l'écriture est née et bien d'autres choses encore, alors plongez-vous dans l'étude des civilisations de l'orient ancien, toute notre histoire vient de là. Pour cela procurez-vous le livre de Georges Roux "La Mésopotamie". Ce livre de poche assez épais (600 pages) déroule 4000 ans d'histoire depuis Uruk, la première cité-Etat jusqu'à Babylonne et ses jardins suspendus, sans oublier Sumer dont le célèbre assyriologue Samuel Noah Kramer à démontré l'importance.

 À l'origine, George Roux n'est pas un chercheur issu du sérail. Longtemps médecin de l'Iraq Petroleum Company, il s'est passionné pour l'étude de l'ancien orient au point d'être considéré aujourd'hui comme un grand spécialiste de la Mésopotamie. Son livre est destiné au grand public et aux étudiants, mais il peut déclencher des vocations et transformer le lecteur passif que vous êtes en assyriologue distingué. Il vous en coûtera seulement un euro si comme moi, vous avez la chance de trouver ce livre dans un vide-grenier. Admettez que les études ne sont pas toujours aussi coûteuses qu'on le prétend.

 Si Descartes a pu dire "Dans la plupart des livres, il suffit de lire quelques lignes et de regarder quelques figures pour les connaître tout entiers. Le reste ne s'y ajoute que pour remplir le papier.", cet aphorisme ne peut pas s'appliquer au livre de George Roux. Aussi séduisante que puisse paraître l'idée de résumer un ouvrage à quelques lignes (un Graal que je poursuis néanmoins avec ténacité), ce serait une gageure que de prétendre l'appliquer au livre dont il est question aujourd'hui. Je ne vais donc pas essayé d'en faire la synthèse, tout au plus vais-je tenter de délivrer mes impressions de voyage autour des thèmes abordés par l'ouvrage, en ajoutant ici ou là quelques informations puisées dans des lectures parallèles.

 L'Afrique est le berceau de l'humanité, mais c'est en Mésopotamie que s'est développée, autour de Sumer, la première civilisation. Il y a à peine deux siècles, les vestiges de la civilisation mésopotamienne étaient encore enfouis sous une épaisse couche de terre. Çà et là gisaient quelques briques comportant des inscriptions que personne ne pouvait lire. Trente siècles d'histoire, d'art, de littérature, d'architecture et de sciences semblaient avoir disparu des mémoires, ensevelis à jamais dans les profondeurs de la terre.

 C'est seulement en 1840 que l'on met à jour sur un site archéologique près de Mossoul, des tablettes d'argile recouvertes d'une écriture indéchiffrable. Transférées au British muséum, elles feront l'objet d'un examen attentif de la part des chercheurs. Mais, vingt ans plus tard, c'est un simple apprenti imprimeur, George Smith, qui va percer le mystère. Durant son temps libre, fasciné par la culture assyrienne, il passe ses pauses déjeuner au British Muséum, emprunte tous les livres qui traite de ce sujet et commence à étudier les tablettes cunéiformes. Il parvient seul à les déchiffrer et attire l'attention des assyriologues patentés.

 En 1872, George Smith atteint la renommée en traduisant le plus vieux récit littéraire de la civilisation : l'épopée de Gilgamesh. Mais le destin de cet homme remarquable est tragique. En mars 1876, le British Museum l'envoie près d'Alep pour fouiller les restes de la bibliothèque d'Assurbanipal. Il attrape la dysenterie et meurt en août à l'âge de 36 ans. C'est avec lui que commence véritablement l'historiographie de l'assyriologie (1).

 En 25 chapitres assez denses, Georges Roux nous conte les péripéties homériques des peuples et des dynasties qui se sont succédés dans cette contrée, les Akkadiens, les Hittites, les Sargonides, les Assyriens, les Chaldéens, les Babyloniens. Un tel travail necessite des qualités de pédagogue pour retenir l'attention du lecteur parfois perdu devant l'énumération des noms des rois, des chefs d'armées et de leur entourage. Il est permis d'éprouver une certaine lassitude devant la litanie des noms de lieux, de villes, de provinces, de palais qui sont néanmoins utiles pour comprendre dans sa totalité l'histoire de ces empires. Mais il faut bien sûr s'engager dans cette lecture avec une certaine motivation et savoir prendre son temps, on n'assimile pas 3 000 ans d'histoire comme une simple anecdote. Après lecture, vous serez convaincu que la connaissance de notre monde contemporain passe par celle de l'ancien orient et vous aurez envie d'en savoir encore plus.

 George Roux met à l'honneur une civilisation encore méconnue, notamment en regard de celle de l'Egypte ou de la Chine. Il nous rappelle les nombreuses inventions et découvertes que l'on doit aux mésopotamiens à commencer par l'écriture au troisième millénaire avant JC mais aussi l'invention de l'agriculture, le remplacement de la houe par l'araire, le chariot à quatre roues pour transporter le grain, le tour du potier, le moulage d'alliage à base de cuivre, le système hexadécimal et décimal que nous utilisons encore aujourd'hui, sans oublier les travaux dans les domaines de l'astronomie, des mathématiques et de la médecine dont le niveau ne fut dépassé qu'il y a à peine trois cent ans. Sur le plan religieux et littéraire il faut noter que de nombreux textes de l'ancien testament proviennent de légendes mésopotamiennes rédigées plus de mille ans avant la rédaction de la bible : le jardin d'Eden, le déluge, le péché originel, la création du monde. L'épopé de Gilgamesh et Enuma Elish (la genèse Babylonienne) ont inspiré une partie de la théologie chrétienne. Ces deux textes comportent des similitudes frappantes avec la Genèse. C'est en basse mésopotamie, là ou se rejoignent le Tigre et l'Euphrate que l'on situait jadis le paradis, cette région est aujourd'hui la proie de violences terribles sur le plan politique et social.

 Plongez-vous donc sans réserve dans l'histoire de cette civilisation pour tenter d'en percer les arcanes.

(1) Rendons hommage aux pionniers :

Pietro Della Valle, aventurier et explorateur originaire de Rome, il est le premier à recopier des inscriptions cunéiformes sur le site de Persépolis en 1621.

Henry Rowlinson (1810-1895), qui fit connaitre George Smith, est l'un des acteurs principaux du déchiffrement du cunéiforme, Il est parfois surnommé le « père de l'assyriologie ».

***

La Mésopotamie Georges Roux, Editions du Seuil, collection le point histoire 1995, 600 pages.

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