La Révolution française

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16 décembre 2019

 En cette période insurrectionnelle ou tout le monde, conteste, râle, s'indigne en manifestant le week-end où en faisant grève, il n'est pas inutile de revisiter une des périodes les plus importantes de notre histoire, celle qui a conduit à la fin de la monarchie.

Sans établir de parallèle trop hâtif entre la révolution de 1789 et les "révoltes" de 2019, il est toujours intéressant d'étudier les mécanismes et les conséquences des mouvements de l'histoire pour mieux comprendre notre actualité. J'ai donc repris la lecture de l'œuvre de Louis Madelin sur la Révolution française. Ce mémo est rédigé après la lecture des deux premiers volumes (en anticipant sur quelques évènements).

 Plus j'avance dans la connaissance de la Révolution française plus je suis surpris par le carnage qu'elle a déclenché. Ce qui caractérise cette période, c'est que personne, si grand esprit fut-il, ne pouvait être à l'abri de la soif de sang qui animait tous les esprits à l'époque. Après les prêtres et les nobles (il suffit comme exemple, de citer l'ignoble assassinat de la duchesse de Lamballe, la mutilation de son corps et l'exhibition de sa tête sous les fenêtres de Marie-Antoinette), les révolutionnaires s'en prirent à leurs propres frères et les grandes figures de la révolution furent eux-mêmes guillotinés ou assassinés, Camille Desmoulins, Saint-Just, (l'un de ceux qui a le plus œuvré pour obtenir la condamnation à mort de Louis XVI), Fabre d'Eglantines (acteur, poète, auteur de "il pleut il pleut bergère" et inventeur des noms des mois du calendrier républicain), guillotiné pour corruption, trafic d'opinion, tentative de division et de destruction de la représentation nationale. La légende veut qu’il ait pleuré sur la charrette le menant à l’échafaud, se lamentant de n’avoir pas pu terminer un poème. Danton, connu pour son esprit caustique, lui aurait alors déclaré : « Ne t’inquiète donc pas, dans une semaine, des vers, tu en auras fait des milliers… ».

 Parmi les victimes il faut encore citer Danton, Marat... Et pas plus les accusateurs de Louis XVI que ses défenseurs ne seront épargnés (Malherbes, qui a assuré la défense du roi lors de son procès, sera aussi guillotiné, Robespierre qui un temps militait pour l'abolition de la peine de mort, vota la mort de Louis XVI ! lI fut ensuite guillotiné.

 Une grande partie des membres du tribunal révolutionnaire, crée à l'incitation de Danton, seront guillotinés (au premier rang desquels l'accusateur public Fouquier Tinville). Que dire de Camille Desmoulins brillant avocat, guillotiné sur la demande de "son ami" Robespierre témoin de son mariage ! On lui reprochait d'être trop clément pour les ennemis de la révolution, et non-content de le guillotiner sans procès, on guillotina également sa femme, parfaitement innocente, âgée de 23 ans et mère d'un enfant d'à peine 2 ans.

 Comment après cela ne pas crier "O liberté, que de crimes, on commet en ton nom !", comme Madame Roland (femme d'esprit qui tenait un salon sous la révolution) qui aurait prononcé ces mots sur l'échafaud en se tournant vers la statue de la liberté. L'épisode de la Révolution française aurait pu tout aussi bien s'appeler la Grande Guerre civile de 1789. Un massacre fait par le peuple et aussi contre le peuple au profit des bourgeois qui sont sans doute ceux qui ont été le plus épargné, tandis que le peuple, contradiction suprême était peut-être au fond royaliste. Tout cela pour fonder une république bancale dont s'est ensuite approprié Napoléon Bonaparte pour servir ses ambitions.

 On peut dire que la guillotine a été un moyen de "raccourcir" les procédures de justice.

 Et dire que le peuple militant de la révolution, les "sans-culottes", portait le bonnet rouge, coiffure des esclaves affranchis et donc emblème de liberté !

 On a longtemps glorifié la prise de la bastille et à travers elle toute la Révolution française, on sait aujourd'hui combien de crimes ont été commis au nom de la défense de la liberté et de la lutte contre le "tyran monarchique" et son allié l'église.

 L'organisation politique et économique d'un pays ne peut être immuable. Des adaptations sont nécessaires et elles doivent se faire progressivement sans attendre l'éruption volcanique du peuple. Les origines de la révolution de 1789 sont multiples. Un climat social tendu, une défiance croissante du peuple à l'égard du pouvoir monarchique tenu pour responsable de la pauvreté du tiers-états et de la famine, un déficit budgétaire dû à l'aide apporté à la guerre d'indépendance des États-Unis, des dépenses excessives de la cour, des impôt inégalement répartis. Tous ces facteurs sont autant de foyers d'incendie qu'une simple allumette, la hausse du prix du pain (la hausse du prix de l'essence !) peut embraser. La grogne monte, des émeutes éclatent dans les campagnes et c'est l'explosion sociale. Si l'on admet que le bilan de la révolution présente de nombreux aspects négatifs, on ne peut pas pour autant ignorer la responsabilité de Louis XVI et de ses conseillers qui non pas comprit l'aspiration du peuple à plus de justice.

 Louis Madelin (1871-1956) est un académicien et historien français spécialiste de la révolution et du Premier Empire. Il s'écarte un peu des historiens classiques de son époque et se montre assez critique concernant la Révolution française contrairement à Ernest Lavisse, l'historien officiel, adulé par les ministres de l'éducation et qui se fera le chantre du roman national. Les éditions Tallandier ont réédité en 1980, les cinq volumes l'œuvre que Louis Madelin a consacré à la révolution française. Je viens de terminer le deuxième tome de cet ensemble qui couvre la période de 1794 à 1799. Même s'il date un peu, l'ouvrage reste une référence. L'édition en ma possession est en simili cuir richement décorée avec de nombreuses illustrations. On trouve à la fin de chaque volume des documents, une chronologie et une abondante bibliographie.

- "La Révolution française", Louis Madelin, cinq volumes, Tallandier 1980.

Vol. 1 Le crépuscule de la monarchie - 373pp
Vol. 2 Le roi en tutelle - 375pp
Vol. 3 La France entre en république - 392pp
Vol. 4 La France déchirée - 367pp
Vol. 5 La victoire des notables - 375p

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