3. Premier contact

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[ Andrew ]

J’ai encore failli étouffer. Ce cahier ne doit pas aspirer que mon attention, mon air également. Et si cela doit continuer ainsi, j’espère que ce second effet, pas des plus appréciables, cessera rapidement. Je m’ébouriffe les cheveux et reporte mon regard sur les dernières inscriptions. Ce tas de feuilles ne manque pas de répartie en tout cas. Quand je lui ai demandé la raison de tout cela, il m’a dit de regarder sa réponse précédente, à savoir qu’il pourrait me demander la même chose. Que dire après ça ? Je ferme le cahier. j’inspire lentement, la tête renversée, les yeux au plafond. Je suis dans ma chambre. Une lumière doucereuse, annonciatrice de la fin d’après-midi, traverse mes rideaux et vient se poser sur ma jambe. La chaleur qu’elle apporte est bienveillante, réconfortante. La pièce n’est pas immense. Elle n’est pas surchargée non plus. Ayant emménagé il y a peu, je n’ai pas encore eu le temps de me l’approprier complètement. Mon lit double est sous la fenêtre, bordée par des draps blancs et une couverture bleue toute simple. Il est là car j’aime la sensation de chaleur sur ma peau le matin. Et puis rien ne me réveille mieux que cela, pas même un réveil et son éternel «bip» de l’enfer. Bon. Compte tenu de mes incessants retards, il est vrai que cette façon n’est peut- être pas la plus optimale. J’y réfléchirais. Sans doute.

De l’autre côté, totalement face à mon lit, il n’y a qu’un mur blanc. Froid ? Triste ? Sans Vie ? Non. Juste primordial. Sur la table de chevet accolée à mon lit, à la place de l’inutile réveil, se trouve un vieux vidéo projecteur, limé par son âge et ses usages. Je ne suis pas quelqu’un de très sociable. Je pense même pouvoir dire que si les gens ne font pas le premier pas, il y a très peu de chance que je le fasse. L’une de mes principales occupations, en dehors des cours, concerne donc cette vieille technologie rejetée par l’industrie cinématographique actuelle, au profit de l’ère numérique. Récupéré par mon grand-père, nous avons entreprit de le restaurer et de le rendre fonctionnel à l’électricité récente ainsi qu’a son utilisation dans une chambre. Malgré mes parents, insensibles, cessant de nous dire de le revendre ou de le jeter, nous avons continué et le résultat est maintenant ici, donnant vie, chaque soir à de vieux westerns, à du cinéma français sur ce mur si banal en apparence.

Le reste de cette pièce n’est pas plus personnel. Une étagère où se trouve les livres de mes auteurs favoris. Un lieu, quelque peu fantastique, hétéroclite, où se côtoie Shakespear, Lacroix, Lee, Weber et tant d’autres. Un bureau devant lequel je suis assis, un ordinateur portable posé dessus.

J’inspire profondément. J’ouvre les yeux. Lentement, je baisse la tête à nouveau sur le cahier et l’ouvre. J’attrape un stylo, et j’écris.

« Je m’appelle Andrew »

A peine ai-je fini d’écrire, que mon prénom s’efface presque entièrement, ne laissant alors que le « A ». Je tente d’écrire à nouveau dans le blanc s’étant reformé. Même chose. Je patiente. Vingt minutes plus tard, je reçoit une réponse, et débute alors une étrange correspondance,destinée a savoir le pourquoi, le comment mais également avec qui se déroule cette aventure atypique.

« Je m’appelle A »

« Mon prénom est M, enchantée. »

« Impossible d’écrire mon prénom en entier. Toi de même ? »

« Oui, ça s’efface. »

« Ravi de faire ta connaissance, je crois »

« Ai-je affaire à un humain ? »

Et je manque de recracher mon jus d’orange. Je ne m’attendais pas vraiment à ce genre de question. Mais il est vrai qu’elle est pertinente. Du moins, c’est ce que mon imagination, fonctionnant déjà activement à l’idée de discuter avec une représentante de la race alien, pense. Cela ferait une bonne explication à ce fait des plus perturbants ? Sans doute. Je reprends mon sérieux et réponds.

« Il me semble que oui. Et dans ton cas .. ? »

« Oui, je suis humaine. Rêves brisés ? »

Mes lèvres se fendent d’un léger sourire. Sa répartie est amusante, aérienne, entraînante. C’est agréable, élégant, si bien que je m’amuse à aller dans ce sens.

« Je m’avoue déçu de ne pas expérimenter la première connexion inter-espèces »

« Me voilà désolée de gâcher tant d’espoir »

« Nous parlons la même langue, je suppose le même pays ? »

«U.S.A »

« Je ne peux pas écrire la ville.. »

« U.S.A également »

« En effet, ça s’efface complètement »

« On dirait qu’on ne peut pas en apprendre trop sur l’autre »

Je soupire. J’ai presque oublié à quel point tout cela semblait irréel. Je suis là, dans ma chambre, assis à mon bureau. On est en Octobre, en cette fin d’été qui laissera petit à petit place à la froideur et à l’obscurité. Tout ces faits, bien réels. Je parle à quelqu’un, se trouvant je ne sais où dans ce pays, et ce a l’aide d’un cahier. Ceux ci, tout à fait imaginaires. Je réarrange mes esprits et me lève, marchant en direction de la bibliothèque. j’attrape mon exemplaire élimé Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur et reviens au bureau. Je griffonne quelques mots, referme le cahier, et me jette mollement sur mon lit, prêt à dévorer ce livre, à nouveau, ce chef d’œuvre, encore et toujours.

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