2. Des Mots

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[ Maxine ]

« - Ça te prend souvent ?

Sara me domine de toute sa hauteur, sourcils froncés, sourire léger. Elle n’est pas très grande, mais le fait que je sois à terre - littéralement - l’aide beaucoup. Je n’étais pas prête. Définitivement pas. Mais qui le serait dans ce genre de situation ?

Alors que je griffonnais, tout en « écoutant » ma meilleure amie me parler de sa dernière anecdote, ou conquête, le support de mon éparpillement cérébral à pris vie et des mots s’y sont gravés comme par enchantement. Suivant cela, les pieds de ma chaise, déjà en équilibre, ont majestueusement glissés, amenant mon coccyx à la dure réalité du sol.

Grognant sous la douleur de la froide rencontre, je me relève tant bien que mal et j’attrape la chaise pour la remettre en place.

- Tu vas bien ? me demande Sara, voyant que je ne disais rien. Je perçois une légère pointe de moquerie, bon enfant, mais je n’en fais pas de cas. Nous nous connaissons depuis tellement d’années maintenant. Et puis je sais que je n’aurais pas manqué l’occasion de me moquer d’elle si les rôles avaient été inversés.

- Oui, juste un peu sonnée, je réponds. Je préfère taire la raison de ma chute magistrale et change de sujet. Dis m’en plus sur ce...Toad ?

- C’est Tom, souffle t-elle, embrayant directement sur son sujet favori : Les garçons.

Nous rangeons nos affaires et le reste de la discussion tourne autour de ce sujet, parsemée d’aventures drôles, foireuses, ou les deux à la fois. Ma colocataire ne manque pas d’entrain, la conversation est vive, plaisante, mais malgré toute sa bonne humeur et sa légèreté, cela ne suffit pas à sortir de ma tête les récents évènements. Je compte. Il me reste deux heures de cours avant de rentrer chez moi. Avant de creuser cette affaire abracadabrantesque. J’espère qu’elles me passionneront plus que Tom ainsi que son amour inconditionnel du ballon ovale et des chaussettes montantes qui rebutent tant Sara. J’espère qu’elles fileront vite. Très vite..

- Max ? Tu es avec moi ? Je lève les yeux et me rends compte à quel point j’étais plongée dans mes pensées. Sara me tend un plateau. Un instant, je me demande pourquoi, puis je comprends : Nous sommes dans la cafeteria. Je n’ai aucun souvenir du trajet jusqu’ici. Super. Ces deux heures vont être longues. Très longues.

Je prends le dit-plateau en la remerciant et le pose sur les rails. J’y ajoute quelques aliments, un peu au hasard, le cerveau tellement embrumé que je me retrouve à table avec un yaourt, deux pommes et trois fourchettes. Sara me regarde avec un air amusé et avant même qu’elle n’ouvre la bouche, je devine ce qu’elle va dire.

- Maxine Jones, quel homme te retourne la tête à ce point ?

Petite leçon sur le caractère et la philanthropie de ma meilleure amie : Premièrement, le fait qu’elle utilise ne serait-ce que mon prénom en entier est signe que je l’exaspère ou qu’elle à une chose incroyable à me raconter. Deuxièmement, ses passions, objets d’études et sujets favoris, sont les garçons. Et pour finir, la plus part des choses assez incroyables pouvant justifier l’emploi de mon patronyme dans son intégralité, sont issues du point numéro deux et consiste à me caser avec l’une de ses récentes observations.

Un sourire s’étend sur mes lèvres en constatant que j’avais correctement anticipé son intervention. Je prends une grande inspiration, et commence :

- Décidément je ne peux rien te cacher, il est fantastique. Une petite étincelle s’allume dans ses yeux, révélant malice et curiosité. Quand je reprends, j’ai toute son attention et la tension est à son comble. Je poursuis alors.

- C’est un confident extraordinaire, un compagnon sans égal. Son sourcil gauche se lève doucement, symbole de sa perplexité, puis son visage s’illumine.

- Max, ne me dis pas que tu parles de Spike…

La chute de ma tirade est interrompue par le vacarme occasionné par quelques sportifs primates venus répondre à leur besoin insatiable de viande et de cocktails hyper-protéinés. Si Sara fut assez perspicace pour deviner que je me moquais d’elle en parlant de mon chat rondouillard, elle est maintenant définitivement perdue dans les méandres d’abdominaux supplantés de testostérone qui viennent de passer la porte. Renonçant à capter de nouveau son attention, je sors mon cahier et cherche LA page. Il y a toujours la citation que j’ai écrite précédemment. Mais aussi ces trois mots, que j’espérais avoir rêvés.

Je pèse le pour, le contre. Je cherche une raison pouvant expliquer les faits. Je n’en trouve aucune. Je recommence. Après dix bonnes minutes, Je décide que je n’ai rien à perdre et je noircis à nouveau la feuille, bien décidée à connaître mon état mental.

« Je pourrais te demander de même.. »

Je patiente un temps qui me paraît interminable. Petit à petit, le bourdonnement qui me parvenait alors, dû à la tension et à l’accaparement de mes pensées par ces écrits, cessa. les bruits alentours me reviennent. Raclement de chaise sur le sol. Rires. Exclamations. Je lève la tête, hébétée, comme toujours lorsque je constate cette capacité que j’ai de me couper du monde en certaines circonstances. Un instant, je regrette que ce moment d’égarement le plus naturel n’ai pas duré plus longtemps. Un instant de plus, je soupire. Un instant seulement, je baisse les yeux de nouveau, et je me fige.

« Que se passe t-il ? »

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