Chapitre 47 (fin)

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21 février, 18 h 20

Comme à chaque fois, Noémia ralentit en arrivant sur la place de la Gare. Elle posa en premier son regard au pied de l’enseigne lumineuse indiquant le Cora et, sans surprise, ne vit personne. Tristan brillait par son absence, mais elle ne s’y habituait pas. Elle entreprit de faire le tour de la place, sans y croire. Ce soir, elle se sentait particulièrement déçue. Pourquoi avait-elle laissé son cousin lui mettre de faux espoirs en tête ? Elle prit le temps d’enfoncer ses écouteurs dans ses oreilles et de lancer la version acoustique de The Man Who Can’t Be Moved, puis démarra son rituel. Elle commença par les alentours de la gare, détaillant les Parisiens qui se reposaient sur chaque banc ; puis elle passa devant le magasin de fruits et légumes, longea l’école primaire et tourna après la parfumerie. Elle avançait d’un pas lent, au rythme de la musique. Ce moment lui appartenait, le seul de la journée où elle s’autorisait à être triste et à s’inquiéter pour Tristan ; s’en voulait âprement et priait pour revenir en arrière. Elle arriverait devant le supermarché quand le chanteur débuterait le pont de la chanson, elle l’écouterait juste à l’endroit où elle avait invité Tristan à boire un verre. Ensuite, elle irait au Café des Marmottes et l’attendrait jusqu’à 20 h 40. Tu es pathétique, ma pauvre. La voix de l’ange l’encouragea à continuer sa routine. C’était ce qui la faisait tenir, lui permettait de ne pas y penser le reste du temps, alors même si cela paraissait risible, elle s’y accrochait.

Tristan l’observa avec attention jusqu’à ce qu’elle s’immobilise à l’emplacement où il mendiait encore quelques jours plus tôt. Il était criant que Mia ne faisait pas que se promener, et ce manège dramatique le bouleversa. Elle resta de longues secondes sans bouger, les yeux baissés vers le sol. Il regretta de l’avoir fait attendre si longtemps.

Allez, courage ma grande ! La musique va s’achever et tu vas aller travailler avec un bon capucino ! Depuis Bordeaux, elle arrivait mieux à se concentrer sur ses cours. Peut-être qu’un jour, son chagrin passerait… Mia finit par relever la tête et eut le souffle coupé.

À quelques mètres d’elle, mains dans les poches, un jeune homme la fixait d’un regard profond.

Tristan ?

Le cerveau de l’étudiante analysa les informations contradictoires qui lui parvenaient. C’était bien Tristan, mais il paraissait différent. Il portait toujours son écharpe à liseré bleu, mais plus son habituel jean ni sa parka noire, remplacés par un élégant manteau gris sombre et un pantalon beige, assorti à des baskets flambant neuves. Mia ouvrit la bouche, tant de stupeur que pour essayer de prononcer une phrase qu’elle ne sut pas choisir. Que faisait-il là ? Comment expliquer une telle transformation ? Incapable de faire un pas vers lui, elle resta plantée sur place. Ce qu’il est canon. Mia tenta de maîtriser ses pensées et les battements fous de son cœur qui résonnaient jusqu’à ses oreilles, tandis que Tristan approchait.

  • C’est moi que tu cherchais ? lui demanda-t-il d’une voix basse.

Il la regardait avec une douceur incroyable qui la liquéfia. La gorge nouée, la jeune femme s’ordonna de reprendre ses esprits. Elle devait lui dire. Tout de suite, avant qu’il ne s’en aille. Elle prit une brève inspiration avant de se lancer. Si elle pouvait encore sauver quelque chose, c’était maintenant ou jamais.

  • Je te demande pardon, affirma-t-elle en plantant ses prunelles dans celles de Tristan. J’ai été lamentable. Quand je t’ai vu ce jour-là, avec Val, je me suis sentie terriblement gênée et j’ai paniqué. Je n’étais pas prête à ce qu’il découvre ta situation, tout ça... Je sais que rien ne rattrapera mon comportement ni le mal que je t’ai fait, mais je regrette tellement !

Tristan ne l’interrompit pas, il étudiait les perles salées qui se formaient au bord des cils de Noémia tandis qu’elle cherchait ses mots.

  • J’ai été nulle et je suis passée à côté de l’essentiel. Je me suis souciée du regard des autres, du matériel, alors que c’était toi le plus important. Je n’avais jamais rencontré une personne aussi extraordinaire avant, et j’ai tout gâché parce que je n’ai pas été capable de dire à tout le monde combien tu comptais pour moi.

Mia peinait à contrôler sa respiration et les pleurs qui montaient en elle. Au prix d’un dernier effort, elle termina sa tirade.

  • Je suis désolée, Tristan, tellement désolée ! Je me rachèterai chaque jour, jusqu’à la fin des temps s’il le faut, pour que tu me pardonnes. J’aimerais juste que tu m’en laisses l’opportunité.

Devant la grandiloquence du propos, un sourire traversa le visage de Tristan et il l’attira contre lui. De nouveau, le pouls de Noémia accéléra, tandis qu’elle se laissait envelopper par l’odeur de son ami. Elle lui rendit son étreinte, enfouit son visage dans son manteau. La peur qu’il ne la quitte lorsqu’il se détacherait d’elle lui déchirait la poitrine. Laisse-moi juste une chance, ne me rejette pas, je t’en prie. Mia le serra plus fort, comme pour mieux le retenir, et ses larmes débordèrent.

Le cœur battant tout aussi vite, Tristan goûtait l’instant. Enlacer Mia lui procurait une joie indicible. Il caressa les boucles noires striées de châtain de la jeune femme, se délecta de leur parfum avant de murmurer :

  • Je t’ai pardonnée depuis longtemps, je sais bien que tu n’étais pas dans une position facile. Et je te dois aussi des excuses pour la façon dont je t’ai parlé la dernière fois.

Il s’écarta de quelques centimètres pour contempler son visage mouillé de larmes, qu’il essuya délicatement.

  • Oublions tout ça, d’accord ?

Mia hocha la tête, les iris brillants de soulagement et de gaité.

  • Il faut que je te parle de Valentin, reprit-il. Mais avant ça, je voudrais te dire deux choses. La première, c’est que je te promets que tu n’auras plus jamais honte de moi.

L’interrogation de Mia concernant son cousin fut effacée par la dernière affirmation de Tristan. Elle était l’unique responsable de sa gêne concernant le fait qu’il vive dehors. Pas question qu’il en porte la charge.

  • C’est moi qui… protesta-t-elle.

Il posa un doigt sur ses lèvres, la faisant frissonner, et compléta d’une voix grave.

  • Je vais te rendre fière, Mia.

Le cœur de la jeune fille palpita à cette promesse. Que signifiait-elle ?

Tristan fit une pause, jusqu’à maintenant tout se passait à peu près comme prévu. Cependant, ses mains devenaient moites et ses joues commençaient à s’échauffer. Pourquoi fallait-il que l’émotion le prenne juste à ce moment-là ? Calme-toi, ce n’est pas si compliqué.

  • La deuxième, c’est que...
  • Oui ? l’encouragea Noémia après un silence.

Il soutint son regard, d’abord difficilement, puis y trouva le courage qui lui manquait.

  • La deuxième, c’est que je suis amoureux de toi.

Le jeune homme vit les yeux de Mia s’agrandir, ses lèvres former un « o » parfait. Il interdit à ses yeux de s’y attarder.

  • Je ne me permettrais pas de te demander de sortir avec moi, alors que je ne peux même pas t’inviter au restaurant ou t’offrir un cadeau pour ton anniversaire et…
  • Mais je me fiche des cadeaux ou des restos ! s’écria l’étudiante. Cela n’a aucune espèce d’importance !
  • Je sais, mais cela en a pour moi, Mia, répondit Tristan dans un sourire. Je ne te demande pas non plus de m’attendre, sens-toi libre. Cependant, je voulais que tu saches ce que je ressens pour toi.

Elle affichait une moue oscillant entre la joie parfaite et la déception absolue.

  • Ne fais pas cette tête ! dit-il en riant. Je vais vite trouver un travail, et bientôt ça ne sera plus un problème. Je n’ai pas prévu de me laisser doubler par un autre !

Il tapota le bout de son nez dans un geste câlin, avant de faire demi-tour.

  • Allez viens, il faut que je t’explique ce que ton idiot de cousin te cache depuis deux jours.

Mia n’entendit pas la fin de sa phrase, trop abasourdie pour cela. Les mots virevoltaient dans son esprit, lui faisaient traverser un arc-en-ciel d’émotions. Elle rattrapa le jeune homme qui lui tenait la porte du café, fossettes au coin des lèvres. « Je suis amoureux de toi. » La déclaration continuait de résonner à ses oreilles, distillant un bonheur intense à chaque parcelle de son être.

Noémia s’arrêta face à Tristan, à l’interface entre le froid et la chaleur, entre la rue et le tiède intérieur, entre leurs deux univers. Il la regardait affectueusement et l’immense amour qu’elle ressentait déferla dans sa poitrine. Des deux mains, Mia saisit le visage de Tristan, et elle l’embrassa avec fougue. Le bras du jeune homme se referma autour de sa taille, son autre main plongea dans sa chevelure. Elle savoura ce baiser dérobé à l’ordre des choses. Lorsque Mia s’écarta, ses doutes s’étaient envolés. Elle fit glisser ses doigts sur la joue à peine piquante de celui qu’elle aimait, et déclara avec tendresse :

  • Je patienterai le temps qu’il faudra, mais désormais, je ne te quitte plus.

Tristan se perdait dans ses yeux. Il y retrouvait un éclat qu’il n’avait jamais vu ailleurs. Un éclat brillant dans le noir profond. Un éclat d’intelligence, de détermination. Une étincelle de magie. Elle attrapa sa main avant qu’il n’ait pu lui répondre et s’élança gaiement dans la salle chaude. Sa voix claire le tira de sa rêverie, faisant à nouveau chavirer son cœur.

  • Je t’offre une crêpe ?


FIN

Un grand merci à tous ceux qui sont arrivés jusque là :D

Deux petites questions pour vous :

1. Qu'avez-vous pensé du système des deux fins ? En supprimeriez-vous une ? (les deux ? non je blague) Les inverseriez-vous ?

2. Une remarque / des critiques sur les faiblesses du roman (intrigue personnage) ? Fond, forme, je prends toutes les remarques négatives !

Merci <3

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