Chapitre 46

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21 février, 12 h 45

  • Tu ressembles à un pingouin, déclara Valentin sans ambages.
  • Tristan observa son reflet dans le miroir de la cabine d’essayage et dut admettre que cette chemise lui donnait l’air d’un manchot.
  • Je t’ai pas demandé ton avis, bougonna-t-il.
  • Je disais ça pour toi.

Tristan croisa le regard moqueur de Valentin et ne put s’empêcher de sourire. Sous ses airs de bad boy prétentieux, il lui trouvait un certain humour. Le jeune homme renonça finalement au dernier article et laissa Val régler les deux pantalons et le polo choisis. Il sortit du magasin, désireux de ne pas voir son hôte sortir sa carte bleue : il se ferait du mal pour rien. Bien sûr, ce n’était qu’une avance et de ce que Joana lui avait dit, leurs parents leur envoyaient un virement mensuel plus que généreux, mais ça n’empêchait pas son malaise.

Val le rejoignit quelques instants plus tard et avisa son air ennuyé.

  • Tu vas tirer cette tête à chaque fois qu’on achète un truc ? s’agaça le jeune homme. Parce qu’on n’a pas encore fini là.
  • On voit bien que tu n’es pas à ma place.
  • Tu ne peux pas décemment te présenter à un entretien fringué comme ça, tu le sais très bien. Alors arrête.

Tristan obtempéra, résolu. Trois boutiques plus tard, ils se laissaient tomber sur les banquettes de Factory & Co, affamés. Ils commandèrent bagels et frites qu’ils engloutirent en débattant de la quantité de graisses contenue dedans.

  • Je passe aux toilettes, tu gardes mes affaires ? s’enquit Valentin en se levant.

Tristan hocha la tête.

En évidence sur la table, le portable de Val semblait le fixer. L’envie d’y fouiner le titilla. Quels secrets ce Don Juan pouvait bien y cacher ? Il sourit en imaginant les conversations amusantes et autres photos compromettantes qu’il pourrait trouver. Comme si le téléphone lisait dans ses pensées, il s’alluma et la photo d’une magnifique jeune femme blonde prenant la pause dans un paysage à couper le souffle apparut.

  • Tu as reçu un appel, l’informa Tristan lorsque Valentin revint.
  • De qui ?
  • Mannequin Professionnel.
  • Hein ?
  • Laura.

Son expression changea l’espace d’une seconde, ce qui n’échappa pas à son compagnon.

  • L’une de tes innombrables soupirantes ?

Val eut un petit rire. Si seulement…

  • Mêle-toi de tes affaires, répondit-il d’un ton cassant.

Tristan se demanda s’il devait insister. Il s’évertuait à comprendre jusqu’où il pouvait le provoquer sans dépasser la limite, ce qui lui plaisait beaucoup. Pour l’instant, cela fonctionnait assez bien : Valentin répondait à ses piques sans aller jusqu’au clash. Le jeune homme renonça, inutile d’aller trop loin et d’anéantir les efforts qu’ils faisaient pour réchauffer leur relation. Le silence dura quelques instants avant que Valentin ne le brise, à la grande surprise de Tristan.

  • C’est mon ex.

Tristan haussa un sourcil étonné. Mmhh. Finalement, il se confie ? Il ne comprendrait jamais ce type.

  • Et vous vous parlez encore ?
  • Je ne suis pas sûr qu’on puisse s’en empêcher.

Val se rembrunit. Le sujet paraissait l’atteindre, autant que cette fille.

  • Pourquoi vous vous êtes séparés ?
  • Parce qu’elle a trouvé sympa de se casser aux États-Unis pour un an.

Oula, il ne l’a toujours pas digéré, nota Tristan.

  • Ça n’aurait jamais dû être sérieux entre nous, reprit-il en maugréant. C’est naze, les relations sérieuses.
  • Mmh.
  • Quoi ?
  • Tu n'aurais pas simplement un problème avec la fidélité ?

Valentin lui lança un regard noir.

  • Je trouve ça mortellement ennuyeux, c’est tout. De toute façon, elle m’a pas trop laissé le choix : c’était ça ou rien.

Une fille qui ne se laissait pas marcher sur les pieds et à laquelle Valentin tenait suffisamment pour céder ? De plus en plus intéressant. Un sourire narquois étira les lèvres de Tristan.

  • Pour faire court, tu es amoureux d’elle.
  • Certainement pas !

Vu la véhémence de la réponse, il venait de toucher un point sensible. Les yeux du blondinet le fusillaient, et il ne put se retenir d’éclater de rire. Tellement immature de refuser d’admettre une vérité si évidente.

  • Je te savais aussi désagréable qu’elle, mais en fait tu la dépasses largement, lâcha Val.
  • Parce qu’elle te dit aussi la vérité en face ? C’est une fille bien, la laisse pas s’en aller.

Valentin souffla bruyamment, les yeux levés au ciel.

  • Parce qu’elle passe son temps à me faire sortir de mes gonds, comme toi.

Tristan secoua la tête et posa une main sur le bras de Valentin.

  • C’est pour ça que tu nous apprécies. Tu sais que tu as besoin de gens qui n’hésiteront pas à te secouer quand tu fais n’importe quoi. Laura le fait, moi aussi et même si ça t’énerve, ça te rassure.

Un silence lui répondit, son interlocuteur semblait évaluer son propos. Il ne le laissa pas s’éterniser, désireux que la conversation ne prenne pas une tournure solennelle.

  • T’es encore un bébé, t’as besoin d’être cadré ! acheva Tristan, narquois.

Il planta son nouveau colocataire sur place et s’éloigna, satisfait. Loin de n’être que l’archétype du beau blond condescendant, Valentin se révélait être un garçon plus complexe et sensible qu’il ne l’aurait cru. Son indifférence affichée attestait peut-être plus d’un manque que d’un trop-plein d’assurance, finalement. Un coup de coude dans le bras le surprit.

  • Celui-là, je te jure que tu me le paieras, lui chuchota Val.

Tristan se tourna vers lui, inquiet, mais le regard de défi de Valentin le rassura. Il le repoussa d’un geste souple.

  • C’est ce qu’on verra !

Un demi-sourire passa sur le visage de Valentin avant qu’il ne se dirige vers les caisses. Cela rappela à Tristan les chamailleries interminables qui avaient ponctué son enfance, les bagarres pour de faux, les discussions légères et leurs sous-entendus sérieux. Marc, prononça-t-il dans un souffle. Il fit taire la tristesse en revenant au présent. La cohabitation avec Val ne s’annonçait pas de tout repos, mais elle promettait également de bons moments. Et qui sait ? Peut-être finiraient-ils par un peu s’apprécier.

21 février, 18 h 20

Attablé au café des Marmottes, Tristan scrutait la rue en touillant mécaniquement son café ; il ne fallait surtout pas qu’il la rate. Après une heure à patienter, il connaissait par cœur les mots qu’il lui dirait. Une inconnue demeurait, et pas des moindres : sa réaction à elle. À chaque fois qu’une femme de sa stature apparaissait, le cœur du jeune homme bondissait. Ce traitement allait finir par le rendre malade. Une nouvelle fois, son pouls accéléra en distinguant une silhouette ressemblante au bout de la rue. Il plissa les yeux pour mieux voir et sentit l’excitation le gagner.

Enfin.

21 février, 18h 22

Joana attrapa le bras de Valentin. En marchant vite, ils arriveraient à temps pour le début du film. La proposition de Val l’avait surprise, mais elle s’en réjouissait. S’il prenait des initiatives pour passer du temps avec elle, c’est qu’il souhaitait rattraper leurs incompréhensions des dernières années. Depuis leur conversation, elle se sentait bien. C’était sans doute idiot, mais savoir qu’elle comptait vraiment pour son frère la rendait encore plus pétillante que d’habitude.

  • Ça s’est passé comment les courses, ce matin ?
  • J'aurais préféré que tu t'y colles.

Jo haussa les épaules. Elle avait longuement insisté pour que Val accompagne Tristan, espérant que passer du temps ensemble les rapprocherait.

  • Répond plutôt à ma question.
  • C'était moins pire que je ne le craignais, dit-il d’un ton neutre. Il a des côtés cool. Dommage qu'il ne les montre que dix secondes par jour.

Un doux sourire se dessina sur les joues de Joana.

  • Comme toi quoi.
  • Ne t'y mets pas aussi.

Elle décida de ne pas plus l'embêter. La présence de leur nouveau colocataire ne réjouissait pas son frère outre mesure, mais elle devait reconnaître que Valentin faisait de gros efforts.

  • Tu m’as vraiment impressionnée sur ce coup-là, tu sais.
  • Pourquoi ?
  • Tu as proposé à Tristan de venir vivre chez nous alors que tu ne l’apprécies pas et qu’il risque de devenir le copain de Mia…

Une expression résignée apparut sur les traits de Valentin.

  • Ça fait longtemps que j’ai accepté que Mia n’était pas pour moi. Alors si ça peut régler un de ses problèmes… Et puis, contrairement à ce que tu penses, je ne l’ai pas fait que pour elle.

Elle le scruta, l’air intrigué, et il haussa les épaules. Les paroles de Noémia l’avaient travaillé.

  • Qu’est-ce que tu veux dire ? Que je suis égoïste ?
  • Non, enfin, pas vraiment… Pas avec ceux que tu aimes.

Faire quelque chose pour un type qu’il détestait, sans rien attendre en retour… Est-ce qu’il voulait prouver à Mia qu’elle se trompait ? Ou se prouver à lui-même qu’il en était capable ? Finalement, cela se révélait moins dur qu’il le pensait, et l’épisode du shopping n’avait pas été si terrible. Il enfonça une main dans sa poche et sortit son portable.

SMS de Laura : Tu me manques.

  • Tu ne lui réponds pas ? l’interrogea Joana en se penchant par dessus son épaule.
  • Pour lui dire quoi ?

Ben la vérité, banane ! La jeune femme secoua la tête, à moitié désespérée. Son frère et la communication… Elle attrapa le téléphone et envoya « Moi aussi ».

  • Tu es incorrigible.
  • Tu me remercieras plus tard, fit-elle avec un clin d’œil.
  • À ce propos, tu étais avec qui le soir de la Saint-Valentin ?
  • Un rencard arrangé par des copines.
  • Et donc ?

Elle s’avança vers l’entrée du cinéma, les yeux brillants de malice. Déjà, son silence exaspérait Val qui la menaça d’user de chatouilles pour lui soutirer l’information. Son sourire s’élargit, elle esquiva les deux premières attaques de son frère, mais succomba à la troisième.

  • Arrête, finit-elle par le supplier, entre de hoquets de rire.

Il lui accorda une seconde de répit. Joana reprit lentement son souffle, faisant durer le suspens exprès.

  • Alors ? s'impatienta son frère.

Elle lui lança un regard moqueur, avant de conclure d'un ton joyeux :

  • Le film était aussi ennuyeux que la fille !

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