Chapitre 45

8 minutes de lecture

20 février, 13 h 30

Le ventre noué par le stress, Tristan se présenta quinze minutes avant l’heure à son rendez-vous avec Valentin. Autant être en avance, de toute façon, il n’avait rien d’autre à faire. Son appréhension croissait à chaque minute. Qu’en serait-il de cette nouvelle vie ? Val et lui réussiraient-ils à mettre leurs différends de côté ? Et Mia ? Comment pourrait-il garder ses distances tout en la côtoyant au quotidien ? Combien de temps ce répit durerait-il ? Et s’il ne trouvait pas de travail ? Ou qu’il le perdait à chaque fois, comme à l’époque de Nora ? Les interrogations s’accumulaient dans sa tête à lui donner la migraine, l’inquiétude le tiraillait. Une seconde, il pensa faire demi-tour, mais le serment prêté à Judith le retint.

Valentin apparut de l’autre côté des portes vitrées à l’heure dite. Malgré le froid, il ne portait qu’un tee-shirt à manches longues qui soulignait ses tablettes de chocolat. Tristan serra les dents, agacé à la seule vue de sa beauté insolente. Les deux hommes se saluèrent froidement, puis montèrent par l’escalier jusqu’à l’appartement.

  • Entre et enlève tes chaussures, lui ordonna Val.

Tristan s’exécuta avant de s’avancer dans le salon. Il redécouvrait les lieux avec nostalgie.

  • Tu connais déjà la salle à manger et la cuisine. Ma chambre et celle de Mia sont au fond du couloir, à côté c’est la salle de bain. À droite, c’est la chambre de Jo et ici, la tienne.

La mienne ?

Réchauffée et propre, la pièce disposait d'une fenêtre, d'un petit bureau, d'une armoire à glace et d'un clic-clac ; quelques cadres ornaient les murs. L’endroit lui parut simple et douillet. Une vive émotion le submergea.

  • Les draps sont dans la penderie, j’ai fait un peu de place pour que tu puisses mettre tes affaires. On a rédigé la liste des règles à respecter dans l’appart, continua Valentin en désignant une feuille sur la table.

Tristan y jeta un œil. Des principes de bon sens et quelques détails insolites.

  • Très bien. Combien de temps tu me laisses ?
  • Pour quoi ? s’étonna Val.
  • Pour te rembourser tout ce que je te devrai d’ici peu. Ou me mettre à la porte.

Le jeune homme sourit, ravi que Tristan aborde le sujet avant qu’il n’ait à le faire. Cela prouvait qu’il ne prévoyait pas de rester chez eux en touriste.

  • Tant que tu cherches activement un boulot, ça nous va. Le reste, on en discutera plus tard. Je te laisse t’installer, Joana ne devrait pas tarder.
  • Et Mia ? s’enquit Tristan, osant enfin poser la question qui lui brûlait les lèvres.

Valentin arbora une moue embêtée.

  • Ah oui, j’oubliais. Je ne l'ai croisée qu'en coup de vent ce matin, elle rentrait de Bordeaux. Je lui ai dit que je t’avais vu et que tu n’étais plus fâché contre elle, mais c’est tout.

Tristan manqua de s’étrangler.

  • C’est tout ?!

Mais à quoi pensait-il, le blondinet ? Il comptait la mettre au courant quand ?

  • Je ne voulais pas lui donner de faux espoirs. Au cas où tu changerais d'avis au dernier moment.

Tristan grimaça. Mouais, en fait tu l'espérais.

  • Le plus simple serait peut-être que tu le lui annonces toi-même ? En dehors de la maison, par contre. Par exemple, demain : tu la rejoins à la sortie des cours et tu lui expliques.

Le jeune homme n’en croyait pas ses oreilles.

  • Et en attendant, je reste caché ici ? articula-t-il incrédule.

Valentin acquiesça, l’air qu’à moitié désolé.

  • C’est ça.

Tristan resta interdit. Bon sang, ce type est incroyable. Tellement imprévisible ! Cependant, il ne pouvait pas y redire grand-chose, restait à espérer qu’il ne tombe pas sur Noémia en allant aux toilettes en pleine nuit…

  • Une dernière chose, reprit Val. Je doute qu’on devienne les meilleurs amis du monde, mais ce serait bien qu’on reparte sur de bonnes bases. Si chacun y met du sien, on devrait réussir à ne pas s’entre-tuer.

Un sourire franc se dessina sur le visage de son interlocuteur.

  • Je ne demande que ça.

Tristan s’avança et lui tendit une main qu’il saisit. En serrant sa poigne, aussi ferme que la sienne, Val le vit une fraction de seconde sous un autre jour : Tristan semblait franc et ne manquait pas de courage, Mia lui avait vanté son humour et sa serviabilité. Une pensée loufoque l’effleura : et si la présence d’un autre garçon dans la collocation s’avérait amusante ?

20 février, 20 h 56

Allongé sur son lit, Tristan écoutait les allées et venues des autres habitants de l’appartement. Son oreille s'accoutumait peu à peu aux bruits, il commençait à distinguer les pas de Valentin de ceux de Joana. Noémia n’était toujours pas rentrée. Il repensa à sa première après-midi dans ce nouveau foyer. En parfaite hôtesse, Joana l’avait aidé à prendre ses marques. Quelques heures de cuisine, de rires et discussions plus tard, il se sentait déjà accepté et intégré, presque chez lui. Quant à Val, il s’était contenté de brèves apparitions. On aura au moins tenu une demi-journée sans s’étriper... Des bruits de clé dans une serrure attirèrent son attention. Il bondit et s’approcha de la porte entrouverte de sa chambre.

  • Bonsoir ! lança l’arrivante.

Résistant à l’envie dévorante d’aller la serrer contre lui, le jeune homme ferma la porte à double tour. Il l’entendit s’approcher et s’arrêter juste à sa hauteur.

  • Tu rentres tard, fit la voix de Valentin de l’autre côté du battant.
  • J’espérais qu’il viendrait. Tu m’as dit qu’il ne m’en voulait plus...
  • Sois patiente, je suis sûr qu’il sera là demain.
  • Qu’est-ce que tu en sais ? soupira Noémia. Moi, je crois qu’il t’a menti et qu’il me hait.

Collé contre le bois, Tristan ne perdait pas une miette de la discussion. Il avala sa salive avec difficulté. La voix peinée de la jeune femme lui rappelait le mal qu'il lui avait fait. Il lui aurait suffi de sortir et de lui dire une bonne fois pour toutes que cette histoire se trouvait désormais derrière eux. Mia ne se situait qu’à un mètre de lui. Il brûlait d'observer à nouveau son visage, de voir ses yeux s'étrécir sous le coup de la surprise. Le dilemme lui tordit les entrailles. Il la rassurerait, par ses mots, par ses gestes ; il pourrait enfin la toucher, l’embrasser. Oh non, très mauvaise idée. À contrecœur, Tristan se rendit à la raison. Mieux valait éviter de déclencher une nouvelle querelle avec Valentin si tôt. De plus, il craignait la réaction de son amie.

  • Si tu ne l’as pas revu demain soir, on ira le voir tous les deux, d’accord Princesse ?

Tristan n’entendit plus rien ensuite. Il devina que Val l’avait prise dans ses bras et se renfrogna en pensant qu’il aurait pu être à sa place. Un soupir se faufila entre ses lèvres. Après tout, que pouvait-il y faire ? Une horloge sonna vingt-et-une heures. Ce ne serait plus très long et ce soir, Mia mangerait les pâtes au saumon cuisinées par ses soins, cette idée le rassérénait.

21 février, 1h05

Plus aucun bruit n’agitait la maison depuis longtemps. Incapable de dormir, Tristan se retourna une nouvelle fois dans son lit. Il se décida à se lever et marcha sur la pointe des pieds jusqu’au salon. L’éclairage municipal permettait de bien distinguer la pièce, décorée avec goût. Il se plairait ici. Le jeune homme s’avança vers la baie vitrée qui donnait sur un minuscule balcon. Dehors, tout était endormi. Il fit glisser la porte transparente et un vent polaire s’engouffra à l’intérieur. Le sentir refroidir sa peau lui fit du bien, il avait besoin de se souvenir.

  • Ferme, tu vas prendre froid.

Le jeune homme se retourna en sursaut, et découvrit une silhouette féminine dans l'encadrement de la porte. Joana se tenait derrière lui, emmitouflée dans un peignoir. Il obéit et referma la vitre.

  • Je pensais que tout le monde dormait, souffla-t-il.
  • À mon avis, la seule qui dort, c’est Mia.

Elle se laissa tomber sur le canapé où il la rejoignit.

  • À quoi tu pensais ? s’enquit-elle.
  • À tout et à rien…
  • Surtout à tout, hein ?

Tristan étouffa un rire, lui donnant raison.

  • J’ai peur de vous décevoir, avoua-t-il à mi-voix après un bref silence.
  • Je te comprends, moi aussi j’aurais peur à ta place.

Surpris, il se tourna vers elle. Il ne s’attendait pas à cette réponse, plutôt à un banal « t’inquiètes, ça ira ».

  • Mais ne te mets pas la pression en pensant que tu nous dois quelque chose, reprit la jeune femme.
  • Vous me logez et me nourrissez gratuitement.
  • Cela n’a aucune importance ! On fait ce que ferait tout citoyen lambda si notre société était moins individualiste. On vit dans un monde où l’argent et le bénéfice règnent en maîtres absolus, les choix de nos gouvernements entraînent chaque jour un peu plus de précarité, et tout le monde s’en fout ! Moi, ça me répugne. Alors quand je peux agir, à mon petit niveau, pour permettre que les choses soient un peu plus justes, je le fais.

Tristan la regarda avec admiration. Comme Noémia, Jo savait ce qu’elle voulait.

  • Tu ne nous dois rien du tout, Tristan, mets-le toi dans la tête !
  • Devant tant d’éloquence, je ne peux que m’incliner, admit-il avec humour, bien qu’il continuât à se sentir redevable. Tu comptes faire de la politique ?
  • Je ne suis pas à Science Po pour rien ; quant à la politique, la vie nous le dira, rétorqua-t-elle en riant.

Elle posa sa main sur la sienne.

  • On t’aidera du mieux qu’on peut. Et puis, Mia sera ravie que tu habites avec nous et ça nous fera du bien, une nouvelle tête !
  • Tu es gentille, répondit-il sincèrement touché par l’attention que Joana lui portait.
  • Haut les cœurs ! Ça se passera super bien, tu verras !

Tristan afficha une expression dubitative devant les mots employés par sa colocataire.

  • Rhoo, fais pas cette tête, bougonna la jeune femme. Elle est trop cool, mon expression moyenâgeuse.

Cette fois, il éclata de rire. Avec une fille vive, drôle et pleine d’esprit comme Joana, le quotidien promettait d’être joyeux.

  • J’espère que l’avenir te donnera raison. Toi, ça va ?

Elle hocha la tête. Tristan et elle deviendraient de très bons amis, son intuition ne la trompait jamais. Jo se leva en bâillant .

  • Sur ce, je vais me coucher ! Fais de beaux rêves.

Elle plaqua un bisou sur sa joue et s’éloigna avant de se raviser.

  • Au fait, Mia était bouleversée en goûtant tes pâtes… Elle m’a demandé au moins trois fois où j’avais trouvé la recette. Faut croire que ton plat l’avait marquée !

Tristan rêvassa quelques minutes encore après le départ de Joana. Ses dernières paroles pour Noémia lui revenaient sans cesse en mémoire, le rendant amer. L’envie de la voir bouillonnait toujours dans ses veines. Demain, tu lui diras. Il soupira puis rejoignit sa chambre et sombra dans un sommeil profond.

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