Chapitre 44 (2/2)

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Il la suivit dans la nuit glaciale. Les lampadaires donnaient un aspect fantomatique aux ruelles. Judith s’accrocha à son bras et blottit sa tête contre son épaule. Ils marchèrent un moment en silence, avant que la jeune femme ne se mette à réciter :

« Saurais-je trouver les mots

Pour te dire les regrets

Qui rongent nuit et jour,

mon âme et tout mon être ? »

Tristan sursauta. Exactement ce qu’il aurait voulu qu’elle sache. Ces phrases sonnaient si justes, tandis qu’il ressassait son amertume. Son amie continua.

« Et si je les trouvais,

Penses-tu qu’ils suffiraient

À te faire savoir

Ô combien je m’en veux ? »

  • C’est de qui ?

Elle poursuivit sans s’interrompre.

« Et combien je suffoque

De ma pleutrerie,

Dont l’amer souvenir

A ravi mon sourire. »

Il la secoua avec douceur, impatient de connaître l’auteur de ce texte qui lui allait si bien. Le visage de Judith revêtit une expression moqueuse.

  • Tu veux vraiment le savoir ?
  • Oui !
  • C’est de ta mystérieuse admiratrice, celle dont tu refuses de lire les missives enflammées.

Elle sortit une enveloppe froissée de sa poche et l’agita au-dessus de sa tête, taquine. Tristan pâlit. Mia avait écrit ce poème ? Pour lui ?

  • Attends, tu as lu sa lettre ? Tu as lu MA lettre ?!
  • Tu l’avais jetée, fit-elle en haussant les épaules. Et la suite n’est pas mal non plus.

D’un geste vif, le jeune homme s’en saisit, un peu offusqué par le sans-gêne de sa voisine ; puis il soupira : comment lui en vouloir pour si peu, alors qu'elle ne lui avait pas reproché sa lâcheté ?

Judith l’interrogea du regard.

  • De ce que j’ai compris, tu as des raisons de lui en vouloir... D’un autre côté, elle semble vraiment tenir à toi.
  • Son cousin m’a proposé de venir vivre avec eux, répondit Tristan sans préambule.

Elle lui lança un coup d’œil surpris avant de deviner :

  • Te connaissant, tu as refusé.
  • Que voulais-tu que je fasse d’autre ?
  • Accepter ?

Il leva les yeux au ciel.

  • Qu’est-ce qui t’en empêche ? s’informa son amie, peu convaincue.

Tristan enfonça ses mains dans ses poches. Mettre des mots sur le « pourquoi » lui paraissait étrangement difficile.

  • Déjà, son cousin est un imbécile, qui me déteste, par dessus le marché.
  • C’est pour ça qu’il t’offre de dormir sous son toit ?
  • Je ne m’explique pas sa proposition, et je vois mal comment notre cohabitation marcherait, alors qu’on peut à peine se parler sans s’insulter.

La jeune femme secoua ses mèches brunes en soupirant. Ce que les hommes sont compliqués !

  • Elle marchera toujours mieux qu’avec un proxénète violent, alcoolique et drogué, rétorqua-t-elle avec un humour noir. Et puis même si tu repars au bout d’un mois, tu auras eu le temps de reprendre des forces.

Tristan réfléchit. Au fond de lui, il savait qu’elle avait raison, mais ses nombreuses peurs et le peu de fierté qui lui restait l’empêchaient de retourner vers Valentin.

  • Et puis cette fille, Mia, elle compte pour toi, non ?

Il garda le silence.

  • Vas-y, Tristan. S’il est toujours d’accord, fonce ! L’autre jour tu m’as dit qu’il te faudrait de la stabilité et des encouragements pour te remettre à chercher un boulot. Elle est là, ta solution ! Et puis, tu ne peux pas rester sous le même toit que cet ogre indéfiniment, ça te rend malade.
  • Cela se voit à ce point ? demanda-t-il avec un sourire triste.

Judith hocha la tête. Elle s’agrippa plus fort au bras du jeune homme. Ils tuaient souvent le temps ensemble, ces jours-ci. Elle s’était attachée à lui, à son humour et à sa gentillesse ; il la rassurait. Son absence créerait un vide, mais Tristan ne devait pas laisser passer cette occasion en or.

  • Et toi, que vas-tu devenir ?
  • Je vais partir. Je ne sais pas encore quand, mais j’ai d’autres projets pour ma vie… Et j’ai une fille qui m’attend.
  • Tu as une fille ?!

Son amie eut un petit rire.

  • Elle s’appelle Émélie.

Judith se tourna vers lui et attrapa fermement ses épaules, l’air sérieux. Son regard se fit grave et il comprit la solennité du moment.

  • Promets-moi que tu accepteras.
  • Écoute…
  • Je sais ce que tu penses : que ça ne se fait pas, que ça pose des tas de problèmes, des tas de questions. Tu as peur que votre colocation ne fonctionne pas et de devoir revenir ici après avoir goûté au luxe d’une vraie maison. Mais cesse d’y penser ! Ce qui compte, c’est qu’on t’offre une possibilité de t’en sortir, ou au moins une échappatoire pour un temps. Ne crache pas dessus. La chance ne nous sourit pas toujours, alors quand c’est le cas, il ne faut pas la mépriser.

Elle lut dans son regard qu’il hésitait encore et le sien se remplit de larmes. Judith le fixa intensément pendant plusieurs secondes, jusqu’à ce qu’elle le sente flancher. Tristan détourna les yeux, bouleversé par l’émotion qu’elle lui avait transmise.

  • C’est bon, je vais le rappeler. Je te le promets.

Un immense sourire éclaira le visage de la jeune femme. Elle lui sauta au cou et le serra si fort qu’il manqua de tomber. Tristan lui rendit son étreinte. Après tout, son amie venait peut-être de changer le cours de sa vie.

19 février, 12 h

Val sortit de la classe en traînant les pieds. Il pensait encore à Laura, c’en devenait lassant. Son portable vibra et l’espoir que ce soit elle lui traversa le cœur. Un numéro inconnu s’afficha.

  • Allô ?

Un silence lui répondit.

  • Allô ?! s’exaspéra-t-il.
  • Heu, bonjour.
  • Qui est à l’appareil ?
  • C’est… C’est Tristan.

Le jeune homme se figea. Ce qu’il redoutait arrivait.

  • Ah, salut.
  • Ta proposition tient toujours ?

Valentin déglutit difficilement. Il songea au fait qu’il ne pouvait pas voir Tristan en peinture, à ses parents qui le tueraient s’ils l’apprenaient, à Mia qui ne savait toujours rien.

  • Oui.

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