Chapitre 44 (1/2)

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Joana resta bouche bée. Non, elle n’avait pas dû bien comprendre. Elle passa nerveusement une main derrière son cou.

  • Tu es amoureux de Mia ? balbutia-t-elle.

Valentin se mordit la langue. Devant la détresse de sa sœur, révéler son secret lui avait paru la seule solution convaincante. Cependant, aborder le sujet ne ferait que rouvrir des blessures. Et puis, il ne savait pas quoi répondre à une question qu’il se posait encore maintenant.

  • Je ne sais pas. Probablement toujours un peu, oui, mais beaucoup moins qu’avant.
  • Tu étais amoureux de Mia, reprit Joana sans en revenir.

Dans d’autres circonstances, il aurait pu rire de l'air ébahi de sa soeur. D’un geste las, il glissa les doigts dans ses cheveux blonds et se laissa tomber sur le canapé.

  • Plus que ça… J’étais fou d’elle, pendant des années.
  • Mais depuis quand ?
  • Ça a commencé quand j’étais au lycée. Au début, je croyais que ça me passerait, sauf que les mois s’écoulaient et que ça ne changeait pas. Au contraire, ça empirait. Alors j’ai voulu m’éloigner et j’ai demandé aux parents de venir étudier à Paris. Mais ça n’a pas suffi. Je l’aimais toujours malgré la distance, malgré la prépa, malgré tout.

Les pièces du puzzle s’assemblaient dans l’esprit de Joana. L’inexplicable décision de son frère de partir étudier si loin, les disputes avec ses amis lorsqu’ils approchaient Mia de trop près, ses gestes câlins exclusivement réservés à leur cousine… Bon sang, comment n’ai-je pas compris ?!

  • Tu as dû tellement en souffrir...
  • En effet, confirma-t-il avec un rire amer.

La honte fit légèrement rougir la jeune femme. Elle embêtait Valentin avec ces histoires, qui, au final, n’avaient aucune raison d’être, l’obligeant à repenser à un passé douloureux. Je suis nulle.

  • Comment tu as fait pour passer à autre chose ?
  • Je ne sais pas si je suis vraiment passé à autre chose. Mais j’ai rencontré une fille, l’an dernier, avec qui je m’entendais super bien.
  • Laura ?
  • Oui.
  • Et vous êtes sortis ensemble ?

Valentin jugea qu’il en avait assez dit et préféra changer de sujet.

  • Ça n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est que tu t’enlèves ces idées stupides de la tête. Je t’ai toujours considérée comme ma petite sœur, même si, peut-être, je ne te le montre pas comme tu le souhaiterais. Seulement, si tu m’en avais parlé avant, on aurait réglé le problème depuis longtemps.
  • Je suis désolée…
  • Moi aussi. Ça me rend triste que tu aies cru ne plus m’intéresser pendant tout ce temps.

Joana baissa les yeux tandis qu’il la serrait dans ses bras. Ils restèrent un long moment enlacés sans rien dire. Étrangement, avoir révélé pour la première fois son secret le soulageait. Il sentait également que Jo s'était apaisée. Le visage dans les cheveux de sa soeur, il sourit. C'est vrai qu'on ne se fait pas souvent de câlins. Son regard se porta sur l'horloge et il s'écarta avec douceur.

  • Allez, file te coucher, maintenant.

Elle s’exécuta après avoir déposé un baiser sur sa joue.

  • Et Jo ? Personne ne doit savoir. Surtout pas elle.

La jeune femme acquiesça, puis dispararut dans le couloir.

18 février, 22 h 05

Tristan tournait dans le salon comme un lion en cage. Il essayait de ne pas les entendre, d’ériger une solide barrière mentale entre les informations envoyées par ses oreilles et son cerveau, mais impossible. Trop perçants, trop violents, trop glaçants, les cris provenant de la pièce d’en face ne pouvaient être ignorés. La tension augmentait en lui en même temps que ses haut-le-cœur. La voix de Judith, hachée par les sanglots, lui retournait l’estomac. Elle hurlait, suppliant le monstre qui s’acharnait sur elle depuis d’interminables minutes, mais seules des insultes entrecoupées de râles rauques lui répondaient.

Tristan arpenta la pièce en se tordant les mains. Quel être abominable Camel était-il pour torturer ainsi cette pauvre fille ? Et lui ? Il ne valait pas mieux à rester là, sans intervenir alors qu’il savait pertinemment ce qu’il se passait ! Mais que pouvait-il faire ? S’il cherchait à s’interposer, les représailles seraient terribles, tant pour lui que pour Judith. Camel le leur ferait payer cher, très cher.

Un hurlement strident déchira l’air, coupant la respiration du jeune homme. Cette fois, il ne le supportait plus. Il se dirigea d’un pas rapide vers la porte, posa ses doigts sur la poignée, avant de suspendre son geste. Hésitation. S’il la pressait, il ne serait plus jamais autorisé à dormir sous ce toit. Les halètements sourds, les grincements du lit et les pleurs de la jeune femme étaient tout proches. Aux feulements de plaisir de la bête succédaient des gémissements de douleur étouffés. La main de Tristan trembla. Être lâche et égoïste ou lui porter secours. Dans son crâne, le rire de Judith se mêla à celui des voyous qui l’avaient racketté, puis l’avertissement des médecins retentit. Vous auriez pu y passer. Le souvenir des nuits froides et la peur l’emportèrent. Tristan attrapa son manteau et sortit.

18 février 22 h 30

La porte cassée laissait le froid s’engouffrer dans le hall de l’immeuble. Après vingt minutes de déambulation dans les rues, Tristan préféra revenir à son point de départ, espérant que le calme serait revenu dans l’appartement. Arrivé devant l'entrée, il n’eut pas le courage de frapper, écœuré par sa propre lâcheté. Tu abandonnes Judith à son cauchemar puis reviens quémander l’hospitalité à son agresseur ? Non, il ne pouvait pas. Honteux, il s’assit sur l’escalier et attendit. Quoi ? Il ne le savait pas. Que le temps passe, que sa vie retrouve un sens ou peut-être juste le printemps. Tristan glissait dans le sommeil lorsque des pas se firent entendre au-dessus de sa tête. Il se tourna et aperçut Judith qui s’approchait. Son teint blafard contrastait avec ses yeux rouges, et deux traits noirs de mascara striaient ses joues. Il remarqua le bleu violacé qui maculait sa pommette. La jeune femme se laissa tomber à côté de lui.

  • Dure journée ? demanda-t-elle avec un sourire fatigué.

Tristan écarquilla les yeux. Après avoir fait preuve d’une telle bassesse en s’enfuyant, l’inquiétude de son amie lui faisait l’effet d’une gifle. Il se dégoûtait. Judith alluma une cigarette et tira une bouffée.

  • J’étais là, souffla-t-il.
  • Je sais.
  • Et je n’ai rien fait.

Elle passa une main affectueuse dans les cheveux du jeune homme et le regarda avec tendresse.

  • Qu’est-ce que tu voulais faire ? Il était fou ce soir. C’est comme ça, ça arrive.

Ses mots firent exploser la colère qui bouillait dans ses veines.

  • Non ! Non, ce n’est pas « comme ça » ! Ce n’est pas normal, c’est juste dégueulasse. Cet homme est un monstre et je ne vaux pas mieux !
  • Chhhtt, murmura-t-elle en l’enlaçant. Ne dis pas de telles choses, tu n’y pouvais rien. Je sais que tu t’en veux, mais tu as bien fait de rester en dehors de tout ça. Tu t’es évité des ennuis.
  • Et toi ? Tu as payé le prix de ma faiblesse.

Elle se leva, jeta son mégot puis lui tendit la main. Ce soir, son dernier refuge serait l’oubli.

  • Sortons, j’ai envie de prendre l’air.

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