Chapitre 41

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Il s’écoula quelques secondes avant que Tristan n’arrive à articuler un mot.

  • Pardon ?
  • Tu es sourd ou tu le fais exprès ? râla Valentin sans la moindre envie de répéter.
  • C’est lâche de te moquer de moi sur ce terrain.
  • Je ne me serais pas permis.

Tristan resta interdit.

  • Cet appart est prévu pour quatre. On peut te faire de la place.
  • Tu imagines bien que je n’ai pas de quoi payer un loyer.
  • Personne n’en paye : mes parents sont propriétaires. Tu rembourseras ta part des charges quand tu auras un boulot.

Le calme s’installa. Tristan ne savait trop que penser. Valentin était incompréhensible ; quelle était la raison de cette offre soudaine et insensée ?

  • Pourquoi tu me proposes ça tout à coup ? Ce n’est pas comme si tu me portais dans ton cœur. Je te fais pitié, c’est ça ?
  • Honnêtement, je n'en ai aucune idée. Peut-être, soupira Valentin en haussant les épaules. Mais tu as besoin d’un toit, il y a une chambre libre à la maison, et Mia m’a l’air au fond du trou.

Tristan haussa un sourcil dubitatif.

  • Tu viens de m’expliquer que tu ne voulais pas que je l’approche. Tu devrais essayer d’être cohérent, lança le jeune homme, un brin de sarcasme dans la voix.
  • Entre nous, je n’ai rien contre toi. Par contre, je refuse que Mia sorte avec un clochard.

Tristan serra la mâchoire en entendant ce mot qu’il détestait. Je ne suis pas un clochard et Mia n’a pas besoin de ta permission pour sortir avec quelqu’un. Les quelques bons sentiments qui commençaient à apparaître à l’égard du motard s’atténuèrent d’un coup.

  • Et tu n’as pas peur que le clochard vole ou casse quelque chose chez toi ?

Val lui lança un regard noir. Comment avait-il pu proposer une telle aberration ? Pourtant, il ne réussit pas à annuler son offre. La détresse lue quelques minutes plus tôt dans le regard de Tristan continuait à le hanter ; elle l’empêchait de se dédire. Il fit claquer ses bottes avec agacement. Tristan l’énervait au plus haut point, mais ne lui paraissait pas être un voyou, et la confiance que Noémia lui portait constituait une garantie suffisante, au moins dans un premier temps. De toute façon, la probabilité que Tristan dise oui était quasiment nulle. Heureusement, d'ailleurs. Il le toisa.

  • Non. Et si jamais ça se produisait, je me ferais un plaisir de te régler ton compte.

Tristan le scruta, un peu étonné qu’il ne se soit pas défaussé. Cet homme le surprenait, tantôt agressif et idiot, tantôt pseudo-altruiste. Évidemment, il refuserait, mais Val venait de gagner un demi dixième de point sur son échelle de sympathie. Ce dernier remonta les quelques marches qui les séparaient, griffonna un numéro sur un post-it et le lui tendit.

  • Laisse tomber, tu sais très bien que je ne vais pas accepter.
  • Ouais, je sais, souffla le cousin de Mia en collant le papier sur le mur derrière Tristan. Sur ce, je te souhaite quand même une bonne soirée.

Valentin n’attendit pas la réponse et s’échappa, désireux de retrouver sa moto et la vitesse grisante qui lui ferait oublier cette affreuse conversation.

14 février, 19 h 25

Il slaloma entre les voitures quasiment arrêtées sur le périphérique en rageant. Le jeune homme détestait les bouchons et bien que l’inter-file soit autorisé, la pratique restait dangereuse. Il prendrait la prochaine sortie. Son entrevue avec Tristan ne s’était pas du tout déroulée comme prévu. Mais pourquoi cela l’affectait-il tant ?

Perturbé, il s’éloigna des ralentissements de la rocade et s’engagea sur une route de ville déserte. Le prochain feu se trouvait à trois cents mètres, pas de radars en vue. Dans tous les cas, il en avait besoin. Le motard ralentit, presque jusqu’à l’arrêt, puis remonta la visière de son casque. Trois, deux, un. L’accélération, le grondement du moteur, le vent qui fouettait son visage. Passer de zéro à cent kilomètres heures en moins de cinq secondes. L’adrénaline.

Pourquoi ne cessait-il pas de penser à Tristan et à ses paroles ? Parce qu’elles te rappellent que tu n’as rien à foutre de la misère du monde ? Mia était généreuse et ouverte aux autres, lui pas. Il n’y pouvait rien : les gens ne l’intéressaient pas, mais alors pas du tout. Cependant, ce soir, pour la première fois de sa vie, cela l’interrogeait : était-ce mal ?

Mais non, bien sûr que non ! C’est simplement comme ça. Il gérait suffisamment de choses, entre ses études, son budget et ses potes, sans parler de Laura qui s’entendait un peu trop bien avec son coloc. Ce n’était quand même pas à lui de régler les problèmes de ceux qui ne savaient pas se débrouiller !

D’un autre côté, il aurait pu se trouver à la place de Tristan... Après tout, peut-être qu’il n’existait pas tant de différences entre eux. Il regretta que Mia soit restée muette concernant les raisons pour lesquelles Tristan vivait dehors. Et si un jour, sa vie à lui basculait aussi ? S’il suffisait d’un rien pour que tout s’écroule ?

Non, tu divagues, mec. Il avait une famille soudée et des amis sincères, lui. Dans quelques mois, il serait diplômé et trouverait facilement du travail. Mille lieues les séparaient. Pourquoi je me prends la tête avec ça, sérieux ? Le motard soupira. Pas le temps ni l’énergie de se préoccuper de gens qui n’avaient rien à lui apporter.

Valentin observa les environs et se rendit compte qu’il venait de manquer la rue où il devait tourner. Il jura en silence. Tout était contre lui ce soir ! Et qu’est-ce qui lui avait pris de dire à Tristan qu’il pouvait venir squatter chez eux ?! Décidément, ce mec lui retournait le cerveau. Pire, il lui sortait par les oreilles, à le traiter d’idiot prétentieux en permanence. Le supporter tous les soirs ? Même pas en rêve. Il accéléra encore sans remarquer qu’il roulait quinze km/h au-dessus de la limitation. Qu’allait-il dire à Mia ?

Une sonnerie retentit dans son oreillette. L’appel accepté, la voix de Laura emplit le casque, l’apaisant immédiatement, même s’il se serait bien gardé de le reconnaître.

  • Salut, lança la jeune femme, d’un ton sec.

Un rapide calcul et Val estima la probabilité de dispute à soixante-cinq pour cent. Il soupira : ils ne savaient que se prendre la tête ces temps-ci.

  • Salut, répondit-il sans plus d’entrain.
  • Je voulais juste te souhaiter une bonne fête.

Elle justifiait toujours ses appels pour la forme, mais ils savaient tous deux qu’ils avaient besoin de se parler.

  • Merci.

Le silence s’installa, les exaspérant l’un comme l’autre. Ils auraient aimé se raconter de nombreuses anecdotes, mais comme souvent, la fierté les empêchait de prononcer le moindre mot. Laura finit par grommeler :

  • Bon, je vois que tu n’as rien à me dire, alors je ne vais pas te faire perdre plus de temps.
  • Attends ! Attends… J’ai un truc à te demander.
  • Je t’écoute.
  • Est-ce que tu trouves que je suis quelqu’un de bien ?

De l’autre côté du combiné, Laura resta bouche bée. Depuis quand Valentin se posait-il ce genre de questions ?

  • Qu’est-ce qui ne va pas, Val ?
  • Je veux juste une réponse, c’est trop demander ?!

Sa voix cassante la rassura, elle parlait bien à l’abruti qu’elle chérissait tant. La jeune fille chercha ses mots avec soin.

  • Je pense que oui, tu es quelqu’un de bien. Par contre, tu ne te conduis pas toujours comme tel. Quasiment jamais, en fait.
  • Tu dis ça pour ne pas me vexer ? l’interrogea-t-il, tout de même blessé par la fin de sa phrase.

Un rire cristallin se fit entendre dans son kit mains libres, faisant chavirer son cœur.

  • Vu ta susceptibilité, tu l’es déjà ! Mais non, je ne disais pas ça pour te ménager. Tu n’en as pas conscience, mais tu possèdes un tas de qualités. Et je parle de vraies qualités, pas d’être beau ou de savoir embobiner les gens. Le problème c’est que tu t’évertues à ne montrer que le pire de toi-même. Tu traites les filles comme des jouets et passes ton temps à être insolent et arrogant avec le reste du monde. Forcément, tu renvoies l’image d’un salaud...

Là, elle allait trop loin. Il tourna rageusement la poignée d’accélération.

  • Pourquoi t’es sortie avec moi alors ?
  • Parce que tu m’as laissée t’approcher, tu m’as montré tes bons côtés. Le jour où tu les dévoileras aux autres, eux aussi se rendront compte que tu es une personne adorable.

Valentin resta coi. La circulation devenait dense et il focalisa son attention dessus. Blondy, comme il la surnommait, avait probablement raison une fois encore. Il suffirait d’un minuscule effort de sa part pour que les gens cessent de le trouver exécrable. Mais souhaitait-il le faire ?

  • Allô ? s’inquiéta Laura.
  • Désolé, j’étais concentré sur la route.
  • Tu plaisantes, là ? s’étrangla-t-elle. Tu es en moto ? Et tu réponds au téléphone ? T’es vraiment irresponsable !
  • Tranquille, j’ai l’habi…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’elle avait déjà raccroché, furieuse. Elle détestait qu’il prenne les appels en roulant, trop dangereux selon elle. Bah, tant pis, il la rappellerait.

Peut-être.

Le jeune homme zigzagua entre deux voitures, un sourire accroché aux lèvres. Il se sentait mieux. La voix claire de Blondy dans son esprit, la douceur de ses cheveux bouclés sur ses mains, son parfum musqué, son regard éclatant, le cambré parfait de ses reins, le goût de sa peau. Changement de file. Klaxon, cri, freinage, dérapage.

  • MAIS TU VEUX MOURIR OU QUOI ?!

Le cœur affolé, Val reprit le contrôle de son engin sous les insultes du conducteur paniqué. Grosse frayeur. Il s’ordonna de chasser Tristan et Laura de sa tête : il tenait à rentrer vivant.

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