Chapitre 38

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À sa grande tristesse, les yeux bleus inquiets qui plongèrent dans les siens n’étaient pas ceux de son ami. Elle vit la peine que sa réaction causait à Valentin. Que faisait-il là ? Il l’attira contre son torse et la serra si fort qu’elle gémit de douleur.

  • Tu me fais mal.

Val relâcha un peu son étreinte et déclara avec fermeté :

  • Non, c’est toi qui te fais du mal. Et maintenant, ça suffit. Tu n’es pas le type de cette chanson, tu sais. Ce n’est pas parce que tu fais le piquet ici nuit et jour qu’il reviendra !

À peine surprise par le fait qu’il sache, Mia rétorqua, cassante :

  • Je sais, merci. Mais je vois mal comment tu pourrais comprendre ce que je ressens, tu as toujours le rôle du briseur de cœur quand tu sors avec une fille.

Le jeune homme encaissa le coup sans broncher, puis l’entraîna vers la table où son café refroidissait. Un soupir s’échappa de ses lèvres.

  • Si tu savais…
  • Si je savais quoi ?
  • Rien. Enfin, disons que je ne suis pas uniquement le connard que tu crois que je suis, conclut-il d’un ton voilé.

Il attrapa la tasse et but une gorgée, une expression mélancolique sur le visage. Pour la première fois depuis longtemps, Noémia se sentit concernée par autre chose que son chagrin d’amour. Elle posa une main sur les doigts de son cousin, prenant conscience qu’elle se trompait peut-être sur son compte.

  • C’est pas ce que j’ai dit, Val.
  • Peu importe... Je ne suis pas là pour qu’on parle de moi. Je t’écoute.

Le silence s’installa, Valentin espéra ne pas devoir utiliser son arme ultime : l’appel aux parents. Il patienta de longues secondes avant que Mia ne se décide enfin. Alors, les larmes aux yeux, elle lui conta tout dans les moindres détails ; depuis la crêpe qu’elle n’avait pas donnée jusqu’aux derniers mots de Tristan. Val ne pensait pas que ce récit si attendu le ferait passer par tant d’émotions. Lorsqu’elle se tut, il ne savait pas s’il devait être admiratif, en colère, inquiet ou triste. À peine une semaine auparavant, elle manquait de se faire agresser et il aurait pu ne jamais le savoir. L’inconscience de Mia le perturbait, il réalisait douloureusement qu’il ne la connaissait pas si bien qu’il le pensait. Cependant, il devait aussi admettre que la générosité de sa cousine forçait le respect. Il caressa la joue humide de la jeune femme.

  • Tu ne sais pas quoi me dire, hein ? fit-elle dans un demi-sourire.
  • Que tu as été très imprudente.
  • Tu as raison, c’est sûr, mais… Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je lui ai fait confiance tout de suite, même si c’était irrationnel. J’avais envie de le connaître, de l’aider, de… de l’aimer.

Mia tritura la tasse en porcelaine. Était-ce la fragilité de Tristan qui l’avait attirée en premier lieu ? Ses faiblesses qui faisaient écho aux siennes ? Deux personnes à la dérive qui se raccrochaient l’une à l’autre... Histoire de couler ensemble. Sa remarque noire la fit soupirer.

  • Et tu penses qu’il en valait le coup ? l’interrogea Val, perplexe.
  • Personne ne devrait vivre comme ça, même pas les voleurs ou les meurtriers ! C’est une question de dignité humaine !

Son cousin resta coi, une moue dubitative sur les traits.

  • Je me doutais que tu ne comprendrais pas, souffla Mia.
  • Qu’est-ce que tu veux dire ?

Elle hésita, sentant qu’elle risquait de le vexer.

  • Que je suis égoïste ? siffla-t-il.
  • Non, enfin, pas vraiment… Pas avec ceux que tu aimes.

Valentin fronça les sourcils. Il mordit sa lèvre supérieure avec violence lorsqu’il la sentit se mettre à trembler, avant de compléter la phrase de sa cousine :

  • Par contre, avec les autres…
  • Ne le prends pas mal, Val.

Il ne réagit pas, un goût de sang se répandit dans sa bouche. Alors c’est ça que tu penses de moi ? Que je suis incapable d’agir gratuitement pour quelqu’un que je n’apprécie pas ?

Mia grimaça. Même s’il s’efforçait de ne pas le montrer, elle voyait que Val était blessé. Elle aurait mieux fait de se taire. C’est pas comme si tu ignorais combien il est susceptible, en plus !

  • Oublie ce que j’ai dit, lui demanda-t-elle.

Valentin inclina la tête, mais n’ajouta rien. Comme à chaque fois que quelque chose l’atteignait, il l’enfouissait dans un recoin de son esprit jusqu’à l’oublier. Avec Mia, c’était toujours plus dur, mais ce ne serait pas la première fois.

  • En fait, je voulais savoir s’il valait le coup que tu t’engages à ce point, émotionnellement.
  • Ah..., fit Mia, soudainement consciente d’avoir mal interprété la question.
  • Regarde dans quel état tu es maintenant.
  • Je mérite ce qu’il m’arrive. J’ai été horrible avec lui, admit-elle à regret.
  • Il n’a pas été tendre avec toi non plus. Et non, tu ne mérites rien du tout.

Accoudée sur la table, Mia appuya son front contre sa main.

  • Je pense tout le temps à lui. Tout le temps, tout le temps, tout le temps ! J’ai l’impression de devenir folle. J’aimerais tellement revenir en arrière et ne pas me comporter comme une garce !
  • Mais tu ne peux pas.
  • Alors, je vais retourner le voir.

Valentin se figea, horrifié. Qu’elle reparte dans cet endroit barbare ?!

  • C’est hors de question.
  • Accompagne-moi.
  • Non. Tu ne remettras pas un orteil là-bas.
  • Tu ne pourras pas m’en empêcher, tu sais !

Comprenant qu'elle ne changerait pas d'avis, Valentin se décida.

  • Donne-moi son adresse. Je vais y aller, moi. Selon comment ça se passe, on avisera.
  • Mais…
  • Je ne te donne pas le choix. Si tu crois que je vais te laisser te rendre chez un proxénète, dans un quartier de drogués, pour revoir un SDF qui t’a quittée...

La phrase sonna tellement étrange aux oreilles de Mia qu’elle éclata de rire sous le regard ébahi de son cousin. Elle rit de plus en plus fort, jusqu’à s’écrouler sur la table avec délice.

  • C’est vrai que dit comme ça...
  • Bien. Je préfère te voir raisonnable. J’irai le voir, mais je te préviens, si tu fais quoi que ce soit sans m’en parler, tes parents sauront tout dans la seconde.

Noémia jaugea son cousin. Malgré la confiance inébranlable entre eux, il semblait très clair qu’il n’hésiterait pas une seconde à mettre sa menace à exécution.

  • Okay. J’attendrai.
  • Allez, on va être en retard en cours.
  • Ça m’a fait du bien de te parler, souffla Mia.
  • Sèche tes larmes, profite de ta journée. Ce soir, on va au ciné.
  • Tu ne vas pas voir…
  • Ton Tristan attendra demain. Je veux d’abord m’assurer que tu prennes soin de toi.

Mia comprit qu’il valait mieux suivre les consignes de son aîné sans rechigner. Et puis, il avait raison : si les choses devaient évoluer, elles évolueraient. Elle n’avait plus qu’à attendre.

Valentin se pencha vers sa cousine et l’embrassa sur la joue avant de se lever. Il s’éloigna sans attendre qu’elle le suive, luttant pour ignorer la peine qui l’enveloppait. Le traiter de « briseur de cœur » et d’égoïste, le tout en même pas vingt minutes : Noémia ne l’avait vraiment pas épargné. Il jeta un œil à travers la vitre et la regarda ranger ses affaires. Elle paraissait plus détendue, un timide sourire flottait sur ses lèvres. Il rabattit sa capuche et reprit sa route d’un pas morne. Cette conversation aurait au moins servi à Mia.

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