Chapitre 37 (1/2)

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  • Tristan, je… Je voudrais te parler.
  • Il n’y a rien à dire, répondit-il en montant l’escalier.
  • Si ! Je sais que j’ai agi comme une imbécile et que tu me détestes probablement, mais laisse-moi au moins une chance de m’expliquer !

Tristan ne se retourna pas, ses mains tremblaient sans qu’il ne puisse les en empêcher. Voir ces jeunes embêter une fille, décider d’intervenir, puis se rendre compte qu’il s’agissait de celle qu’il voulait à tout prix éviter… Tout avait contribué à faire monter la tension qui le tiraillait.

  • Tristan !

La nervosité du jeune homme augmentait. Depuis des jours, il faisait tout pour oublier qu’elle lui manquait, mais à chacun des mots de la jeune femme, il s’apercevait combien ses efforts étaient vains. Sois ferme.

  • Rentre chez toi.
  • Je veux d’abord te parler !

Il se retourna brusquement et descendit les deux marches qui les séparaient.

  • Et moi je ne veux pas t’écouter ! Qu’est-ce que tu ne comprends pas là dedans ?! Je ne veux plus te voir, Mia ! Plus du tout ! Alors, sois gentille, rentre chez toi, vis ta vie et arrête de te mêler de la mienne !

Dans la seconde, il regretta son ton. Noémia blêmit. Le rejet, encore. Une sensation douloureuse qu’elle ne connaissait que trop bien s’insinuait. Elle baissa les yeux pour qu’il ne puisse pas les voir se remplir de larmes.

  • Tu as reçu ma lettre ? murmura-t-elle, la voix brisée.
  • Oui, et je ne l’ai pas lue.

Malgré son ton redevenu calme et doux, la réponse sembla à Noémia plus violente que la tirade précédente. Elle savait qu’il lui en voulait, mais de là à ne même pas ouvrir son message… Tristan ne pouvait pas être plus explicite. Ses épaules s’affaissèrent et, un abîme de tristesse à la place du cœur, elle se résolut à tourner les talons.

  • Mia…

Elle suspendit son pied dans le vide en sentant la main de Tristan autour de son poignet. Sa poigne ferme et souple la fit frémir. Lentement, elle se tourna vers Tristan, sans réussir à lui cacher ses larmes.

Tristan se détesta. Jamais il n’aurait dû lui parler comme cela. Une fois de plus, ses émotions avaient pris le dessus.

  • Je suis désolé, murmura-t-il.

Mia ne souffla pas un mot. Si renoncer à elle s’avérait éprouvant, voir combien il la blessait lui parut insupportable. Faisait-il le bon choix ? Il suffirait d’une phrase pour qu’ils se réconcilient. Puis Tristan se souvint.

Devant les bouteilles, il hésite, se raisonne, fait demi-tour, avant de revenir pour oublier. Ce soir, il lui faut une pause, sans souvenirs. Perdre notion de son existence crasseuse et vide de sens, ne plus savoir que sa dernière source d’espérance et de joie vient de s’éteindre, ne plus avoir conscience que celle qu’il aime l’a trahi.

Le jeune homme soupira. Depuis qu’il vivait dehors, il luttait quotidiennement pour échapper aux idées noires ; ces derniers jours, il avait dérapé avec l’alcool, flirté avec les comportements suicidaires. Non, vraiment, n'ajoute pas les aléas d’un amour complexe à l’équation. À contrecœur, Tristan se résigna à suivre sa décision.

  • Je ne te déteste pas.
  • Vraiment ? chuchota Mia, sans en croire un mot.
  • Je te le jure.

Elle dégagea sa main des doigts de Tristan et dévala les escaliers. Si tu ne me détestes pas, pourquoi est-ce que tu n’as pas lu ce que je t’ai écrit ? Dehors, le vent se levait, accentuant le froid mordant. Une puissante bourrasque la poussa un peu plus loin de l’immeuble. La jeune femme se dirigea vers la gare, sans plus d’espoir qu’il ne la retienne. Ses enjambées s’allongèrent jusqu’à ce qu’elle se mette à courir, ses sanglots se perdaient dans la tempête approchant. Lorsqu’elle s’arrêta devant la station et se retourna vers les ruelles, Mia réalisa que cette fois, elle ne reviendrait plus.

13 février, 7 h 15

Valentin monta dans le wagon derrière celui de Mia en prenant garde à ce qu’elle ne le remarque pas. En réalité, il savait que cela ne risquait pas d’arriver. Depuis une semaine, sa cousine s’enfermait dans une bulle que ni Joana ni lui n’arrivaient à percer ; le monde autour d’elle semblait transparent. Elle ne faisait plus qu’errer d’une pièce à l’autre, silencieuse, le regard dans le vague, hagarde. Au début, ils l’avaient laissée tranquille, mais loin de revenir vers eux, Noémia persistait dans son mutisme. Elle s’acquittait de ses tours de ménage et mentait poliment lorsqu’ils la questionnaient, mais cela n’allait pas plus loin. Leur cousine ne passait presque plus de temps avec eux, déclinait toutes leurs propositions, répondant à leurs inquiétudes qu’il lui fallait du temps. Ce temps, Val ne voulait plus le lui laisser. Si ce Tristan l’avait larguée, comme il le supposait, s’enterrer dans son chagrin était la dernière chose à faire pour s’en remettre.

Valentin soupira. Les trois silences de Mia.

Il se remémora le premier, lors de leur rencontre, des années plus tôt. Du haut de ces cinq printemps, Noémia observait tout avec curiosité, mais ne pipait pas mot. Ses grands yeux s’attachaient à toutes les nouveautés qu’elle découvrait en France. Val se souvenait de la première fois qu’il avait croisé le regard de sa nouvelle « cousine ». Ses yeux marrons, si foncés que beaucoup les croyaient noirs, où brillait un vif éclat d’intelligence et, tout au fond desquels, il avait lu une tristesse immense. Val sentit de nouveau son cœur se serrer. À l'époque, Mia était très, très triste, mais il semblait le seul à le remarquer. La fillette ne disait rien. La « barrière de la langue » expliquaient les parents. Seulement, lui était convaincu que si elle ne disait rien, c’est parce qu’elle était malheureuse. Alors, semaine après semaine, il s’était évertué à lui redonner le sourire. Et un jour où il lui apportait un bouquet de violettes cueillies au parc, elle avait murmuré « Merci ».

Valentin sortit trois stations plus loin et s’assura que Mia faisait de même. Ses départs aux aurores l’intriguaient, il aurait la réponse ce matin. Il la suivit à bonne distance jusqu’à la sortie qui donnait sur une place pavée. La jeune femme fit une pause et prit quelques secondes pour vérifier chaque mètre carré de l’environnement. Voir sa cousine chercher quelqu’un qui ne reviendrait probablement pas lui serra le cœur.

Noémia reprit son chemin, traversa l’esplanade, et poussa la porte du Café des Marmottes. Val rabattit sa capuche, tant par souci de discrétion que pour se protéger de la brise glaciale, et attendit quelques mètres plus loin. De son poste d’observation, il la vit s’installer à la table contre la baie vitrée. Elle commanda quelque chose puis resta immobile, mains sous le menton, à scruter les environs.

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