Chapitre 32

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28 janvier, 11 h

Camel attendait dans le couloir, assis sur un banc. Son malaise augmentait à chaque minute, tout comme le besoin d’une clope. Il hésita à en allumer une puis renonça. Il se trouvait quand même chez les flics, et leur cachait trop de choses pour chercher les problèmes. L’endroit ressemblait moins à un commissariat qu’à un hôpital, même couleur, même odeur. Glauque. Comme cette histoire d’ailleurs. Une nana l’avait appelé pour lui demander de se rendre à l’institut médico-légal afin d’identifier le corps d’un homme retrouvé mort dans la nuit. Son numéro était inscrit sur un papier dans la poche du gars, apparemment. Sauf qu’elle faisait erreur : le petit était assez intelligent pour venir sonner à sa porte et ne pas se laisser mourir de froid dehors. Ça ne pouvait pas être lui. Il regarda sa montre. 11 h 03. Même pas ponctuels.

Une employée vêtue d’une blouse arriva, suivie par une jeune fille aux yeux noisette rougis par les larmes, qu’il ne connaissait pas. Il serra la mâchoire. Aucune envie de traînasser avec une gamine en pleurs, qu’ils en finissent rapidement et qu’il rentre s’occuper de ses affaires.

L’employée leur expliqua des tas de choses qu’il n’écouta pas. De trop longues secondes plus tard, elle les fit entrer. La pièce était éclairée d'une violente lumière blanche. Contre les murs de nombreuses étagères couvertes d’outils, et au centre trônait une table d’opération avec... Camel réprima un haut-le-cœur. Difficilement supportable, même pour un type solide comme lui. Comment pouvait-on bosser dans un endroit pareil? Après un énième laïus, la femme souleva enfin le drap et découvrit le visage du jeune homme décédé.

Un long silence s’en suivit. La gamine se mit à hoqueter à côté de lui. Il l’entendait tout en scrutant le visage apaisé de Tristan. Les poulets ne s’étaient pas trompés, c’était bien le petit. Mais pourquoi? Qu’est-ce qui n’avait pas tourné rond dans sa tête pour qu’il en arrive là ?

L’incompréhension, la tristesse et la colère lui nouèrent la gorge. Il surprit ses yeux à picoter.

— C’est lui, lâcha-t-il.

La fille éclata en sanglots incontrôlables, couvrant son visage de ses mains. Qui était-elle ? Pourquoi personne ne l’accompagnait ? Elle lui faisait pitié. D’un signe de tête, il demanda à la femme en blouse l’autorisation de s’éclipser.

— Vous pouvez sortir, mais restez dans l’enceinte.

Il ne se fit pas prier. Se tirer au plus vite. Au moment où il quittait la salle, un homme entra, s’approcha de la fille qui pleurait et la prit dans ses bras. Bizarrement, cela réconforta Camel. Le proxénète se dirigea vers la cour, le manque de nicotine le rendait nerveux. Tristan, tu me déçois sur ce coup-là. Il tritura longtemps sa cigarette avant de l’allumer. Bon sang, il était vraiment triste! Ses pas se perdirent sur le carré de goudron. Il n’aurait pas cru s’être autant attaché à ce gamin.

28 janvier, 11 h 10

Mathieu était venu sans qu’elle n'ait besoin de le lui demander, et sa présence fit un bien fou à Nora. Dans ses bras, elle se calma peu à peu. Les détails des procédures expliquées par le médecin légiste disparaissaient déjà de sa mémoire, seul le mot « autopsie » résonnait en boucle. Nora ne pouvait pas détacher ses yeux du visage de Tristan. S’il n’avait pas été aussi pâle, elle se serait laissée croire qu’il dormait. Pourtant, elle savait que ce qui la hantait jour et nuit depuis des mois venait de se réaliser. La culpabilité lui écrasait le coeur.

Pourquoi ne l’avait-elle pas retenu ?

Elle l’avait laissé partir, il lui rendait son abandon.

— Je voudrais rester seule avec lui.

La porte se referma derrière eux, et Nora avança vers le corps de Tristan. Elle le dévisagea longuement.

— T’as mauvaise mine, tu sais, souffla-t-elle entre l’humour et les larmes. J’espérais que tu m’appelles et que tu me donnes de bonnes nouvelles, mais finalement, j’ai droit à ça...

Sa voix se brisa et le lourd silence reprit sa place. La douleur consumait chacun de ses organes, elle ne savait pas comment elle tenait encore debout.

— Tu m’avais promis, Tris. Tu m’avais promis que tu prendrais soin de toi ! Comment tu peux me faire ça ? Comment ? J’ai pensé à toi tous les jours, j’ai prié pour toi, et... et... Tu m’as laissée tomber !

Elle secoua frénétiquement la tête avant de lui crier :

— Je ne te le pardonnerai pas facilement, tu peux me croire. T’es vraiment qu’un idiot !

Nora le disputa longtemps. Ses mots déversèrent sa colère jusqu’à ce qu’enfin, celle-ci s’amenuise. La jeune femme pleura beaucoup, lui raconta sa vie depuis qu’il l’avait quittée, repleura, énuméra leurs souvenirs d’avant, sanglota encore. Combien de fois avait-elle rêvé leurs retrouvailles ? Combien de fois avait-elle cru le retrouver, heureux et reconstruit ?

Lorsqu’elle lui eut tout dit, ses larmes se tarirent. Elle se sentait mieux. Mathieu entra et resta pudiquement sur le seuil de la porte. La sensation de son regard bienveillant posé sur elle la rasséréna. Dès qu’elle reculerait, il serait là pour la soutenir. Elle n’était pas toute seule. La jeune femme déposa un baiser sur la joue de Tristan et lui glissa quelques mots à l’oreille, comme une dernière confidence, puis elle tira le drap sur son visage. Il avait l’air plus tranquille que la dernière fois qu’elle l’avait vu, sa nouvelle vie lui plaisait sûrement.

31 janvier, 17 h 30

Noémia marchait d’un pas rapide. D’une part, cela la réchauffait; d’autre part, vu le quartier, mieux valait ne pas traîner. Comme elle le pensait, Tristan n’était pas revenu devant le Cora. Ses attentes au café, matin et soir, se faisaient de plus en plus douloureuses, rendant sa décision évidente : elle le retrouverait et obtiendrait son pardon. Cela prendrait peut-être du temps, mais sa détermination supporterait l’attente, et même s’il la détestait, sa persévérance paierait. De plus, il fallait qu’elle sache s'il se portait bien. Enfouir son rêve au fond de sa mémoire ne l’empêchait pas de ressurgir sans cesse, et Mia ne supportait plus l’inquiétude qui la rongeait.

Mais comment retrouver son ami ? Elle ne connaissait même pas son nom de famille. Sa seule piste était l’appartement où elle l’avait accompagné récupérer ses affaires, quelques semaines plus tôt. La jeune femme ne savait plus exactement où il se situait, mais à force d’arpenter le quartier, elle finirait bien par trouver. L’autre indice était cet homme sordide dont le nom ne lui revenait pas. Cela finissait par «el», mais impossible de se souvenir du reste.

Sans trop de doutes sur le début du chemin, Mia s’éloigna de la gare et s’aventura dans la ruelle de droite. Elle tourna deux fois à gauche puis s’arrêta et réfléchit. Sa reconnaissance des lieux grâce aux photos de Google Maps avait tourné court : toutes les bâtisses se ressemblaient dans cette zone, et maintenant qu’elle s’y trouvait elle n’était pas plus avancée.

— Tu cherches quelque chose, la miss?

Une voix grave l’apostropha depuis le trottoir d’en face. Mia sursauta et se tourna vers l’individu. Grand, vêtu d’un pantalon et d’une veste de survêtement, il fumait un joint, négligemment appuyé sur un lampadaire. Le cœur battant, elle se remit en marche. Les rues mal éclairées et les passants de plus en plus rares lui confirmèrent qu’elle aurait dû se faire accompagner.

31 janvier, 17 h 43

En plus d’avoir froid, Noémia était complètement perdue. Deux options se présentaient : continuer à errer en espérant que la chance lui sourie et qu’elle n’ait pas d’ennuis, ou rentrer et revenir plus tard. Elle n’eut pas le temps de se décider, une présence bien trop proche la glaça. Quelqu’un se tenait juste derrière elle. Elle se retourna lentement, presque tétanisée.

L’homme qui l’avait abordée quelques minutes plus tôt. Il l’avait suivie.

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