Chapitre 26 (1/2)

6 minutes de lecture

22 janvier, 23h10

Ils se faisaient face, concentrés. Les premières notes de musique d’un générique se résonnèrent. « Pokémon ! » hurla Tristan un centième de seconde avant Mia. Elle soupira, rageuse, et ajouta un point sous le nom de son adversaire. Il la rattrapait. Les pizzas englouties, ils avaient enchaîné les blind tests en tous genres. Leurs cris et leurs rires fusaient, réchauffant la pièce. Tristan finit par l’emporter d’un point. Mia récupéra son téléphone qui affichait trois pour cent de batterie.

  • Je devrais rentrer, remarqua-t-elle en voyant l’heure.

La photo de Valentin apparut à cet instant sur son écran. Elle décrocha.

  • Qu’est-ce que tu fabriques ? Tu es où ?!
  • Au chaud, répondit sarcastiquement la jeune femme, un peu agacée par le ton de son cousin.
  • C’est pas drôle, Mia. Je me faisais du souci... Tu comptes rentrer bientôt ?
  • D’ici un quart d’heure.
  • Je viens te chercher, décréta Val.
  • Ce n’est franchement pas la peine.
  • Il est tard. C’est non-négociable. Où est-ce que je te rejoins ?

Mia éloigna le téléphone de son oreille. Pas plus envie de déranger Valentin que de ressortir dans le froid.

  • Tu peux rester dormir, si tu préfères, lui proposa Tristan.

Un moment, elle resta interdite puis glissa un « Je te rappelle » à son cousin, et raccrocha.

  • Ce ne serait pas très convenable, finit-elle par murmurer en tournant la tête pour qu’il ne la voie pas s’empourprer.
  • Pourquoi ?

Sa voix basse la troubla un peu plus. L’ange et le démon reprenaient leurs éternelles disputes, peu soucieux d’obéir lorsqu’elle leur intima de se taire.

  • Parce que.
  • Tu as peur que je te saute dessus ?

Mia écarquilla les yeux. Comment pouvait-il lui demander cela aussi tranquillement, comme s’il le lisait sur son front ?

  • Non, pas du tout !
  • D’accord, fit-il d’un ton léger. Parce que si c’était ça, tu n’avais vraiment aucune raison d’être inquiète.

Sans qu’elle comprît pourquoi, l’insistance sur le « vraiment aucune » l’irrita profondément. Elle lui fit face et découvrit son air amusé, qui l’énerva tout autant.

  • Je sais, rétorqua-t-elle plus cassante qu’elle ne l’aurait voulu.

L’étudiante se leva et se réfugia dans la salle de bain. Que lui arrivait-il ? Elle se laissa tomber sur les toilettes et prit sa tête entre ses mains. Pourquoi es-tu si nerveuse ? Tristan, comme Valentin, cherchait juste à lui faciliter la vie et elle se comportait comme une peste avec eux. Cela ne lui ressemblait pas. Quelques gouttes d’eau sur le visage lui remirent les idées en place. De toute façon, il était trop tard pour rentrer. Tristan est adorable, tout se passera bien. Elle envoya un texto à Val avant de sortir de la salle d'eau. Les yeux bleu-gris de son ami se posèrent sur elle lorsqu’elle le rejoignit.

  • Je t’ai vexée ? l’interrogea-t-il d’une voix douce. Si c’est le cas, je m’en excuse. Ce n’était pas mon intention.
  • Il n'y a pas de mal, souffla la jeune femme. Je suis juste fatiguée.

Elle s’assit sur le lit, refusant toujours de s’avouer avoir été froissée par ses mots.

  • Je vais rester là. Il vaut mieux que je dorme maintenant, j’ai cours demain.
  • Ça me semble plus raisonnable aussi.

Un silence s’installa, Tristan hésita. Contrarier Mia n’était aucunement son objectif, mais vu sa réaction… l’envie de la taquiner un peu le démangeait.

  • Et ne t’inquiète pas, je ne te toucherai pas.
  • C’est bon, j’ai compris, siffla Mia.
  • Sauf si tu me le demandes, bien sûr.

Comme prévu, les joues de la jeune fille virèrent au rouge cramoisi. Il garda quelques secondes son sérieux avant d’éclater de rire. Elle marche vraiment trop facilement ! Noémia hésita entre faire la tête ou rire de sa crédulité et choisit la deuxième option.

  • Je suis peut-être naïve, mais toi tu ne vaux pas mieux que Val, lança-t-elle en aplatissant un coussin sur son nez.

22 janvier, 23h30

Noémia s’attacha les cheveux et retira son chemisier. Heureusement, qu’elle portait un débardeur en dessous. Elle enlèverait son jean juste avant de se glisser sous la couette, et tant pis pour le brossage de dents… Tu es au courant qu’il n’y a pas mort d’homme ? Non, évidemment, mais la situation l’intimidait un peu. Mia se retourna. Un genou en tailleur, l’autre replié, Tristan la dévisageait. La jeune femme grimpa à son tour sur le lit, intriguée. Sentant qu’il voulait lui dire quelque chose, elle l’encouragea du regard.

  • Merci, articula-t-il.
  • Il n’y a pas de quoi, je te l’ai dit.

Tristan passa la main dans ses cheveux, sans savoir comment exprimer ce qui l’habitait.

  • Non, je voulais dire, merci d’avoir passé la soirée avec moi.
  • Ça me faisait plaisir !

Il secoua la tête. La gentillesse et l’attention de Mia à son égard le troublaient, mais plus encore le fait qu’elle ne le rejetât pas.

  • Pour tout te dire, je ne pensais pas que tu resterais. Pas après ce que je t’ai raconté, encore moins après avoir vu mes poignets.

Elle le jaugea un instant, sans comprendre.

  • Pourquoi ?
  • Je ne sais pas trop. Je pensais que tu aurais peur.
  • De toi ?
  • Oui, enfin, peut-être pas de moi, mais de mon passé. De ce que j’ai pu vivre ou… faire.

D’un geste machinal, Mia resserra sa queue de cheval. Des questions, elle s’en posait, mais pas au point de partir. Elle réalisa un peu plus ce qu’il avait pu en coûter à Tristan de lui raconter. Non seulement une plongée dans le passé, mais avec en plus l’inquiétude qu’elle s’en aille après.

  • La vérité m’effraie parfois, mais jamais autant que lorsqu’on la cache derrière un mensonge.

Les mensonges. Nora aussi les détestait. Un discret soupir s’échappa des lèvres de Tristan. Il ne pouvait même pas promettre à Mia de ne jamais rien lui cacher : il lui avait déjà menti. Rien qu’au sujet des photos qu’il conservait, par exemple. Il entremêla ses doigts, nerveux.

  • Un jour, reprit-elle, lors d’un mariage auquel j’assistais, le curé a dit aux mariés « quand on aime une personne, on ne doit pas l’aimer malgré ses défauts, on doit l’aimer avec ses défauts ».

Mia rougit en s’apercevant que ses mots pouvaient passer pour une déclaration. Elle balbutia rapidement :

  • Je pense que c’est pareil dans la vie en général. Il faut apprendre à accepter les autres tels qu’ils sont...

Le jeune homme la regarda avec tendresse.

  • Tu es bien sage.
  • Te moque pas, bougonna-t-elle.

Tristan replaça une mèche échappée de l’élastique derrière son oreille, la faisant frissonner. Elle baissa les yeux, inspira profondément avant d’oser demander :

  • J’ai quelque chose à craindre de toi ?

Question idiote. Quel tueur en série conseillerait à sa victime de s’enfuir en courant ? Pourtant elle ressentait le besoin de lui demander. À croire qu’un « non » garantirait sa sécurité. Près de son ami, elle se sentait bien. Son corps s’apaisait, son intuition se montrait rassurante. Le problème, c’était son cerveau qui ne cessait de gamberger. Sur les pans obscurs du passé de Tristan, il projetait des hypothèses terribles ; derrière les inconnues s’ouvraient des possibles menaçants. Les « et si » parsemaient de doutes chacune de ses réflexions, mais elle voulait tellement croire en lui !

  • Non, bien sûr que non.
  • Et de ce que tu ne me dis pas ?

Durant une poignée de secondes, Tristan réfléchit. Plusieurs de ses choix lui laissaient un goût âcre, Mia réprouverait probablement certaines de ses actions passées, mais quelque chose qui pourrait la mettre en danger ? Il ne voyait pas.

  • Non plus.

Jamais je ne te ferais le moindre mal, Mia. S’il avait eu la vie dont il rêvait, il lui aurait montré qu’elle pouvait se fier à lui. Il l’aurait fréquentée plusieurs semaines, l’invitant au cinéma ou au théâtre, la faisant rire et la raccompagnant chez elle le soir. Pas à pas, ils auraient appris à se connaître, jusqu’à ce qu’elle fonde sa confiance en lui sur autre chose qu’une simple parole. Mais s’il avait eu la vie dont il rêvait, il n’aurait pas eu à le lui prouver, puisqu’elle ne se serait pas posé de questions.

  • Je tiens à toi, prononça-t-il du bout des lèvres.

Il releva les yeux. Contre toute attente, Mia ne fixait pas les draps avec les joues carmin. Non, elle le regardait, une expression joviale sur les traits. Avant qu’il n’ait réagi, elle se mit à genoux et l’enlaça. Son rythme cardiaque augmenta d’un coup. Il lui rendit son étreinte, surpris par cette soudaine démonstration d’affection. Cette fille l’étonnerait toujours.

Noémia respirait doucement au creux du cou de son ami. Il utilise un gel douche au pin. Ses lèvres s'étirèrent à cette réflexion. Son coeur battait toujours trop vite après la déclaration de Tristan. Elle resta encore quelques secondes blottie contre lui. Mieux valait qu'il ne remarque pas le trouble qu'il lui causait. À regret, elle finit par s'éloigner et lui sourit :

  • Moi aussi. Sur ce, je ferais mieux de me coucher sinon je ne me réveillerai pas demain.

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