Chapitre 25

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22 janvier, 21h40

Ils avaient parcouru quelques mètres lorsque Tristan aperçut l’enseigne lumineuse de l’hôtel. Il lui semblait bien que Mia n’habitait pas par là. Ce qu’elle pouvait être têtue !

  • Je pensais que tu avais renoncé, soupira-t-il.
  • C’était mal me connaître.
  • Je t’ai dit que je ne voulais pas.

Elle s’arrêta, se tourna vers lui et le regarda avec détermination.

  • Écoute… Tu as disparu pendant quatorze jours. Tu avais sûrement une très bonne raison, mais en attendant, je me suis fait un sang d’encre. Je suis passée tous les matins et tous les soirs devant le Cora. Je t’ai attendu dans le café juste à côté je ne sais pas combien de fois. Dès que j’entendais les infos qui parlaient des gens morts de froid, je me disais que c’était peut-être toi. J’y pensais tout le temps. J’ai même raté mes derniers exam’ à cause de ça.

Tristan resta interdit, stupéfait par ce flot d’aveux.

  • Je ne suis pas en train de te reprocher quoi que ce soit. Je voudrais juste que tu acceptes… Je t’en prie.

Les prunelles suppliantes de Mia le troublèrent brutalement. Son cœur battait trop vite, et beaucoup trop fort. Tu n’es pas en train de tomber amoureux, au moins ? s’inquiéta une voix dans son esprit. Bien sûr que non ! Ce serait bien la dernière chose à faire. D’un mouvement sec, il tourna la tête, énervé par la pensée qui s’immisçait en lui.

Mia interpréta son geste comme un refus et recula, déçue.

  • Comme tu voudras, murmura-t-elle en sentant une grande tristesse l’envahir.

Elle avait été trop présomptueuse. Qui était-elle pour lui imposer quelque chose ? Aussi généreuse soit-elle, sa proposition pouvait être très mal perçue par Tristan. Je suis vraiment nulle. La jeune femme se mordit la joue pour ravaler son chagrin. Plus qu’à rentrer.

Tristan sortit de ses pensées à cet instant et se rendit compte de l’air affligé de Mia.

  • Je suis désolé. Je ne voulais pas t’inquiéter.
  • Je sais. C’est pas grave, de toute façon, c’est du passé.

Il se sentit flancher. Le visage peiné de Noémia faisait ressurgir sa culpabilité.

  • Si c’est du passé, ne fais pas cette tête. Je préfère quand tu souris. S’il te plaît.

Elle contracta le coin de ses lèvres, dessinant une esquisse de sourire sur ses traits et une fois de plus, le pouls de Tristan s’affola. Pas bon du tout.

  • Ça me coûte vraiment d’accepter ta proposition, tu sais, reprit-t-il, mais puisque tu y tiens tant...

Il s’en voulait d’avoir causé du souci à la jeune fille, et la rendre malheureuse lui fendait le cœur. De toute manière, sans savoir où dormir, avec ce froid mordant, comment refuser le confort qui lui tendait les bras ? Tant pis pour sa gêne et sa fierté.

  • Allez, viens.

Il prit sa main et s’avança vers l’hôtel. Noémia n’eut pas le temps de se réjouir de son succès, son esprit se focalisa sur le geste de Tristan. Il me tient la main ? Une bouffée de chaleur enflamma ses joues, tandis qu’elle lui emboîtait le pas. Non, il allait probablement la lâcher au bout de trois ou quatre mètres. Elle l’attendit, tentant de contrôler ses pensées affolées, mais à son grand étonnement il n’en fit rien avant d’arriver devant l’accueil.

22 janvier, 21h47

Tristan s’assit sur le lit blanc en s’émerveillant de son moelleux. Le confort d’un vrai lit. Cela le changeait du sol, des sièges de métro et du divan éventré de Camel. Son manteau retiré, il attrapa sa trousse de toilette, réjoui à l’idée d’une douche brûlante.

  • Je peux utiliser la salle de bain ?
  • Oui, je t’en prie, répondit Mia. Mais tu n’as pas besoin de mon autorisation, hein !

Tristan nota l’air dubitatif de la jeune femme. Étendue sur le lit, ses longs cheveux noirs formaient des vagues sur l’océan de blancheur de l’oreiller. Un chemisier cintré et un jean moulant soulignaient sa taille fine et la courbe de ses hanches. Le jeune homme détourna rapidement les yeux, honteux de s’être attardé ainsi sur la silhouette de Noémia. Il ne devait pas se laisser aller, surtout pas avec elle. Elle lui était trop précieuse pour qu’il gâche tout.

Mia alluma la télévision. Elle zappa jusqu’à tomber sur un film de capes et d’épées qu’elle n’écouta pas. Que faisait-elle encore là ? Elle aurait dû laisser les clés à Tristan et repartir. Ce n’était pas prudent de rester seule dans une chambre avec un homme, sa mère le lui répétait souvent. Bah, on est bien restés toute une soirée seuls dans l’appartement, ça n’a posé aucun problème. Oui, mais… La jeune femme replia les genoux contre sa poitrine. Quelque chose lui paraissait différent. Peut-être la symbolique de la chambre d’hôtel ? À moins que ce ne soit les dernières révélations de Tristan. Il t’a dit qu’il ne fumait plus. Pourquoi tu ne le crois pas ? Son cœur se serra. Elle se sentait tellement à l'aise avec lui ! Elle se comportait naturellement sans être terrorisée par l’idée d’être jugée ou moquée. Alors profite, banane !

Son estomac gargouilla, coupant court à ses monologues intérieurs. Télépizza ferait l’affaire.

22 janvier, 22h00

Elle monte les escaliers. Derrière elle surgit un homme, suivi de trois femmes nues aux visages difformes. « Viens avec nous, viens avec nous ». Leurs voix se fondent dans un tourbillon qui l’entoure. Les marches, de plus en plus hautes, entravent sa fuite. Elle n’avance plus. L’homme arrive. Il s’approche, l’attrape par les poignets. « Viens avec moi ». Son visage rajeunit. Bouclettes claires, iris dorés. Nicolas lui sourit, carnassier. Elle hurle.

Noémia se réveilla en sursaut et mit quelques instants à reconnaître les lieux. Encore effrayée, elle s’assit puis s’étira.

  • Je ne pensais pas que tu te réveillerais avant demain.

Elle se retourna vivement. Allongé derrière elle, mains croisées sous la tête, cheveux encore mouillés, Tristan la regardait en souriant. Diablement sexy. Le rouge lui monta aux joues à l’idée qu’il l’avait vue assoupie. Depuis combien de temps somnolait-elle ?

  • Je ne dormais pas vraiment, bougonna-t-elle, gênée.

Il lui lança un regard moqueur, mais le portable de Mia sonna avant qu’elle n’ait trouvé quoi répliquer.

  • Ce doit être les pizzas.
  • Les pizzas ?

Son clin d’œil répondit à Tristan qui eut un pincement au cœur. C’est vraiment une chic fille. Les attentions de Mia l’ennuyaient autant qu’elles le touchaient. Plus le temps passait, plus la jeune femme se montrait aux petits soins pour lui, plus il s’attachait. La pente devenait dangereuse, il le savait.

Noémia sentit son ami sur le point de protester et préféra s’éclipser avant qu’il n’ouvre la bouche. De toute façon, elle avait faim.

22 janvier, 22h25

Les pizzas déposées sur le lit, Tristan entama d'en détacher les parts. L’odeur lui mettait l’eau à la bouche, et s’il se sentait toujours mal-à-l’aise concernant les frais que Noémia faisait pour lui, il ne se ferait pas prier pour manger sa part. Les doigts de la jeune femme se posèrent sur son poignet et tournèrent doucement son avant-bras vers le ciel. Il mit une seconde à réaliser qu'il portait des manches courtes.

Des cicatrices ? Le regard de Mia s’accrochait aux lignes blanchâtres qui striaient la peau de son ami. Il retira vivement son bras, masquant son poignet de son autre main. Leurs yeux se croisèrent avant que Tristan ne baisse les siens, visiblement gêné. Le pouls de Mia accéléra. Elle aurait juré qu’il s’agissait de traces de scarifications. Un coup d’œil à son ami lui confirma sa gêne. Devait-elle s’excuser ? Elle n’en fit rien. Comme aimantée, sa main s’approcha de nouveau.

La honte empêchait Tristan de relever la tête. S’il y avait bien une chose qu’il ne souhaitait pas que Mia découvre, c’était celle-là. Bien que tout cela datât, les souvenirs de ces jours sombres ne s’effaçaient pas plus de sa mémoire que les marques de sa peau. Longtemps, il avait espéré qu’elles partiraient, en vain. Pourquoi son corps refusait-il qu’il oublie ? Il sentit que Mia déplaçait ses doigts, découvrant ainsi les stigmates de ses blessures passées. Arrête...

  • Pourquoi tu les caches ? souffla-t-elle.

Tristan garda le silence et Mia craignit d’être allée trop loin. Mais il lui avait bien parlé du reste ! Pourquoi pas de ça ?

  • J’en suis pas particulièrement fier, lâcha-t-il d’un ton amer.

S'en rendant à peine compte, la jeune femme caressa son avant-bras.

  • Je peux comprendre, tu sais.

Il se redressa et l’observa, incrédule. Comment ? Comment aurait-elle pu comprendre ? Le vide vertigineux, le mal-être indescriptible, le désarroi sans fond, les idées noires, les scénarios morbides, la volonté de se faire mal, la jubilation aussi malsaine qu’éphémère durant ces séances et la honte indicible qui s’en suivait ?

  • Au collège, il y avait des garçons qui aimaient bien... m’embêter, commença Mia d’une voix incertaine. Quand je revenais des cours, mes parents n’étaient pas encore rentrés. Je passais par la cuisine avant d’aller dans ma chambre. J’hésitais toujours à prendre un couteau... parfois je pouvais même rester plusieurs minutes plantée devant le tiroir.

Tristan écarquilla imperceptiblement les yeux. Une fille comme elle ? Tu n’as pas encore compris que l’habit ne fait pas le moine ? Tout le monde cache des secrets. Sous le coup de la surprise, il mit un moment à demander :

  • Et tu ne l’as jamais fait ?

Elle arbora une moue embarrassée.

  • Non, je n’ai jamais eu le courage.

Le jeune homme lui sourit avec tristesse et posa sa main sur la sienne. Les fragilités qu’il percevait chez son amie semblaient s’être cristallisées en quelques phrases.

  • Le courage, c’est de résister à l’envie. Ou de ne pas recommencer quand on y a déjà cédé.

Un silence suivit sa déclaration.

  • Se faire du mal n’a jamais réglé aucun problème, je t’assure…

Mia haussa les épaules, les yeux perdus sur l’emballage de leur dîner. Mélancolique, presque un peu chétive. L’envie de la serrer contre lui le saisit.

  • Tu as peut-être raison, soupira-t-elle finalement.
  • J’ai toujours raison !

Tristan fit glisser son index sur le nez de la jeune fille en un geste taquin. Il attrapa une part de pizza dans laquelle il mordit avec entrain. Mia l’imita, se déridant un peu. Il était temps que la soirée prenne une tournure plus légère.

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