Chapitre 21 (1/2)

6 minutes de lecture

7 janvier, 7h50

Toujours pas là.

Toute la soirée, Noémia avait fait bonne figure devant ses cousins, acceptant même de regarder un film, histoire de ne pas penser à son ami et d'éviter l'insomnie. Bien qu’elle sût que sa déception serait à la hauteur de ses espérances, elle aspirait de tout son cœur à le revoir ce matin. Mais non, seule son absence était présente. La jeune fille traversa la place, animée d’un mélange d’inquiétude, de tristesse et de colère. Stop. Tu connais la règle. Ses mains se raidirent autour de l’anse de son sac. Une relation, quelle qu’elle fût, ne devait jamais la perturber dans ses études. Or celle, plus ou moins amicale, qu’elle entretenait avec Tristan, risquait bien de mettre à mal ce principe. Cela ne lui plaisait pas. Imagine qu'il lui soit arrivé quelque chose ? Un frémissement parcourut son dos. Le pire, c’est que tu ne le saurais jamais. Mia balaya cette sombre révélation et se retourna une nouvelle fois. Non, cela ne lui plaisait pas du tout.

*****

Encore une nuit agitée de cauchemars. Fatigué, Tristan ouvrit les yeux avec difficulté. Comme chaque matin, il analysa rapidement son environnement pour évaluer l’urgence de quitter les lieux, et s’aperçut avec un certain plaisir qu’il se trouvait à l’appartement. Les événements de la veille lui revinrent peu à peu. Le visage de Lila, le regard pervers de son sinistre patron. Il se redressa, de nouveau malade à l’idée que son amie fût toujours là-bas.

Un rapide examen de la maison le rassura : personne ne s’y trouvait. Après une toilette sommaire, il ramassa ses affaires et partit en laissant les clés sous le paillasson. Avoir plié bagage avant 8h30 était la condition pour que Camel l’héberge. De toute façon, depuis qu’il connaissait la provenance de l’argent qui payait le loyer, rester dans cet endroit le répugnait.

Dans l’obscurité où perçaient les rares halos blêmes des réverbères, le jeune homme s’activa pour rejoindre le RER. Ne surtout pas traîner. Le quartier, pauvre et mal famé, n’encourageait pas à la flânerie, et il ne s’y sentait jamais en sécurité, encore moins la nuit. Heureusement, il arriva à la gare sans encombre.

8h15.

Mia.

Mince ! À cette heure-ci, elle serait déjà en cours. Tristan se mordit la lèvre. Elle lui en voulait probablement pour le lapin de la veille, et il en rajoutait par son absence de ce matin… Tu es nul, mec. Tu gères pas du tout là ! Il monta dans son train en essayant de se souvenir le plus précisément possible des moments passés avec elle. Ils lui semblèrent lointains, effacés par la soirée au club et les yeux verts de Lila. Son ventre vide gargouilla. La journée s’annonçait longue.

7 janvier, 18h19

Mia sortit de l'amphi en discutant avec Margot et Hélène. Finalement, le temps avait filé. Entre les cours et les potins de ses copines, elle avait su s’occuper suffisamment pour ne pas penser à sa déconvenue du matin.

  • Bon, ben j’y vais !

Avoir le bus de 18h25. Elle fit la bise à Hélène en essayant de paraître le moins pressée possible. Avoir le bus de 18h25. Tristan serait-il enfin là ? Avoir le bus de 18h25. Le ronflement d’un moteur la fit sursauter. Vêtu d’un jean, d’un blouson de cuir noir et d’un casque intégral, un motard venait de s’arrêter devant elles. Il posa le pied à terre et fit basculer la béquille de sa moto orange avec une classe certaine.

  • Et beh, siffla Hélène admirative.

Impassible, Noémia s’avança vers le jeune homme qui enlevait son casque.

  • Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle.
  • Tu n’as pas l’air contente de me voir.

Son cousin plaqua un baiser sur sa joue.

  • Non, c’est pas ça, c’est juste que…
  • Tu le connais ?! gloussa Margot ébahie.

Valentin leur lança une œillade enjôleuse, assortie d’un sourire pub dentifrice. Mia soupira.

  • Tu n’as pas répondu à ma question, Val, le relança-t-elle d’un ton cassant.
  • Je suis venu te chercher, mais ça n’a pas l’air de te faire plaisir.

Devant son regard blessé, elle essaya de paraître enjouée.

  • Mais si ! J’étais juste étonnée.
  • Tu m'as parue triste hier, en rentrant. Alors, j’ai voulu te faire une surprise, mais si tu préfères rentrer avec tes amies…

Noémia jeta un œil à sa montre. 18h25. Adieu, bus.

Les bonnes intentions de Valentin contrariaient ses projets. Les filles roucoulaient devant son cousin, qui ne doutait pas un instant de sa superbe. Pathétique. Elle écourta la scène en détachant le deuxième casque du siège passager. Inutile de heurter Val quelques jours à peine après leur réconciliation. De plus, il était fort probable que Tristan ne soit même pas là. Et s’il y est, il y sera demain aussi.

Trois minutes plus tard, Valentin démarrait, ravi de cet interlude-flirt plutôt amusant. Cependant, son sourire disparut rapidement. Pourquoi Mia avait-elle paru contrariée par son arrivée ? Quelque chose clochait chez sa cousine : elle rentrait tard, assurait ne pas avoir la tête ailleurs sans daigner répondre aux questions, lui raccrochait au nez… Changement indéniable depuis le nouvel an. Depuis le fameux Tristan. Arrête, leurs affaires ne te regardent pas. Valentin accéléra, appréciant la sensation des bras de Mia qui se cramponnaient à sa taille. Pour le moment, il ne s’en mêlerait pas.

Mais il ne laisserait personne ennuyer sa protégée, et surtout pas ce type.

7 janvier, 22h20

  • Ça va ?

Tristan sursauta avant de relever la tête, transi de froid. Depuis combien de temps dormait-il ? Assis contre le Cora, les membres engourdis, il mit un instant à émerger. Un passant attendait sa réponse, l’air inquiet.

  • Oui, merci, murmura le jeune homme, confus.

Que faisait-il là ? Pourtant pas dans ses habitudes de céder au sommeil par ces températures... Il mit une seconde à se souvenir. Sa venue en milieu d’après-midi, pour être sûr de ne pas manquer Noémia, puis l’attente, aussi vaine qu’interminable. Abattu, sans une once d’énergie pour chercher où dormir, il s’était laissé aller à la mélancolie. Elle l'avait bercé jusque dans un sommeil sans rêve. Tristan jeta un regard à l’homme qui ne semblait pas convaincu.

  • Vous êtes sûr que c’est bon ?
  • Oui, oui, ça va aller, je vous remercie ! répondit Tristan en hochant la tête.

Bien sûr que non ça ne va pas.

Mia ne voulait plus le voir, la faim et le froid le tenaillaient, sans parler de l’absence d’abri pour la nuit. L’homme tira un ticket restaurant de son portefeuille et repartit en lui souhaitant du courage. Tristan s’efforça de le remercier d’un sourire. Ce monsieur ne pouvait pas faire grand-chose pour lui, mais ce genre d’attention demeurait rare. Elle lui donna la force de se lever. À moins de tenir à mourir de froid, mieux valait bouger.

Il se traîna jusqu’au MacDonald et s’offrit un hamburger et un café. Sans la moindre envie de traverser la ville pour rejoindre l’appartement, ni de passer la nuit dans un squat dangereux, il se demandait où se réfugier jusqu’au matin. À cette heure-ci, le 115 serait complet. Réfléchis. Ce soir, le sommeil avait englouti les quelques heures de réflexion qu’il lui restait. Épuisement. Quelles options possédait-il ? Le métro ou… Non. Le jeune homme chassa cette hypothèse de son esprit. Il se rappelait les mots de Nora : « en cas d’urgence ». Caractère d’urgence de la situation ? Aucun. Un instant, il s’imagina emprunter un téléphone, composer son numéro ; sa voix, d’abord surprise puis gênée et un peu inquiète. Est-ce qu’elle lui proposerait de l’héberger ? Pauvre nigaud… Peut-être qu’elle le ferait, mais elle a dû refaire sa vie. Tu visualises la scène ? Elle, son mec et toi au milieu, pauvre clochard qu’elle accueille à pas d’heure, par respect pour une vieille promesse ? Laisse-la où elle est. Le cœur de Tristan se serra. Même s’il brûlait d’entendre à nouveau sa voix, il ne voulait pas remuer le passé. Trop peur des potentielles répercussions sur sa vie. Le jeune homme reposa sa tasse et sortit dans le froid mordant du début de janvier. Il chercherait un hall d’immeuble ouvert, à l’une des adresses où les portes fermaient mal. Puisqu’il n’avait pas le choix, autant se dépêcher de le trouver, quitte à devoir errer encore un peu dans les rues de Paris.

8 janvier, 5h58

Tristan se redressa au bruit des éboueurs qui pénétraient dans l’entrée. Il attira son sac contre lui et se recroquevilla dans le renfoncement du mur. Qu’ils ne me voient pas. Le bruit des poubelles malmenées résonna anormalement dans sa tête, comme en écho, puis elle apparut.

La douleur

À l’instant, il sut que le cycle venait de recommencer. Un frisson courut le long de son échine, il ne connaissait que trop bien la suite des évènements. Pas ça, s’il vous plaît, pas ça. Le mal l’envahit en quelques minutes, cognant dans son crâne à l’en faire gémir. Migraineux depuis l’enfance, cela avait empiré en même temps que sa situation sociale. Cependant, ce n’était pas la douleur qui le terrorisait. Trois longues respirations et il se leva, déterminé malgré l’appréhension. Cette fois-ci, il ne se laisserait pas entraîner. Le cycle venait certes de reprendre, mais rien d'inéluctable.

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