Chapitre 17

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3 janvier, 22h40

Écouteurs dans les oreilles, Valentin s’affala sur les coussins qui jonchaient son lit. Louison aurait pu lui changer les idées, mais leur entrevue n’avait fait qu’exacerber le sentiment de manque qui lui crevait les entrailles. Pourtant mignonne et pas si inintéressante que ça, cette fille, mais rien à faire : elle l’indifférait. Pour la dixième fois de la soirée, il jeta un œil à son téléphone et souffla toute l’exaspération qui le tenaillait. Pas un signe de Mia. T’inquiète pas, elle va venir. Il augmenta le son et se concentra sur le solo de guitare. Sa cousine n’allait quand même pas laisser trois pauvres phrases saboter leur complicité... Mais sérieux, qu’est-ce qui t’a pris de dire ça, aussi ? Valentin passa une main dans ses cheveux. Noémia ne s’intéressait pas aux garçons, pas même en amitié, et voilà qu'elle annulait une soirée pour rester avec un homme dont elle n’avait jamais mentionné l’existence ? Une sensation désagréable lui serra l’estomac. Bien sûr, il savait que cela arriverait tôt ou tard, mais malgré ses efforts, il ne s’était toujours pas fait à l’idée. Le jeune homme sentit l’appréhension le gagner. Ses vieilles craintes ressurgirent, lui arrachant un juron. Si, au moins, je pouvais voir Laura… Il se rembrunit à cet aveu et empêcha les souvenirs de rejaillir. Elle avait choisi de partir. Qu’elle aille se faire foutre.

****

Mia regarda l’heure et décida de mettre fin à l’attente de son cousin. Elle traversa le couloir et frappa avant d’entrer. Allongé sur le lit, paupières closes, une main derrière la tête, l’autre le long de son torse nu, Val ne semblait pas l’avoir entendue. La vision du corps parfaitement sculpté qui s’imposait à elle lui décrocha un sourire. C’est vrai qu’il est beau. Noémia laissa ses yeux parcourir la courbe des muscles qui saillaient sous la peau glabre de son cousin tout en s’approchant du matelas. Aucune fille ne résistait à son colocataire. Toutefois, même s’il lui arrivait de remarquer la beauté sulfureuse de Val, elle ne s'y attardait pas. Contrairement à ce que ses amies pensaient, il ne l'avait jamais émoustillée.

  • Ah, tu es là ! s’exclama Valentin en se redressant.

La jeune femme nota ses traits tirés.

  • Tu as de ces cernes…
  • Si un panda me voyait, il tomberait amoureux. Je sais.

Sa remarque blasée fit résonner le rire de Mia et Valentin se détendit un peu. Trois jours sans vraiment lui parler, pas étonnant qu’il ait des poches sous les yeux. Même lorsqu’ils n’habitaient pas la même ville, ils communiquaient plus que cela.

  • Je commençais à croire que tu ne viendrais pas.
  • En effet, j’ai hésité, répondit-elle, taquine. Qu’est-ce que tu voulais me dire ?

Valentin se tendit de nouveau. Noémia jouait avec ses nerfs, juste pour l’embêter. Comme si la peur de la perdre n’avait pas suffi.

  • Rien. Je t’ai déjà tout dit la dernière fois. Par contre, toi, tu ne m’as pas répondu.

Mia garda le silence. Lorsqu’elle repensait au criant manque de savoir-vivre de Val, son énervement se réveillait, mais elle ne voulait plus se montrer distante avec son cousin. Leur proximité lui était nécessaire. Sans compter que Joana devait en avoir assez de la sale ambiance de la coloc.

  • Tu m’en veux toujours, soupira Valentin.

Un voile assombrit son regard, le rendant plus profond encore.

  • Pas vraiment.
  • Alors pourquoi tu ne me le dis pas ?! lui reprocha-t-il.

Il se leva et la tira brutalement contre lui.

  • Tu me manques, murmura-t-il en effleurant de sa bouche le lobe de son oreille.

Mia ne put s'empêcher de frissonner avant de se blottir contre la poitrine de son cousin. Tu m'as manqué aussi. Valentin glissa un écouteur dans son oreille et les lèvres de la jeune femme s’étirèrent avec les premiers accords. Best of Me, Sum 41. De vieux souvenirs lui revinrent, la rendant un peu nostalgique. Adolescent, Valentin s’était mis en tête de l’initier au rock. Ils avaient traduit ensemble les paroles du morceau jusqu’à ce qu’elle conclue, enthousiaste :

  • En fait, c’est une chanson pour s’excuser !
  • Exactement ! En plus, elle doit être sympa à jouer à la guitare. Si un jour je dois demander pardon à une fille, je la lui ferai écouter.

Pourtant, Mia aurait juré que malgré les années et les cœurs brisés par ses soins, Valentin n’avait jamais fait écouter à aucune ces paroles. Sauf à elle.

Val dévisageait sa cousine qui fredonnait la mélodie, l’air nostalgique. Il espérait que cela finirait de la convaincre de sa sincérité. Être dépendant de quelqu’un s'achevait inévitablement en montagnes de souffrance. D’où son aversion pour les relations sérieuses. Concernant Mia, il était résigné, mais il ne souffrirait pas d’autre exception. Le visage radieux de Laura lui apparut à cet instant précis, provocant et moqueur. Il serra les dents. Idiote.

  • Je crois que j’ai compris, souffla Mia en lui rendant l’appareil.
  • Tu sais que les excuses ne sont pas mon fort…
  • Oh, mais si tu t’entraînais un peu, je suis sûre que tu t’améliorerais, railla la jeune femme.

Il lui offrit un sourire d’une douceur inégalable, soulagé.

  • Je me rattraperai, je te le promets. Mais en attendant, ne me fais plus la tête… S’il te plaît.
  • Ok, concéda-t-elle avec un clin d’œil, on va dire que c’est oublié.

Mia s’approcha du bureau, saisit un tee-shirt roulé en boule et le lança à la figure de son cousin. Val enfila le vêtement et lui sourit, l’air machiavélique.

  • À l’attaque !!! hurla son colocataire.

La jeune femme esquiva dans un rire l’oreiller volant qui lui était destiné puis s’empara du traversin, prête à en découdre. La fatigue t’a perturbée, ma pauvre fille, il est fidèle à lui-même. Face à elle, armé d’un coussin rebondi, Valentin la défiait, narquois.

  • À l’attaaaaaaaaque ! cria-t-elle à son tour.

La bataille dura quelques minutes avant que Mia ne capitule sous les chatouilles. Elle se blottit contre son cousin, heureuse de leurs retrouvailles. Au fond, elle le savait : Val pouvait bien faire toutes les bêtises du monde, elle finirait toujours par lui pardonner.

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