Chapitre 15 (2/2)

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3 janvier, 8h30

  • Lève-toi, on va courir. Je t’attends en bas dans dix minutes.

Valentin protesta mollement, encore entre les bras de Morphée. Il émit un grognement sonore à l’adresse de sa sœur et tira la couverture sur son visage.

Joana n’insista pas. Il viendrait. Elle regagna sa chambre et revêtit son survêtement beige, perdue dans ses pensées. Trois jours que ses colocataires se battaient froid, et l'ambiance commençait à lui peser. Mia, d’un naturel discret, réagissait en se refermant sur elle-même. Valentin sautait sur toutes les occasions de sortir. Et toi ? Un vent de tristesse balaya sa poitrine. Cette situation rouvrait les blessures de chacun, ravivait leurs peurs personnelles ; les siennes aussi, même si les deux autres ne le voyaient pas. La jeune femme attacha ses cheveux et vérifia son reflet dans le miroir, se forçant à sourire. Non pas qu’elle se préoccupât de son apparence, mais elle devait s’assurer que son amertume ne transparaisse pas dans son regard. Elle frappa trois coups contre la porte de son frère, passa boire un jus de fruits dans la cuisine et quitta l’appartement.

L’air froid acheva de la réveiller. Elle aimait courir sur les bords de Marne, avant que la ville ne soit trop agitée. Cela lui permettait d’oublier ses soucis, de trouver des solutions aux problèmes ou de réfléchir à ses projets. Une fois par semaine, son frère l’accompagnait. Toujours en râlant, mais cela faisait partie du rituel. Jo songea à son objectif du jour, ayant renoncé à l’espoir que Valentin ait la maturité nécessaire pour régler le conflit sans y être poussé. Son frère possédait un bon fond qu’il mettait un point d’honneur à enfouir sous une montagne de défauts criants. Adolescente, elle se demandait pourquoi ; aujourd’hui, elle avait quelques hypothèses.

Anticipant les habituelles dix minutes de retard de Val, elle en profita pour s'échauffer. Son frère finit par descendre. Il se contenta de tirer légèrement sur sa queue de cheval en guise de salutation puis s’élança sans l’attendre. Jo leva les yeux au ciel, mais ne releva pas. Cela aussi faisait visiblement partie du rituel.

Ils coururent près d’une demi-heure en silence avant que Joana ne décide de s’arrêter. Avec soulagement, Valentin se laissa tomber sur le banc qui lui tendait les bras. Face à lui, l’affluent coulait, tranquille. Les arbres nus s'agitaient dans le souffle froid de la brise. La nature hivernale reposante permettait presque d’oublier que des voitures roulaient quelques mètres plus loin.

  • À ce rythme-là, tu auras bientôt des tablettes de Nutella, le chambra sa sœur.

Trop occupé à reprendre son souffle, il se contenta d’une grimace. En temps normal, il suivait le rythme effréné de Jo sans la moindre difficulté, mais le manque de sommeil et les excès des fêtes ne l’aidaient pas. Il croisa le regard de la jeune femme et poussa un soupir.

  • Allez, je t’écoute. Qu’est-ce que tu voulais me dire ?

Elle sourit.

  • Tu veux commencer par quoi ? La fille qui te met dans tous tes états ou Mia ?
  • Je ne vois pas de qui tu parles.
  • Laura, je crois. Ce n’est pas ce que tu m’as dit l’autre fois ?
  • J’en ai visiblement trop dit. Mais si tu m’as traîné ici pour me parler d’elle, je rentre tout de suite.

Mmhh, c’est plus sérieux que je le croyais. Elle continuerait son enquête plus tard. Si à vingt-deux ans, son frère venait de connaître son premier râteau, il fallait qu’elle le sache et découvre qui était cette incroyable résistante. Un furtif sourire parcourut ses traits. L’histoire s’annonçait croustillante.

  • Tu comptes te réconcilier quand avec Mia ? Votre petite bouderie a assez duré, non ?
  • C’est elle qui refuse de me parler.

Joana s’exaspéra. Ce qu’il pouvait être de mauvaise foi !

  • C’est à toi d’insister. Tu as été odieux avec Tristan. Franchement, il ne t’avait rien fait !

Valentin serra les dents à l’entente du prénom, ce qui n’échappa pas à la jeune fille. Elle vint s’asseoir près de lui, en réfléchissant à la façon d’aborder les choses avec délicatesse. Maintenant qu’il en payait les conséquences, son frère regrettait ses actes, inutile d’y revenir. Cependant, la seule façon d’éviter qu’ils se reproduisent était d’en dévoiler l’origine.

  • Je ne vais pas t’accabler de reproches, bien que tu les mérites. J’aimerais juste que tu m’expliques pourquoi.
  • Je voulais m’amuser, tu le sais très bien, répondit Valentin d’un ton blasé.

Joana eut un petit rire.

  • Tu ne me la feras pas à moi. Que le verre d’eau soit une blague, ok. Par contre ce que tu lui as dit sur ses vêtements, non.

Elle toisa les yeux bleus du jeune homme.

  • Tu as une tonne de défauts, Val, mais tu n’es pas méchant. Pourtant, l’autre jour, sous couvert de provocation, tu as cherché à blesser Tristan.

Aucune once de jugement, ou de blâme dans sa voix, seulement une observation voilée de tristesse. Valentin se tendit, sachant très bien où elle voulait en venir. Joana le pousserait sans hésiter dans ses derniers retranchements pour qu’il soit honnête, elle fouillerait jusque dans les tréfonds de sa conscience pour qu’il avoue ce qu’elle savait probablement déjà. Le tout avec la gentillesse, la douceur et la bienveillance qui la caractérisaient. Redoutable.

  • Pourquoi ? demanda-t-elle.

Il sentait ses prunelles posées sur lui, qui attendaient patiemment qu’il se livre.

  • Je l’ai trouvé louche.
  • Parce qu’il portait des vêtements usés ?
  • Usés ?! Il était fringué comme un clodo !
  • Val !
  • Ne me dis pas que tu ne l’as pas remarqué ? Et puis pourquoi elle lui a filé mes habits, d’ailleurs ?

Joana soupira, exaspérée.

  • Contrairement à toi, je ne juge pas sur les apparences. Ce n’est pas parce qu’il a des difficultés financières que c’est un mauvais gars.
  • Je suis certain qu’il a menti. Qui sait s’il ne trempe pas dans des trafics bizarres ? Je n’ai aucune envie que Mia fréquente ce genre de type !
  • Mia est une grande fille. Elle peut parfaitement choisir sans toi de qui elle s’entoure.
  • Moi, je crois au contraire qu’on lui a assez fait de mal comme ça. Elle n’a pas besoin d’un drogué dans les parages aujourd’hui !

Énervée, la jeune femme secoua la tête.

  • Tristan m’a paru très gentil et pas plus vaseux que toi au réveil ! Tu sais très bien que le problème n'est pas là !

Son frère resta muet, les sourcils froncés. Elle ignora son cœur qui se serrait, et se résigna à mettre des mots sur la réalité.

  • Ton souci, c’est que tu ne supportes pas que ta petite protégée fréquente d'autres garçons que toi.

Il ne répondit pas, heurté par une affirmation qu’il ne désirait pas entendre.

  • Mais elle s’ouvre enfin, Valentin ! Elle ne va pas rester éternellement cloîtrée dans les prisons de son passé.

Comme d’habitude, Joana l'éclaboussait de sa franchise. Parfois, il regrettait presque qu’ils se connaissent si bien. Il haussa les épaules et se releva.

  • Je laisserai un mot dans sa chambre. Si elle ne veut pas me parler, je ne vais pas l’obliger.

Joana comprit qu’elle venait d’obtenir le maximum et n’insista pas. Elle se remit à courir, augmentant sa vitesse progressivement. Malgré sa volonté, la peine causée par leur conversation ne s’atténuait pas. Elle accéléra encore, exigea de son corps un effort soutenu. Courir pour oublier. Son frère se trouvait désormais plusieurs mètres derrière elle, mais peu lui importait. Ses muscles tiraient, ses poumons brûlaient. Parfait. La souffrance physique valait toujours mieux que le chagrin qui la consumait à petit feu.

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