Chapitre 15 (1/2)

5 minutes de lecture

1er janvier, 13h18

Noémia se repassait le film du temps passé avec Tristan. Aurait-elle dû lui proposer de rester ? Elle voyait mal comment, avec son imbécile de cousin qui faisait des siennes. Arrête de te culpabiliser, tu ne pouvais rien faire de plus. La jeune femme se retourna sur son lit.

Elle se demandait ce que faisait son ami, à quoi il pensait. Bien qu’ils ne se soient pas quittés en mauvais termes, elle craignait qu’au fond, Tristan ait été blessé par les propos de Valentin, ce qu’elle aurait compris sans mal.

Mia repensait aussi à ses doutes. Lorsque Tristan avait effleuré sa joue, en repartant, elle n’avait pas eu peur, bien au contraire. Comment un jeune homme si doux pourrait-il être violent ? Elle savait reconnaître les alarmes qui sonnaient dans sa tête en cas de menace, et la présence de Tristan ne les déclenchait pas. Alors pourquoi une réaction si brusque de son ami après la blague de Val ? Un réflexe ? Il a sans doute appris à se défendre à force de dormir dans la rue… L'étudiante enfonça sa tête dans l’oreiller. Était-elle prête à revivre ses cauchemars si son intuition la trompait et que Tristan se révélait moins parfait qu’il n’y paraissait ? La jeune fille alluma son baladeur, espérant que la musique couvre ses pensées contradictoires. Non, je suis certaine qu’il ne ferait pas de mal à une mouche.

1er janvier, 13h20

Valentin frappa et pressa la poignée sans attendre de réponse. Après le départ de Tristan, Mia s’était enfermée dans sa chambre. Deux heures plus tard, il jugeait le moment venu de crever l’abcès. À la grande surprise du jeune homme, la porte s’ouvrit sans difficulté.

  • Je peux entrer ?

Étendue sur son lit avec ses écouteurs, les yeux dans le vague, Noémia ne répondit pas. Val s’approcha et s’assit à côté d’elle.

  • Je sais que je suis allé trop loin ce matin. Je ne voulais pas vexer ton ami, ni te mettre mal à l’aise… Sorry.

Volume au minimum, Mia écoutait attentivement, mais resta impassible. Si elle ne tremblait plus de fureur, elle se sentait toujours capable d’exploser d’une seconde à l’autre. Les dernières paroles de Val rugissaient encore dans ses oreilles. Quel crétin !

  • Tu es vraiment fâchée, hein ?

Valentin se crispa. Noémia ne disait toujours rien, mais il ne se découragerait pas. Pas avec elle. Sa gueule de bois ne diminuait pas et la dispute avec sa cousine lui donnait mal au ventre. L’année commençait bien. Il posa une main sur l’épaule de la jeune femme.

  • Écoute, je sais que c’était très déplacé et que je n’aurais jamais dû lui dire ça, surtout que je ne connais pas sa situation financière. Mais je ne le pensais pas vraiment, j’avais super mal à la tête et…
  • Et tu vas mettre ça sur le compte de l’alcool, maintenant ?! le coupa-t-elle, ulcérée.

Elle se redressa si brusquement qu’il sursauta. Jamais il ne l’avait vue si furieuse.

  • Tu as ramené je ne sais combien de filles ici et ça s’est toujours bien passé. Il suffit que j'invite UNE fois quelqu’un pour que tu sortes le grand jeu ! Tu l’as aspergé d’eau dans son sommeil, sans qu’il n’ait rien demandé, et ensuite, au lieu de te faire oublier, tu n'as rien trouvé de mieux que de le provoquer et l’humilier devant nous ! Tu ne le connais pas, tu ne sais rien de lui ni de ses difficultés !

Elle hurlait presque, tandis que ses joues se couvraient de larmes. Valentin serra les dents. Il n’accepterait jamais que quiconque lui parle sur ce ton, sauf elle, évidemment. Chacun de ses mots lui faisait l’effet d’un coup de fouet. Un mélange de colère, d’amertume et de chagrin lui noua la gorge.

  • Tu es juste insupportable, acheva-t-elle la voix brisée. Laisse-moi.

Il la fixa de ses yeux tristes sans esquisser le moindre geste vers la sortie.

  • Je peux faire quelque chose pour me rattraper ? Un message par exemple ?

Un message… Avec n’importe qui, elle aurait envoyé un texto depuis des heures. Elle en mourait d’envie. Cependant, Tristan ne possédait probablement pas de portable et dans le cas contraire, elle ne connaissait pas son numéro. Désirerait-il toujours la revoir après ça ?

Valentin glissa un doigt sur sa pommette humide. Ce geste lui rappela encore une fois Tristan et elle se dégagea vivement avec un regard noir. Une expression blessée traversa le visage de son cousin et, malgré sa colère, Mia comprit que son rejet l’avait touché. Tant pis pour lui, il n’a qu’à grandir un peu. Au fond, elle aurait pu dire à Val que son énervement passerait et qu’elle ne lui en voudrait bientôt plus, mais elle n’en avait pas envie.

Val se leva, exaspéré par le mutisme de la jeune femme : il n’allait pas attendre dix ans. Il ne s’excusait déjà pas souvent, mais qu’on ne lui réponde pas, c’était inédit ! Les pleurs et bouderies des filles ne l’atteignaient plus depuis bien longtemps et il détestait qu’on ne lui accorde pas ce qu’il demande : Noémia n’aurait qu’à venir le trouver quand elle le voudrait et il verrait bien, selon son humeur du moment, ce qu’il lui dirait.

Il sortit sans se retourner, s’efforçant d’ignorer la douleur qui comprimait sa poitrine. Mia ne l’avait jamais repoussé. D’un autre côté, il ne se rappelait pas l’avoir un jour fait pleurer, pas même durant leur enfance. Valentin s’arrêta devant sa chambre, sans la moindre énergie. Tout son corps trahissait ce qu’il s’évertuait à nier : Mia était son talon d’Achille. Exaspéré, il attrapa son téléphone et fit défiler les fils d’actualités de ses réseaux sociaux. Et s’il n’arrivait pas à réparer ses bêtises ? Qu’elle refusait définitivement de lui parler ? Un frisson le parcourut. Non, sa cousine tenait à leur relation, et ce ne serait pas une petite phrase ou un squatteur sorti de nulle part qui changerait cela.

1er janvier, 21h46

Tristan avait erré toute la journée. Il songeait à ces quelques heures de répit inattendu et s’interdisait d’être déçu quant à la façon dont elles s’étaient terminées. C’était déjà bien. Lors de son départ, Mia semblait affectée par le comportement de son cousin. Que lui avait-elle dit ensuite ? Depuis le début, Valentin suscitait en lui des émotions négatives : il le détestait autant qu’il l’enviait. Même s’il ne supportait pas le ton fier sur lequel Valentin s’en vantait, son statut de futur ingénieur l’impressionnait. Bien qu’il trouvât odieux l’air suffisant du jeune homme, il ne pouvait nier son charme incroyable. Cela l’énervait au plus haut point. Le cousin de Noémia avait tout pour lui, ce qui le rendait d’autant plus insupportable.

Tristan finit par se réfugier dans la relative chaleur du métro. Les questions s’entremêlaient dans son esprit. Où dormirait-il ce soir ? Avait-il vraiment faim ou pouvait-il attendre jusqu’au matin pour s’acheter quelque chose ? Quelle attitude devrait-il adopter avec Mia ? D’ailleurs, qu'y avait-il entre eux ?

Ils ne se retrouveraient peut-être pas avant la fin des vacances scolaires et il se demandait comment cela se passerait alors. Pendant une soirée, il s’était senti comme n’importe quel jeune homme de son âge, le fossé entre eux avait disparu. Mais s’il revoyait Mia dans un autre contexte, dans les circonstances « habituelles », comment se comporteraient-ils ? Ses doutes portaient autant sur sa réaction que sur celle de son amie. Trop fatigué pour y réfléchir, il se résigna et laissa ses pensées vagabonder. Souvent, il s’empêchait de rêver à une autre vie, cela lui faisait trop mal. Toutefois en ce début de soirée, il s’autorisa une exception et ferma les yeux. Il avait besoin de s’évader et connaissait la compagne idéale pour l'accompagner.

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