Chapitre 12

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Tristan entra dans le salon, relaxé. Après moult hésitations, il avait enfilé les habits apportés par son hôtesse, et s’était même permis, un peu honteux, d’utiliser une demi-goutte du parfum posé en évidence sur le lavabo. Propre, rasé et correctement vêtu, il se sentait bien mieux, presque... différent.

Saisie par le changement, Mia ne put s’empêcher de détailler Tristan de haut en bas. Le tee-shirt blanc mettait son torse en valeur, le col en V laissait entrevoir ses clavicules. Sa mèche brune, encore mouillée formait une houppette au dessus de son front qui lui donnait un adorable air de Tintin. Noémia nota sa mâchoire carrée avant de détourner la tête, gênée de l’avoir reluqué ainsi. Mais ce n’était pas seulement l’apparence de son ami qui différait, ce qu’il dégageait aussi. Confiant, il se tenait plus droit, le regard assuré.

  • Merci beaucoup, en tous cas.

Et sa voix était plus ferme. La sensation étrange au creux de son ventre chatouilla à nouveau Mia. Reprends-toi.

  • Tu n’allais pas quelque part ? s’informa-t-il en s’apercevant qu’elle avait troqué sa robe de soirée contre un legging et une tunique.
  • Une fête chez des potes, répondit-elle d’un ton blasé.
  • Tu ne vas pas être trop en retard ?
  • J’ai annulé. Je n’avais aucune envie d’y aller.

Mia quitta le sofa au moment où Tristan s'y asseyait. Maintenant, c’était à son tour d’être mal à l'aise. Elle n’avait pas prévu que Joana serait absente. Sa cousine trouvait toujours quoi dire pour combler les blancs gênants et détendre l'atmosphère. Pas comme moi, quoi. Et puis, un chaperon l’aurait bien arrangée. Elle s’exhorta au calme. Tristan ne lui sauterait pas dessus et s’ils s’ennuyaient, ils joueraient à un jeu de société ou regarderaient une série.

  • Tu veux boire quelque chose ? proposa-t-elle. Jus de pomme, raisin ? Bière?
  • Je ne bois pas d’alcool, mais je veux bien un jus de pomme.

Il l'accompagna à la cuisine, hésitant à poser la question qui le démangeait.

  • Ta cousine n’est pas là ?

Les doigts de Mia se crispèrent autour de la bouteille, ce qui n’échappa pas à Tristan.

  • Elle est sortie.

Devant la tension de son hôtesse, il chercha les mots pour la rassurer mais ne les trouva pas. Un silence tendu s'installa.

  • Tu veux que je m’en aille ? demanda-t-il finalement.

Mia sursauta.

  • Non, non ! Pourquoi ?
  • Alors, cesse de t’inquiéter, d’accord ? souffla-t-il avec un sourire désolé.
  • Je ne m’inquiète pas ! protesta-t-elle en rougissant.

Il ne releva pas et prit place de l’autre côté de la table. À cette distance, peut-être finirait-elle par se détendre.

31 décembre 23 h 15

Ils discutaient de tout et de rien depuis près d’une demi-heure. Noémia avait fini par oublier ses appréhensions. Tristan s’intéressait à des sujets aussi variés que nombreux et l’étendue de ses connaissances l’impressionnait. Pour la troisième fois, elle se rabroua. Pourquoi serait-il forcément ignare sous prétexte qu’il vivait dehors ? Son ventre qui menaçait de gargouiller la tira de ses réflexions.

  • Je commence à avoir faim, déclara la jeune femme en s’étirant. On peut commander des pizzas, ou sinon...

Elle se leva et ouvrit le réfrigérateur.

  • Tu as du saumon ? s’enquit Tristan.
  • Surgelé.
  • Pâtes ? Crème ? Oignons ? Miel ? Aneth ?
  • Euh. Tu mets du miel dans des pâtes au saumon ?

Tristan s’approcha avec une expression provocatrice.

  • Oublie ça. C’est le secret de la recette, je ne devrais pas te le révéler !

Il attrapa les ingrédients dans le frigo ouvert et avant que Mia n’ait esquissé le moindre geste, alla se laver les mains.

  • Tu vas déguster les meilleures pâtes au saumon de toute ta vie.
  • Rien que ça, répliqua-t-elle, d’un ton volontairement dubitatif.

Tristan haussa les épaules, sûr de lui. Les souvenirs des temps où il cuisinait avec Nora lui revenaient. Véritable cordon-bleu, elle lui avait enseigné quelques unes de ses spécialités, et les séances gastronomiques se révélaient immanquablement sources de fous rires. Il chassa ces images avant qu’elles ne deviennent douloureuses.

  • Je peux t’aider ?
  • Tu peux couper l’oignon.

Noémia s’exécuta. Le monde qui la séparait de son invité semblait avoir disparu. Dans les habits de Valentin, dans ce contexte familier, Tristan ressemblait à tous ces étudiants qu’elle croisait à la fac. En plus d’être cultivé, il était sympathique, attentionné et très poli. Sans parler de son humour. Les larmes inondèrent bientôt ses joues et elle dut s’arrêter. Elle sentit plus qu’elle ne vit Tristan la rejoindre. Il se positionna à quelques centimètres d’elle et son cœur accéléra bêtement.

  • Tu t’y prends mal, lui dit-il d’une voix douce.

Elle se recula et essuya ses yeux d’un revers de manche.

  • Premièrement, il faut mouiller l’oignon, le couteau et tes mains. Les molécules lacrymogènes sont attirées par l’eau. Si elles en rencontrent avant d’atteindre ton visage, elles ne te feront pas pleurer. Ensuite, en coupant comme ça, tu seras plus efficace et ça cuira plus vite.

Il joignit le geste à la parole, et Mia ne put que constater qu’il avait raison. Il est beau, drôle et il coupe super bien les légumes. Elle réprima un rire en comprenant que son cas était désespéré : elle craquait bel et bien pour lui.

31 décembre 23 h 28

Mia riait dans les bras d’un jeune homme, grand, blond et musclé. Sa robe de plage flottait dans le vent et une longue natte lui retombait sur l’épaule. Magnifique. L’éclairage de la photo laissait deviner le coucher du soleil. Un décor idyllique. Tristan reposa le cadre, la gorge serrée. Il se sentait jaloux, triste, malchanceux. Durant un instant, il s’imagina à la place de cet homme plus beau, plus musclé, passant des vacances au bout du monde. Cet homme qui faisait sûrement des études cool, avait un petit boulot cool, un studio cool et une petite amie cool. Il trouva la vie profondément injuste.

  • C’est ton copain ?
  • C’est mon cousin, Valentin.

Il lui sourit d’un air goguenard. Pourquoi lui mentait-elle ?

  • C’est pour ça que tu as aussi une photo de vous deux collés-serrés en fond d’écran ?
  • Tu es observateur, dis-moi ! susurra-t-elle, ironique. J’aime bien cette photo. Elle est très utile : quand un mec me drague, je fais en sorte qu’il la voie.

Tristan se sentit particulièrement idiot d’être tombé dans le panneau. Mia fit défiler les autres photos sur l’écran de son téléphone. Celles avec Joana et Valentin, dont elle lui conta en soupirant les nombreuses conquêtes féminines, et celles avec ses amis à Bordeaux.

  • Et toi, tu as des photos ?
  • Non, mentit Tristan.

Il songea à celles au fond de son portefeuille. Maïa soufflant trois bougies, Nora blottie contre lui à la fête foraine et la photo de famille, prise au restaurant après le bac de Marc. Il détestait les regarder.

1 janvier, 0 h 20

Tristan était installé avec elle sur le canapé. Il semblait happé par l’épisode de Stargate, alors qu'elle ne savait même pas de quoi il traitait. Mia se remémorait le dîner. Ils avaient passé un bon moment, et très bien mangé. À son air émerveillé après la première bouchée, Tristan avait arboré un sourire satisfait avant de la forcer à reconnaître qu’il s’agissait des « meilleures pâtes du monde toutes catégories confondues ». Deux fossettes apparurent sur les joues de la jeune fille. Pour la énième fois, son regard glissa vers lui. L’envie de poser la tête sur son épaule la titilla encore. Elle porta un ongle à sa bouche, nerveuse. Jamais elle n’oserait un acte si familier.

  • Vas-y, il ne va pas te manger !
  • Mais s’il me repousse ? En plus, il va croire des choses bizarres.
  • Bizarres ?
  • Oui. Que je le drague ou que je veux quelque chose.
  • Et ce n’est pas le cas ?
  • Non ! Enfin, si. Enfin, ce n’est pas aux filles de faire le premier pas.
  • Quelle vision moyenâgeuse.
  • Et puis même, il est SDF et moi je…
  • Toi tu es une froussarde. On parle juste d’un rapprochement discret et de poser une oreille sur un pull, là.

Mia s’exaspéra. La proximité de Tristan l’attirait, la déroutait, l’apaisait tout en même temps. Et la série touchait à sa fin. Bon, décide-toi.

Le cœur du jeune homme accéléra lorsqu’il sentit Mia s’appuyer sur son épaule. Il ne l’aurait pas cru capable d’un tel geste. Tristan ne cessait de s’étonner de la confiance qu’elle lui témoignait. Après tout, tant mieux. Il sentait chez Noémia une fragilité qu’il ne s’expliquait pas. Elle était vive d’esprit, distrayante et gentille, et possédait toutes les qualités pour avoir confiance en elle. Pourtant, par moment, elle lui semblait hésitante et craintive, comme si quelque chose l’effrayait... Tu réfléchis trop. Tristan passa doucement son bras par-dessus l’épaule de Mia, qui ne broncha pas. Depuis quand n’avait-il pas tenu une fille contre lui ? Des mois et des mois. Il apprécia la chaleur de sa joue contre sa clavicule, les chatouilles de ses cheveux dans son cou, et il se souvint combien c’était délicieux.

Puis Valentin et ses innombrables amantes s’invitèrent dans son esprit. Sans raison, ce cousin lui était antipathique. Le jeune homme saisit sur son torse une des mèches brunes de Noémia. Inconsciemment, il la fit rouler entre ses doigts. Des images remontaient à sa mémoire. Sa mère, Nora, le Cora, le rire mauvais des voleurs de Pikachu. Il les repoussa. Penser à autre chose qu’à cet instant le gâcherait.

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