Chapitre 5 : Un vide infini

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 Après avoir sorti et rangé toutes ses affaires de sa valise, Lucas s'affale dans son lit, repensant aux événements de la journée. Donc, je me suis fait abandonner par mes parents, taser, frapper et maintenant, je suis seul, récapitule l'adolescent, déjà fatigué alors que l'horloge au-dessus de sa porte indique qu'il n'est que onze heure vingt-et-une. Bientôt, il va devoir manger au réfectoire, ce qui lui fera se sentir mieux, il verra de nouvelles personnes, ça lui changera les idées.

 Son ventre fait de petits gargouillis. Le déjeuner m'appelle, se dit-il en souriant. Mais une force inconnue le retient allongé contre le lit. Il ne peut plus bouger, ses muscles ne répondent plus. Une panique soudaine l'envahit, mais impossible de sortir le moindre son de sa bouche. Sa gorge devient sèche et irritée, ses yeux se révulsent, sa vision devient floue puis tout devient noir. La chambre disparaît, laissant place aux ténèbres. Lucas flotte dans le vide. Avec énormément d'effort, il réussit à reprendre le contrôle de ses yeux, mais il n'y a rien à voir, tout est plongé dans les ténèbres.

 Une vive douleur lui perfore le ventre, il aurait voulu hurler de douleur, mais ses cordes vocales semblent comme coupées. Il n'arrive pas à bouger, son corps ne répond plus du tout. Avec horreur, le garçon remarque le sang qui sort de son abdomen en trombe. Son cœur bat si fort et rapidement que le garçon a l'impression que celui-ci va éclater.

  — Tu veux vraiment que ça se finisse comme ça ? demande une voix grave venue de nulle part.

 Malgré la panique et la douleur, l'adolescent tente de se calmer pour pouvoir éclaircir ses idées. Ça lui permettrait sûrement de mieux comprendre la situation. Où est-il ? Que se passe-t-il ?

  — Tu peux éviter ça...

 Lucas voudrait répondre, lui crier d'arrêter tout cela, l'insulter de tous les noms, mais à chaque fois qu'il tente de sortir le moindre mot, son coup convulse et il crache plusieurs giclées de sang.

  — Tu ne comprends pas... c'est trop tôt.

 Soudain, une main surgit de nulle part et lui agrippe le bras droit.

  — Non ! Tu restes avec moi, Lucas, reste avec moi ! résonne une voix féminine, qui semble étrangement familière à l'adolescent. Tu n'as pas le droit de m'abandonner comme ça !

 Une autre main arrive et lui attrape sa jambe gauche.

  — Nous nous reverrons quand tu seras prêt ! reprit la voix grave.

 Une dizaine de mains l'empoigne et l'attire brusquement vers le bas, dans une chute vers l'inconnu. Plusieurs voix retentissent dans son crâne, elles le font souffrir le martyre. Sa douleur devient de plus en plus insoutenable et son hémorragie s'amplifie.

 Mais au fur et à mesure de sa chute, l'adolescent remarque que les voix finissent par disparaître, ses douleurs s'apaisent, un froid l'envahit, l'hémorragie s'arrête peu à peu, ses pensées s'effacent, son cœur bat de moins en moins vite. Pour lui, ce n'est pas désagréable, au contraire, c'est comme si plus rien ne le retenait, une sorte de liberté, de repos paisible. Puis après quelques instants, plus rien, juste les ténèbres, le vide infini...

                     *
  — Réveille-toi...

 Lucas ouvre lentement les yeux alors que quelqu'un le secoue pour qu'il reprenne conscience. L'adolescent s'habitue difficillement à la lumière du jour puis observe les alentours, tout est redevenu normal. Il reste quelques instants allongé, Oméga se tient juste à côté de lui, assis en squat à l'observer, la main tendu vers son épaule. L'adolescent sursaute, surpris par la présence de son professeur dans sa chambre.

 Ayant repris entièrement ses esprits à cause de la peur, l'albinos se rend compte de la situation qui est étrange.

 — Qu'est-ce que vous fichez ici ?

 — Heuuuuu... je...

 — Attendez vous étiez en train de m'observer dormir, là ?!?

  — J'étais venu te dire que tu devais aller à la cafétéria pour manger, calme toi. Tu sais tout le monde t'attend là-bas, je ne veux pas dénoncer, mais je crois qu'il te prépare une surprise, sourit Oméga, après quoi, il reprend un air sérieux. Alors je suis rentré pour te pouvoir te le dire mais tu était endormi et tu avais l'air de faire un cauchemar, j'ai préféré te réveiller.

 Oméga est stupéfait en voyant que des gros cernes sont apparus sur le visage de son élève.

  — Ha bon ? s'étonne Lucas en se calmant et en essayant de se rappeler de son cauchemar, mais pas moyen de s'en souvenir.

 Le professeur l'aide à s'asseoir, Lucas relève le fait qu'il a l'air troublé et inquiet. Il lui demande donc ce qui ne va pas et Oméga pointe du doigt son visage. Pas besoin de plus d'explications, l'albinos a compris, ses yeux sont encore rouges. Il décide de ne pas y prêter attention, ça finira par partir tout seul.

 L'humanoïde lui tend sa main et lance d'un air enjoué :

  — Allez, viens, ne les faisons pas trop attendre ! Il est déjà midi.

 Lucas accepte son aide et avec une grande facilité celui-ci le soulève en l'air puis lui fait reprendre pied. Ce qui fait surprend l'albinos qui titube un peu le temps de s'habituer à être debout.

  — Pardon, parfois, je ne maîtrise pas ma force, s'excuse-t-il en se dirigeant vers la porte pour l'ouvrir et partir, accompagné de l'adolescent.

 Oméga avait fait son choix, il refuse de tuer quelqu'un qui n'a encore rien fait. Au moment, même où il est entré dans la chambre et qu'il a pointé son arme vers le garçon, il ressentit que tout en lui criait qu'il devait en terminer avec Lucas, sur-le-champs. Mais, en voyant son élève dormir, il revit Vulgor, entendit de nouveaux sa voix, sentit sa présence, se rappela de leurs entraînements... puis, dans un excès de colère il faillit tirer mais à cet instant même, il se souvint du dernier sourire de Vulgor, de son cadavre allongée dans une flaque de sang, des balles qui avait troué sa chair. Alors, lentement, Oméga baissa son bras et observa quelques instants le garçon. Et pourquoi pas ? se demanda-t-il. Pourquoi ne pas réessayer ? Pourquoi ne pas tenter de nouveau ?

 Voilà pourquoi il n'a pas tiré, l'espoir l'avait envahi de nouveau, celui de pouvoir enfin réussir à aider un Instable. Et alors qu'ils traversent les couloirs, Oméga décide de discuter avec l'adolecsent et pour une raison qu'ils ignorent, le professeur ressent de la tristesse. Plus le garçon parle, plus l'humanoïde a l'impression de revoir Vulgor. Oméga comprend sur le moment qu'il ne pourrait pas s'empêcher de s'attacher au garçon, ce qui lui fait d'abord un peu peur, mais cette appréhension disparait très vite. Il apprécie de parler à Lucas, pour lui, c'est comme pouvoir adresser la parole à son élève défunt, car oui, les deux se ressemblent en tout point...

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