Chapitre 2 : Oméga

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 C'était fini. Son ancienne vie, bien que peu agréable, s'en était fini. Ces rêves, ces projets d'avenir, tout ça, c'était déjà loin derrière lui. Et lorsque le sas s'est refermé derrière lui, il l'a entendu, le glas qui sonnait la fin de sa liberté. Alors, comme-ci il est en deuil, il remet sa capuche, baisse la tête et s’agrippe nerveusement le poignée. Il reste silencieusement ainsi à attendre que le professeur en question vienne le chercher afin qu'il lui fasse une présentation des lieux.

 En attendant, Lucas repense aux mots de madame Kassidy : « Peu importe qui ils étaient et ce qu'ils ont fait, désormais tu seras loin de ses deux crétins et cet établissement deviendra ta famille, une famille aimante et chaleureuse, et pas comme les autres. Tu verras, celle-ci est très spéciale. ». Ces mots se répètent sans cesse dans sa tête faisant battre son cœur plus rapidement, il aimerait tellement en avoir une de famille aimante. Il lutte pour ne pas trop y penser, ne pas avoir trop d'espoir surtout, de peur d'être déçu.

 Pour se changer les idées, le garçon décide d'examiner les lieux et regarde à sa droite pour voir un long couloir mal éclairé, car il est muni de peu de fenêtres et que les néons au plafond sont cassés. Il y a des dizaines de cadres exposant des photos, sûrement celles des anciens apprentis super-héros de cet établissement. Lucas jette ensuite un œil en face de lui et voit une porte de verre menant à un vaste jardin au centre duquel se trouve un gigantesque arbre. Plusieurs, plantes et fleurs colorées rendent l'endroit vraiment joli. Un dôme de verre vient recouvrir le tout, laissant les rayons du soleil illuminer ce petit paradis. Puis, l'adolescent tourne son regard vers sa gauche, c'est un autre couloir où se trouvent des portes numérotées comme dans les collèges. Une liste est accrochée au mur, montrant tous les super-héros formé ici et qui sont mort sur le champ de bataille. Un bouquet de fleurs a été déposée devant.

Voilà une liste que je préférerais bien éviter, se dit l'albinos en essayant de lire les prénoms de loin.

 Tout à coup, une aura menaçante, qui se rapproche à sa droite, le sort de ses pensées. Il se retourne et voit une silhouette masquée par l'obscurité dont seuls les yeux rouges sont clairement visible. À chacun de ses pas un bruit lourd, presque mécanique, retentit. Plus l'ombre s'approche, plus le sol se met à trembler.

 — Alors, c'est toi, le petit nouveau, hein ?

 Pas de réponse. Le garçon recule, fronce les sourcils et guette le moindre mouvement du titan qui se tient face à lui.

 — Allons, ne soit pas si tendu, Lucas. Je ne te veux pas de mal, je suis juste là pour te faire visiter l'établissement.

C'est mon professeur ? Se demande l'albinos. Pourquoi il possède une aura si effrayante et imposante.

 La silhouette sort des ténèbres et alors, Lucas le voit. C'est un humanoïde, il fait à peu près deux mètres de hauteur. Il est noir, quelques tuyaux rouges ressemblant à de grosses veines transparente sont visible à certains endroits. Le robot a été construit pour intimider, voire même pour terroriser l'ennemi. Sa taille, le fait qu'on lui a fait des muscles, sa voix grave qui ressemble à celle d'un homme d'une quarantaine d'années, ses yeux rouge sang qui brillent... tout en lui inspire la peur.

 — Je serais ton professeur pour le restant de ta formation dont la durée est indéterminée. Ensemble, on cherchera comment dompter tes pouvoirs, on apprendra à se battre et à tirer avec des armes à feu, je suis un spécialiste à ça, shooter sur les vilains, c'est mon dada.

 Étrangement, sa maniére de parler contraste avec son physique, Lucas s'attendait à entendre quelqu'un de plus sérieux, de droit, comme un robot sans âme qui suivrait les régles à la lettre et qui n'oserait jamais faire de blague. Mais le garçon le trouve presque sympathique.

 — Comment vous appelez-vous ? Demande l'adolescent en baissant sa garde.

 — Ha ! Bah, moi qui pensais que t'était muet vu ton silence ! S'exclame le professeur en riant. Moi, c'est Oméga ! D'ailleurs, tutoie-moi, ce sera tellement plus simple et plus confortable, surtout qu'on va rester quelques années ensemble.

 L'albinos est assez déstabilisé par cette réaction. En général, les professeurs qu'il a eus étaient beaucoup plus stricts et avaient l'air plus sérieux. C'est donc ça un professeur pour super-humains... s'étonne Lucas en son for intérieur.

  — Bon, j'ai une tradition avec les petits nouveaux, je leur serre la pince.

 Oméga tend sa main, Lucas la lui attrape, mais il ressent instantanément une décharge électrique et retire sa main pour la secouer pendant que l'humanoïde, lui, se tord de rire.

 — Cette blague marche toujours avec ceux qui débarquent !

 Pour une raison qu'il ignore, Lucas se sent heureux alors qu'il vient de se faire avoir. Peut-être parce qu'on lui a jamais fait de blague comme ça. Alors avec un petit sourire, il lui demande :

 — Vous tasez tous vos élèves comme ça ?

 — Oui, c'est pour voir la réaction, et de toutes celles que j'ai vu, la tienne est l'une des plus surprenantes, répond Oméga en retrouvant son calme.

 — Quoi ? Comment ça ?

 — Tes yeux. Ils sont devenus comme les miens, rouges fluorescents.

 — Ho... c 'est normal, mon pouvoir change leurs couleurs parfois.

 Lentement, l'albinos se dirige vers l'un des cadres photo pour voir ses yeux dans le reflet. Ces yeux. Ceux qui lui ont posé tant de problèmes. Ses yeux.

 Et alors qu'il se fixe, sans s'en rendre compte, un souvenir refait surface, celui du jour où sa vie a commencé à s'effondrer. Toute l'agitation, tous ces cris, ces regards, cette panique et puis, cette voix, surtout elle, celle qui se réjouissait, hurlait de joie, celle qui lui chuchotait de continuer, d'aller plus loin.

 — Lucas ? s’inquiète l'humanoïde en voyant que l'adolescent ne bouge plus, ce qui le sort de ses pensées. Il faut qu'on commence la visite, tu viens ? Tu peux laisser ta valise ici, quelqu'un viendra la chercher pour les emporter dans ta chambre.

 Le garçon jette un dernier coup d’œil à son reflet, revoit ses yeux rouges, se concentre, ferme les yeux puis les rouvre en voyant avec satisfaction que ses yeux sont redevenus normaux.

 Oméga montre la voie. Lui explique que les portes numérotées correspondent aux salles de cours mais, qu'elles ne servent presque à rien.

 — Ici, on favorise la pratique et non la théorie, explique-t-il avec une certaine forme de fierté et de joie.

 Puis, il lui montre où se trouvent le dortoirs des garçons, le self, le jardin, les toilettes, le dojo, la piscine, le cinéma, la salle de musculation, le stand de tir... Lucas remarque à quel point le lieu est immense.

 — Tu va passer ici plusieurs années sans avoir aucun lien avec l'extérieur, donc le lieu a était aménagé pour être très plaisant, dit-il en voyant que la perplexité de Lucas.

 Puis, ils traversent un couloir et arrivent devant une porte non numérotées, ils entrent et le garçon découvre une chambre avec un lit sur lequel se trouve déjà ses affaires, une commode et un petit bureau.

 — Voilà, tu dormiras ici à présent.

 — Attend, je dors pas avec les autres au dortoir ?

 — Non, ordre de madame Kassidy.

 — Pourquoi ?

 — Je sais pas moi, elle m'a juste dit que dois dormir ici, c'est tout.

 Lucas souffle, un peu déçu. Oméga lui donne une tape sur l'épaule qui l'aurait envoyé contre le mur s'il n'avait pas vu venir le coup venir.

 — T’inquiète ! Tu les verras bientôt, tes nouveaux camarades ! Sur ce, je te laisse t'installer.

 Puis, l'humanoïde sort de la chambre pour laisser l'adolescent seul.

Alors, comme ça, il serait son fils... pense Oméga en traversant un couloir. Bien ! Je garderais un œil sur ce petit, si jamais il dérape, je sais ce que j'ai à faire... madame Kassidy a raison, le mal est en lui et personne n'y peut rien...

*

  L'un des agents d'entretien râle devant les cadres photo en voyant que l'une d'elles est mal placée. Il lâche un juron, en tant que véritable maniaque, il a en horreur le désordre. Alors avec beaucoup de précaution, il la remet correctement. En y regardant de plus près, il voit qu'une légère fissure s'est formée sur le verre. Alors, il attrape le cadre et le pose sur son chariot d'entretien afin de l'emmener à l'accueil, eux, ils seront quoi faire pour le réparer. Puis l'agent attrape un chiffon pour nettoyer les autres cadres et se met au travail.
 Un petit bruit étrange retentit, un genre de petit craquement. Il provient du chariot et plus précisément de la photo qu'il vient de poser. Étonné, il approche lentement et voit alors que la fissure grandit petit à petit.
 — C'est quoi ce...
 Le cadre éclate, projetant des morceaux de verre un peu partout. Pris par surprise, l'homme sursaute, glisse et tombe sur les fesses. Et comme, s'il y avait un effet domino, les autres photos éclatent une à une avec violence.
 Une fois l'étrange phénomène terminé, l'agent se relève tout tremblant et chuchotant :
 — Faut vraiment que je change de métier...

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