Chapitre 28

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Les cheveux éparpillés sur l’oreiller, Neil serré contre lui, Ronan dormait déjà profondément lorsqu’Avril ferma la porte de la chambre. En descendant l’escalier, elle entendit Raphaëlle et Tim débattre dans le salon au sujet du film à regarder. Ce dernier réclamait Retour vers le futur tandis que Raphaëlle défendait Gremlins.

— Avril, je t’en supplie, mets fin à tout ça, j’en peux plus ! s’écria Hippolyte la tête dissimulée sous un coussin.

Face à l’air suppliant de ses deux amis, Avril se trouva incapable de les départager.

Le Seigneur des Anneaux ? proposa-t-elle.

Si Hippolyte était emballé par cette idée, son frère et sa petite-amie n’étaient absolument pas enthousiastes et la discussion reprit son cours avec un troisième film en lice.

Assis dans son fauteuil, Etienne se demandait s’il devait dire à ses amis ce qu’il avait sur le cœur, où s’il valait mieux attendre. Il ne cessait de se torturer depuis ses confidences à Avril, deux jours auparavant, mais était incapable de laisser les mots franchir ses lèvres. Il ne savait même pas par où commencer. Levant la tête, il croisa le regard de son amie qui vit dans ses yeux le doute qui s’installait en lui. Elle sourit et hocha doucement la tête, l’invitant à poser son fardeau.

— Je suis gay.

Le silence s’installa dans la pièce, Raphaëlle, Tim et Hippolyte le regardèrent, surpris.

— Pardon ? murmura Raphaëlle.

— Ouais, je suis gay. Je l’avais dit à notre grand-père, il m’a traité de fiotte, du coup j’ai rien dit à personne.

— Etienne…

— C’est moi qui ai appelé le beau-père d’Avril.

— Pardon, quoi ?! s’exclama Tim.

Avril observait la scène en retrait, estimant qu’elle ne devait pas intervenir, Etienne devait faire ce bout de chemin seul. Différentes émotions passaient sur les visages de ses amis qui se transformaient en kaléidoscopes émotionnels.

— Pourquoi t’as fait ça ? murmura Raphaëlle.

— Je sais pas. J’avais peur d’être éclipsé, mis de côté. Je la voyais prendre sa place parmi nous et je me suis dit que vous alliez m’oublier. J’arrivais pas à être avec vous à cent pour cent, y avait toujours cette petite voix qui me disait « Dès qu’ils sauront, ils réagiront exactement comme ton grand-père ». J’ai un peu rejeté ma peur sur elle.

— T’étais au courant ? demanda Tim en se tournant vers Avril.

— Oui. Il est venu me le dire il y a deux jours, mais je m’en doutais.

— Et ? C’est tout ? Tu lui pardonnes ?

— Oui. Bien sûr que oui. Il faut beaucoup de courage pour assumer ses erreurs.

Tim observa longuement Avril, indécis quant à l’attitude à adopter. Il tergiversait encore lorsque son frère s’exprima pour la première fois depuis l’aveu d’Etienne, faisant sursauter tout le monde. Des larmes de colère coulaient sur ses joues.

— Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre que tu sois gay ?! Tu te rends compte de ce que t’as fait ?! Mais comment t’as pu être aussi con ! Tu me dégoûtes !

Hippolyte se leva précipitamment avant de sortir de la maison, se fondant dans la nuit.

— Tu aurais dû nous le dire Etienne. Tu aurais dû nous faire confiance.

— C’est en moi que j’ai pas confiance, murmura le jeune homme.

Raphaëlle quitta la pièce à son tour, appelant son petit-ami dans l’obscurité. Après avoir longuement regardé son ami, Tim décida de sortir à son tour, frappant le chambranle de la porte au passage. Etienne resta assis dans son fauteuil, semblant rétrécir à vue d’œil. Alors qu’Avril s’apprêtait à le rejoindre, il se leva et monta se coucher. Il passa la nuit dans le grenier et ses sanglots traversèrent le bois, résonnant dans la chambre d’Avril, hantant son sommeil.

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— Je vous souhaite la bienvenue à tous chez Prophéties et Associés, la plus grande fabrique de légendes de l'Univers !
 L'hôtesse, à la peau bleue comme des saphirs, nous souriait en dardant sur nous des yeux brillants tels des étoiles. J'y étais enfin ! Mon premier jour dans l'entreprise de légendes la plus réputée de toute la Création. C'était surtout ici, cent ans avant qu'elle ne se réalise, que la prophétie de Zadear et la princesse de glace avait été écrite. L'auteur était depuis éternellement connu et adulé : il avait réussi à créer le couple le plus parfait de tous les temps et pacifier la planète la plus habitée par la même occasion, rien que ça !
 On nous fit visiter une partie des locaux, de l'atelier de fabrication de la lumière céleste aux salles de réunion des plus grands prophètes de l'Histoire. Il y avait partout des fontaines d'éther, des micro-nuages stellaires holographiques et des statues des Infinis, des hérauts dont le travail était tout simplement inégalable.
 Un homme se présenta alors devant nous. Il avait des yeux rouges et oranges, sa peau rutilait comme un diamant et sa toge, d'un blanc immaculé, semblait faite de nuage. Il murmura quelques mots à l'oreille de l'hôtesse avant de se tourner vers nous.
— Bonjour à tous. Avant de vous séparer dans nos différentes équipes, nous allons procéder à une évalution de votre potentiel d'inventivité. Suivez mademoiselle Nariel quand elle appelera votre nom, je vous prie.
 Le mien fut le troisième. L'hôtesse me mena à travers quelques couloirs. Le trajet me parut interminable, comme une suite de portes, toutes fermées, qui vous oblige à poursuivre votre route sans pour autant voir la destination. Nariel me fit entrer dans un bureau. Les murs, recouverts de motifs floraux or et argent, étaient éclairés par un immense globe universel qui flottait au-dessus de son terminal. Près de l'installation, deux personnes étaient assises à une table de verre. La première avait une tête triangulaire recouverte d'écailles chatoyantes, tandis que la seconde ne montrait pas son visage : il était enfoui sous une tonne de longs poils brun-roux. En me voyant entrer, chacun se présenta, l'un après l'autre.
— Susssie, dit le serpent avec une voix rauque de femelle Sarpanta.
— Stoaktitoothrrrork, dit l'homme-serpillère, mais tu peux m'appeler Rork.
— Aely, me présentai-je avant de m'asseoir.
 Nariel déposa un porte-documents sur la table et en sortit un parchemin, qu'elle tendit aux prophètes, puis quitta la pièce. Pendant qu'ils discutaient, je laissai mon regard parcourir le globe. C'était une représentation intégrale de l'Univers mesurant près de trois mètres de diamètre. A l'intérieur, on y découvrait une vingtaine de petits repères lumineux de différentes couleurs, représentant des prophéties en cours.
 Les rouges, tout d'abord, étaient celles qui avaient échoué. C'était peu fréquent, surtout chez Prophéties et Associés, mais il n'était pas impossible que le sujet d'une prédiction meurt avant de la résoudre. C'était la principale cause d'échec. S'ajoutaient à ça le risque de dissipation spatiale, la concurrence, et, malheureusement, la malchance de voir que le héros ne trouve pas son oracle.
 Les vertes, ensuite, étaient celles qui avaient été accomplies. Le globe en comptait douze, un peu partout. Le seul moyen pour une prophétie de se réaliser était d'observer un mode d'emploi très précis : découvrir l'oracle et suivre ses instructions à la lettre. Un seul pas de travers de la part du sujet pouvait tout faire échouer.
 Les jaunes étaient en déplacement : attaché à un rayon de soleil, elles prenaient le trajet le plus rapide vers leur destination. Les bleues quant à elles, étaient en cours de réalisation. Je savais qu'il me suffisait de toucher l'un des points pour faire apparaître un écran présentant les événements, passés ou présents.
 Je remarquai qu'il y avait un espace non représenté sur le globe. Avant que je ne puisse m'y attardé, les prophètes se tournèrent vers moi.
— C'est un très bon projet de fin d'année que vous avez présenté à l'Académie des Jumeaux Devins.
— Merci.
— Papier de l'Arbre Feror, sur la planète Neuvis, encre de lumière vusrinéene à la plume - très belle écriture d'ailleurs.
— Sujet original. La situation sur Grara vous déplaît ?
— Je suis née là-bas. Depuis l'avénement du faux-roi, tout a changé.
— Attention alors, siffla le serpent. Dans une prophétie, vous ne pouvez absolument pas vous impliquer.
— J'ai mis une année graraïque pour l'écrire. Je ne fais plus ce genre d'erreur.
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— Pourquoi pas ? Ils sont habitués à recevoir nos prophéties.
— Excusez-moi, mais pourquoi il y a une zone floue sur votre mappe ?
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