Chapitre 26

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Les rayons du soleil inondaient la pièce, éblouissant Avril lorsqu’elle se réveilla. Le lit était vide à ses côtés et du bruit lui parvenait du rez-de-chaussée. Elle se leva en ignorant la douleur des coups de la veille et descendit l’escalier. S’arrêtant sur le palier de la cuisine, elle observa discrètement ses amis.

Raphaëlle préparait des œufs brouillés pendant qu’Etienne attendait que ses tartines sautent du grille-pain. Ronan tentait d’attraper une céréale de chaque couleur dans sa cuillère. La crêpe d’Hippolyte contenait tant de chocolat en poudre qu’il peinait à la manger sans en mettre partout. Penché au-dessus de sa tasse, Tim respirait l’odeur du café chaud.

— Salut marmotte ! lança Raphaëlle lorsqu’Avril pénétra dans la pièce.

Elle s’assit à côté de Ronan et l’embrassa dans les cheveux.

— J’avais faim, je t’ai pas attendu, s’excusa le petit garçon.

— T’as bien fait.

— Qui veut des œufs brouillés ? demanda Raphaëlle. J’en ai fait un peu trop…

Avril se laissa tenter et englouti son assiette avec une tartine de beurre et un grand verre de jus d’orange.

— Bon, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? On pourrait aller au musée, suggéra Hippolyte.

— Il faut que j’aille à la gendarmerie.

Les visages se tournèrent vers Avril, comme pour s’assurer qu’ils avaient bien entendu, que c’était bien d’elle que venait cette déclaration. Elle-même en était surprise, n’ayant absolument pas réfléchi à ce qu’elle venait de dire. Ses lèvres avaient formulées les mots avant même qu’ils ne parviennent à son cerveau.

— Je t’accompagne.

Avril leva les yeux et se retrouva face au sourire empreint de fierté de Tim.

— C’est qu’elle grandi notre petite fille, plaisanta Hippolyte.

***

Raphaëlle gara le camion devant la gendarmerie et serra longtemps Avril dans ses bras avant de la laisser rejoindre Tim. Ils regardèrent leurs amis partir jusqu’à les perdre de vue avant de se tourner vers le vieux bâtiment surmonté du drapeau national.

— C’est parti ?

— J’ai peur, murmura Avril.

— C’est normal. Mais tout va bien se passer.

Avril inspira profondément et visualisa le visage de son frère, se rappelant pour qui elle était là. Elle attrapa la main de Tim avant de rouvrir les yeux.

— C’est parti.

Les murs du hall d’accueil étaient recouverts d’affiches de prévention. Derrière un comptoir, un officier demanda à Avril la raison de sa venue.

— Je viens porter plainte contre mon beau-père pour maltraitance et viols, annonça la jeune fille, la voix tremblante.

Surpris, l’officier la regarda longuement avant de la guider dans le couloir.

— Un collègue va venir s’occuper de vous, déclara-t-il en ouvrant une porte donnant sur un petit bureau. Vous devez témoigner seule, votre ami pourra vous rejoindre pour le reste de la procédure.

— Je t’attends là, ajouta Tim.

Avril lui adressa un petit sourire avant de s’installer face au bureau. Un homme aux cheveux grisonnants la rejoignit quelques minutes plus tard.

— Bonjour, je suis le capitaine Martin. C’est moi qui vais recueillir votre plainte. Vous allez me raconter exactement ce qu’il s’est passé. Si nécessaire, je vous poserai des questions qui vous sembleront sûrement intrusives, gênantes, mais je dois disposer du plus de détails possibles concernant les faits. Si vous ne vous sentez pas à l’aise avec moi, je peux charger un autre collègue de s’occuper de vous. Quoi qu’il arrive, je suis là pour vous aider. On commence ?

Avril hocha lentement la tête avant de se lancer dans le pénible récit des treize années écoulées. Le capitaine Martin l’interrompit à plusieurs reprises pour demander plus de précision, mais toujours avec douceur. Avril répondit difficilement à ses questions, décrivant les lieux, la fréquence des agressions, les positions. Ils se rendirent ensuite chez la gynécologue du village. Une jeune femme aux cheveux bruns les accueilli et demanda aux gendarmes d’attendre le temps du prélèvement ADN.

— Tu peux m’appeler Mélanie, se présenta-t-elle. Je vais faire au plus vite, je me doute que cette procédure n’a rien d’amusant pour toi. Mais rassure-toi, ça ne fait pas mal. Ton ami peut rester si tu le veux.

Allongée, les pieds dans les étriers, Avril serrait la main de Tim, les larmes aux yeux. Ses cicatrices et ses bleus furent ensuite pris en photo. Les gendarmes voulaient vérifier que son vagin était bien meurtri, que son dos était bien marqué, s’assurer qu’elle ne mentait pas. Cela aurait été bien plus simple. Mais non, son corps criait la vérité, cette histoire sordide était bien réelle.

À leur retour à la gendarmerie, Avril signa des papiers pour obtenir la garde de Ronan, du moins jusqu’à l’accord du juge. Ils planifièrent ensuite un rendez-vous pour une expertise psychologique. Malgré les doutes et la peur suscités par les douloureux souvenirs qui remontaient à la surface, Avril se sentait légère, comme un oiseau tombé du nid découvrant dans sa chute que ses ailes peuvent le porter et que le vent est un allié.

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Journal d'une étudiante de septembre à juin.

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