Chapitre 10

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Tentant de distinguer la marche de la véranda dans la pénombre, Avril pénétra dans la maison aux lanternes pour récupérer son pull. Elle s’arrêta au pied de l’escalier, réalisant que c’était peut-être la dernière fois qu’elle se retrouvait seule dans cet endroit qui lui était devenu si familier durant les deux mois écoulés. Elle monta les marches en gravant chaque détail dans sa mémoire.

Le bois craqua sous ses pieds, rompant le silence. Elle laissa sa main glisser sur la rambarde sculptée, sentant les imperfections du bois sous ses doigts. Arrivée sur le palier, elle observa le vieux fauteuil en cuir posé dans un coin, près d’une lampe en cuivre. Un grand rideau opaque dissimulait la fenêtre. Les couleurs du tapis persan s’étaient fondues dans l’obscurité de la nuit.

Avril s’engagea dans le couloir et observa chaque cadre accroché au mur. La première porte à sa gauche donnait sur une chambre dotée de deux lits simples, occupés par Tim et Etienne. Une grande fenêtre sur le mur face à la porte laissait voir les ombres de la nuit. Chacune des chambres était dotée d’une fenêtre similaire. Les deux pièces du fond étaient la salle-de-bain et la chambre de Raphaëlle et Hippolyte.

Après avoir caressé les aspérités du papier peint fleuri, Avril pénétra dans la pièce à sa droite pour récupérer un pull dans son sac. Un lit double occupait la majeure partie de l’espace. Une commode contenait les affaires de Tim qui dormait normalement ici.

Avril fit demi-tour et redescendit l’escalier pour rejoindre les autres. Elle traversa de nouveau la véranda et sortit dans la fraîcheur de la nuit. Ses amis étaient allongés sur des couvertures, les yeux rivés sur le ciel. Bidouille se trouvait près de Ronan, ne le quittant presque plus depuis leur rencontre tumultueuse. La jeune fille s’allongea aux côtés de son frère après avoir enfilé son pull. Le petit garçon se colla contre elle, Neil coincé sous son coude.

La nuit était claire, bien que la lune se soit éclipsée. Son absence rendait cependant les étoiles plus brillantes. Elles illuminaient le ciel, tels des milliers de petits diamants flottants dans le ciel. Une chauve-souris traversait parfois la nuit, poussant un cri perçant. Mais en cette fin d’été, c’était les étoiles filantes qu’ils tentaient d’apercevoir.

Ronan en avait vu plusieurs, s’exclamant chaque fois qu’une lueur dansait dans le ciel. Etienne pointait parfois une constellation du doigt, racontant son histoire d’une voix détendue. Avril aimait le voir ainsi, reposé et sans retenue. Elle avait alors l’impression d’entrevoir sa vraie personnalité.

De son côté, la seule chose qu’elle avait pu voir jusqu’ici était les lumières trompeuses d’un avion. Elle n’avait eu aucune occasion pour faire un vœu, non pas qu’elle y croyait. En fait, elle savait qu’il était impossible qu’un souhait formulé au creux de sa tête ne puisse se concrétiser par le simple passage d’un météore.

Pourtant, bien après qu’ils soient montés se coucher, Avril ne put s’empêcher de retourner dans le jardin. Ses pieds nus frissonnèrent au contact de l’herbe fraîche. Son fin t-shirt n’empêchait pas le froid de gagner sa peau, la faisant grelotter. Elle resta debout, immobile, comme enracinée à la terre. Ses yeux ne quittaient pas le ciel, cherchant une lueur dansante dans l’immensité étoilée.

Quand enfin une météorite traversa l’atmosphère, créant une trainée lumineuse visible durant de brèves secondes, Avril ferma les paupières et fit un vœu. Les pensées se cognaient dans sa boîte crânienne, elle ne savait pas laquelle choisir. Elle opta finalement pour la simplicité et souhaita que l’été ne se termine jamais.

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Journal d'une étudiante de septembre à juin.

Nouvelle initialement écrite pour Rêves de Lignes
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— Je vous souhaite la bienvenue à tous chez Prophéties et Associés, la plus grande fabrique de légendes de l'Univers !
 L'hôtesse, à la peau bleue comme des saphirs, nous souriait en dardant sur nous des yeux brillants tels des étoiles. J'y étais enfin ! Mon premier jour dans l'entreprise de légendes la plus réputée de toute la Création. C'était surtout ici, cent ans avant qu'elle ne se réalise, que la prophétie de Zadear et la princesse de glace avait été écrite. L'auteur était depuis éternellement connu et adulé : il avait réussi à créer le couple le plus parfait de tous les temps et pacifier la planète la plus habitée par la même occasion, rien que ça !
 On nous fit visiter une partie des locaux, de l'atelier de fabrication de la lumière céleste aux salles de réunion des plus grands prophètes de l'Histoire. Il y avait partout des fontaines d'éther, des micro-nuages stellaires holographiques et des statues des Infinis, des hérauts dont le travail était tout simplement inégalable.
 Un homme se présenta alors devant nous. Il avait des yeux rouges et oranges, sa peau rutilait comme un diamant et sa toge, d'un blanc immaculé, semblait faite de nuage. Il murmura quelques mots à l'oreille de l'hôtesse avant de se tourner vers nous.
— Bonjour à tous. Avant de vous séparer dans nos différentes équipes, nous allons procéder à une évalution de votre potentiel d'inventivité. Suivez mademoiselle Nariel quand elle appelera votre nom, je vous prie.
 Le mien fut le troisième. L'hôtesse me mena à travers quelques couloirs. Le trajet me parut interminable, comme une suite de portes, toutes fermées, qui vous oblige à poursuivre votre route sans pour autant voir la destination. Nariel me fit entrer dans un bureau. Les murs, recouverts de motifs floraux or et argent, étaient éclairés par un immense globe universel qui flottait au-dessus de son terminal. Près de l'installation, deux personnes étaient assises à une table de verre. La première avait une tête triangulaire recouverte d'écailles chatoyantes, tandis que la seconde ne montrait pas son visage : il était enfoui sous une tonne de longs poils brun-roux. En me voyant entrer, chacun se présenta, l'un après l'autre.
— Susssie, dit le serpent avec une voix rauque de femelle Sarpanta.
— Stoaktitoothrrrork, dit l'homme-serpillère, mais tu peux m'appeler Rork.
— Aely, me présentai-je avant de m'asseoir.
 Nariel déposa un porte-documents sur la table et en sortit un parchemin, qu'elle tendit aux prophètes, puis quitta la pièce. Pendant qu'ils discutaient, je laissai mon regard parcourir le globe. C'était une représentation intégrale de l'Univers mesurant près de trois mètres de diamètre. A l'intérieur, on y découvrait une vingtaine de petits repères lumineux de différentes couleurs, représentant des prophéties en cours.
 Les rouges, tout d'abord, étaient celles qui avaient échoué. C'était peu fréquent, surtout chez Prophéties et Associés, mais il n'était pas impossible que le sujet d'une prédiction meurt avant de la résoudre. C'était la principale cause d'échec. S'ajoutaient à ça le risque de dissipation spatiale, la concurrence, et, malheureusement, la malchance de voir que le héros ne trouve pas son oracle.
 Les vertes, ensuite, étaient celles qui avaient été accomplies. Le globe en comptait douze, un peu partout. Le seul moyen pour une prophétie de se réaliser était d'observer un mode d'emploi très précis : découvrir l'oracle et suivre ses instructions à la lettre. Un seul pas de travers de la part du sujet pouvait tout faire échouer.
 Les jaunes étaient en déplacement : attaché à un rayon de soleil, elles prenaient le trajet le plus rapide vers leur destination. Les bleues quant à elles, étaient en cours de réalisation. Je savais qu'il me suffisait de toucher l'un des points pour faire apparaître un écran présentant les événements, passés ou présents.
 Je remarquai qu'il y avait un espace non représenté sur le globe. Avant que je ne puisse m'y attardé, les prophètes se tournèrent vers moi.
— C'est un très bon projet de fin d'année que vous avez présenté à l'Académie des Jumeaux Devins.
— Merci.
— Papier de l'Arbre Feror, sur la planète Neuvis, encre de lumière vusrinéene à la plume - très belle écriture d'ailleurs.
— Sujet original. La situation sur Grara vous déplaît ?
— Je suis née là-bas. Depuis l'avénement du faux-roi, tout a changé.
— Attention alors, siffla le serpent. Dans une prophétie, vous ne pouvez absolument pas vous impliquer.
— J'ai mis une année graraïque pour l'écrire. Je ne fais plus ce genre d'erreur.
 Ils se regardèrent - si Rork voyait quelque chose. Puis Susssie se leva et contourna le globe. Elle passa près de la zone noire, siffla, puis désigna un endroit à l'autre bout de l'Univers. L'hologramme se transforma pour afficher une unique planète.
— Saolia, pour un premier test, Rork ?
— Pourquoi pas ? Ils sont habitués à recevoir nos prophéties.
— Excusez-moi, mais pourquoi il y a une zone floue sur votre mappe ?
— Ah, la Voie lactée...
 Susssie revint en arrière et zooma sur le néant présent sur son image. Rork plaça sa tête entre ses énormes mains, coudes posés sur la table.
— Nous étions trois dans ce bureau, avant. Le dernier a été remercié il y a quelques siècles.
— Notre partenaire a perdu les pédales pendant nos vacances. Il a littéralement bombardé une planète de prophéties. En moins de deux siècles autochtones, il y a mis près de cinquantes messagers.
— Il a même brisé la première règle du prophète.
— Ne jamais s'adresser directement ou indirectement au sujet, récitai-je.
— Pauvre Dieu, je ne sais même pas ce qu'il est devenu, déplora Rork.
— Depuis deux milles ans, la zone est en quarantaine. Les experts pensent qu'il y en a encore pour un moment.
 La sarpanta replaça l'hologramme sur Saolia, puis revint s'assoir. Elle me tendit un parchemin vierge, Rork me donna une plume d'oiseau-shird à pointe de cristal.
— Voyons comment tu te débrouilles avec le stress. Tu as un an pour écrire et réaliser une prophétie.
— Un an ici ?
— Autochtone, s'esclaffa Rork. On a à peine le temps de prendre notre pause, alors tu devrais te dépêcher !
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