Chapitre 8

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Le paysage défilait à travers les vitres du van. Les enceintes diffusaient un air de folk apaisant et joyeux, parfait pour ce milieu d’après-midi. Avril et Ronan étaient arrivés à la maison aux lanternes aux alentours de quatorze heures, comme convenu. Ils étaient immédiatement montés dans le camion et avaient pris la route, Tim au volant. Après une heure, serrés sur la banquette arrière, ils avaient commencés à apercevoir l’eau scintillante du lac entre le feuillage des arbres qui bordaient la route.

Tim gara le van sur un parking au bord de la plage et Hippolyte s’empressa d’ouvrir les portes, permettant à tout le monde de sortir se dégourdir les jambes. Avril suivit Ronan jusqu’au muret où ils contemplèrent le paysage qui se déployait devant eux.

Le soleil faisait briller la surface calme du lac qui s’étendait à perte de vue. Les flancs des montagnes étaient recouverts de forêts et certains sommets étaient dissimulés sous la neige. Quelques petits villages étaient disséminés sur les rives, baignés dans la lumière du jour. Ronan, perdu dans la contemplation de ce tableau, finit par prendre la main de sa sœur avant de rejoindre leurs amis plus bas, sur la plage.

Raphaëlle trempait ses pieds dans l’eau pendant que les garçons étaient partis un peu plus loin. Ronan ôta ses chaussures et la rejoignit. Il s’amusa à observer ses pieds déformés par les mouvements de l’eau et s’apprêtait à enlever ses habits lorsque Raphaëlle le retint.

— Attends encore un peu bonhomme, les garçons sont partis louer un pédalo.

— Un quoi ? demanda le petit garçon, intrigué.

— Suis-moi, je vais te montrer.

Raphaëlle attrapa la main de Ronan et l’emmena vers les pontons situés un peu plus loin sur la droite, près de la cabane où se trouvaient les garçons. Avril observa son petit frère s’extasier devant les petits bateaux colorés à pédales.

— Avril, regarde ! Il y en a un avec un toboggan ! s’écria-t-il.

— Il te plaît ? demanda Hippolyte lorsqu’il les rejoignit avec Tim et Etienne. Oui ? Ça tombe bien, c’est le nôtre !

Ronan cria de joie avant de sauter dans les bras du jeune homme. Bien qu’enthousiaste à l’idée de passer l’après-midi au milieu du lac, sans rien qui ne puisse l’atteindre, Avril était gênée de ne pouvoir participer à la location. Tim la rassurât lorsqu’elle lui en fit part, déclarant que cela leur faisait plaisir.

***

Le pédalo était bercé par l’eau, provoquant un clapotis apaisant. Assise à l’arrière, Avril admirait les alentours derrière ses lunettes de soleil, la main pendant par-dessus le rebord pour toucher l’eau. Elle était la seule à avoir gardé son bermuda et son t-shirt, bien trop intimidée à l’idée de se dévêtir. Elle n’avait d’ailleurs pas pris la peine d’enfiler un maillot sous sa tenue. Raphaëlle et Hippolyte pédalait à l’avant, main dans la main. Etienne était assis à gauche d’Avril, caché par le toboggan, et devait probablement filmer Tim qui nageait autour d’eux. Ronan était perché en haut du toboggan, tel le capitaine d’un navire. Son maillot de bain Scooby-Doo avait suscité un fou rire chez Hippolyte lorsque le petit garçon le lui avait montré.

Ils finirent par s’arrêter après avoir vogué au hasard et rejoignirent Tim dans l’eau fraîche. Hippolyte entraîna Ronan après lui avoir enfilé le gilet de sauvetage que leur avait donné le magasin de location. Avril resta sur le pédalo, les pieds dans l’eau à les regarder s’amuser. Raphaëlle et Hippolyte essayèrent d’apprendre à nager à Ronan, bien qu’il soit trop excité pour les écouter. Tim s’amusa à poursuivre Etienne autour de l’embarcation pour lui plonger la tête sous l’eau dès qu’il le rattrapait. Les glissades sur le toboggan provoquèrent des éclaboussures qu’Avril accueillie avec joie, ainsi que des éclats de rire dont elle laissa la mélodie bercer son oreille.

Tandis qu’elle observait Ronan faire la planche avec l’aide de Raphaëlle, Avril sentit le pédalo bouger lorsque quelqu’un grimpa derrière elle et s’apprêtait à se retourner quand deux mains la poussèrent à l’eau.

La panique la gagna alors qu’elle se débattait, tentant d’attraper le rebord du bateau. L’eau s’infiltra dans sa bouche, la faisant tousser, et elle ne parvenait pas à trouver un point de repère autour d’elle, aveuglée par la peur. Des bras l’attrapèrent par la taille, l’aidant à se hisser hors de l’eau. Avril cracha de l’eau, tentant de retrouver sa respiration pendant que la peur relâchait son emprise. Une fois calmée, elle se redressa et s’adossa au toboggan.

— Merde, pourquoi tu nous as pas dit que tu savais pas nager ?! s’écria Hippolyte. Merde ! Pardon ! Merde !

— Calme-toi, murmura Tim d’une voix rassurante.

Avril n’aurait su dire s’il s’adressait à elle ou bien à son frère, mais elle retrouva son souffle et s’apaisa, laissant la chaleur de l’embarcation la réchauffer.

— Ça va, je vais bien.

— La vache, j’ai failli te tuer, laissa échapper Hippolyte dans un souffle.

— Abruti, ricana Tim.

Ce dernier attrapa la main de son frère et le tira dans l’eau, le faisant tomber du pédalo avant d’y monter. Les rires reprirent tandis qu’Hippolyte était éclaboussé de toute part. Tim s’accroupit près d’Avril qui tentait de calmer les tremblements qui la gagnait.

— Suis-moi, murmura-t-il.

Surprise, Avril attrapa cependant la main qu’il lui tendait et se leva. Elle regarda autour d’elle, se demandant où il pouvait bien vouloir l’emmener au vu de la petite surface sur laquelle ils se trouvaient et de l’eau qui les encerclait. Tim l’entraîna de l’autre côté du pédalo avant de glisser doucement dans l’eau. Il l’invita ensuite à faire de même.

— Je n’ai pas pieds, déclara-t-elle d’une voix grelottante.

— Je ne te quitterai pas.

Avril était déstabilisée par la confiance qu’elle ressentait pour Tim alors qu’elle le connaissait à peine. Elle s’assit sur le rebord et s’agrippa au bateau alors que son corps plongeait avec appréhension dans le lac.

— Pose tes mains sur mes épaules.

Bien qu’inquiète à l’idée de le faire couler et gênée par leur proximité, Avril se détendit au contact de sa peau et le suivit alors qu’il s’éloignait de l’embarcation. Il lui montra comment bouger ses jambes afin de rester à la surface.

— Allonge-toi.

— Je vais couler.

— Je te tiens.

La jeune fille fit remonter ses jambes à la surface et tenta tant bien que mal de s’allonger dans l’eau.

— Détends-toi. Ferme les yeux.

Les bras de Tim frôlaient sa peau, la faisant frissonner. Ses cheveux roux flottaient autour de son visage, tels des algues marines flamboyantes lui chatouillant les épaules et le cou. Des rires lointains lui parvenaient, accompagnés par le bruit de l’eau frappant la coque du bateau, provoquant un clapotis apaisant. Le soleil perçait à travers ses paupières et réchauffait son visage. Avril eut l’impression d’être seule, au milieu d’une apaisante immensité.

— Tu flottes, souffla Tim quelques minutes plus tard.

Ouvrant les yeux, Avril découvrit qu’il s’était légèrement éloigné et paniqua en réalisant que ses bras ne la soutenaient plus. Elle se redressa dans un mouvement de panique et but la tasse. Tim se rapprocha en souriant et la tint par la taille, ne sentant pas la jeune fille se crisper lorsqu’il posa ses mains sur ses hanches.

— Accroche-toi à moi.

Avril passa les bras sur ses épaules, s’agrippant à lui comme à une bouée de sauvetage. Elle plongea son regard dans les yeux noirs de Tim, lac d’émotions aussi apaisant et scintillant que celui où ils se trouvaient, portés par flots, comme dansant sur une musique silencieuse.

— Je t’apprendrai à nager, promis.

Avril sourit, étrangement sereine au milieu de cette étendue d’eau. Leurs jambes se frôlaient sous la surface, comme des animaux dansant dans la végétation sous-marine.

— J’ai tout l’été pour t’apprendre.

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