Chapitre 6

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Les rayons du soleil brillaient à travers les arbres de la forêt qui s’étendait des deux côtés de la route. Les oiseaux chantaient, cachés dans le feuillage. Avril pédalait tranquillement, suivant la cadence. Assis derrière elle, Ronan jouait avec les sangles de son siège. Raphaëlle, affublée d’un casque et de protections, avançait en roller, s’accrochant parfois au porte-bagages du vélo d’Etienne pour se reposer, obligeant ce dernier à poser sa caméra pour tenir le guidon de ses deux mains afin de pédaler plus fort. Tim et Hippolyte avaient récupéré un vieux tandem dans la remise de la maison aux lanternes et pédalaient au même rythme, bien qu’Hippolyte laisse parfois ses jambes se balancer dans le vide, confiant à son frère le soin de faire avancer le tas de ferraille.

Ils avaient quitté les environs du village depuis une heure et n’avaient pas de destination particulière. Ils roulaient au rythme de leurs envies, laissant les rayons du soleil réchauffer leur peau et le chant des oiseaux combler le silence. Ce n’est que deux heures plus tard qu’ils s’arrêtèrent pique-niquer, déployant une vieille nappe sur le sol, rapidement recouverte d’une grande variété de nourriture. Les baguettes furent coupées en deux et remplies de tomates, jambon et fromage, le taboulé et la salade de pâtes disparurent avec les dés de melon pour laisser place aux fraises et aux abricots.

Observant ce petit groupe se nourrir de tous ces mets, Avril absorba les éclats de rire qui résonnaient dans l’air, accompagnés d’une pointe de légèreté et d’insouciance, et fut repue de bonheur. Elle se laissa aller à quelques sourires et s’imagina revenir plusieurs fois au cours de l’été. Elle se voyait en compagnie d’Hippolyte sur un sentier en forêt, lovée sur un canapé avec Raphaëlle, au bord d’un ruisseau avec Tim et autour d’une table avec Etienne. Ses craintes s’étaient dissipées, les connaître un peu plus ne lui faisait plus peur. C’était désormais la perspective de lendemains sans eux qui l’effrayaient, ainsi que l’idée de retourner à son quotidien morne et épuisant. Bien qu’elle ne les connaisse pas vraiment, elle avait goûté au plaisir de l’amusement et retrouvait à leur contact un semblant d’innocence dont il lui était désormais impossible de se passer.

— Laisse cet abricot Scooby-Doo, il est pour moi, s’écria Tim en récupérant le dernier fruit des mains de son petit frère.

— Pourquoi vous l’appelez Scooby-Doo ? demanda Ronan intrigué.

— Il passait son temps à regarder ce dessin-animé quand il était petit, expliqua Raphaëlle. Il y a plusieurs mois, on a retrouvé des vieilles cassettes dans sa chambre, alors on le taquine.

— Je t’en prie, ne m’appelle pas comme ça ! s’exclama Hippolyte.

— Promis, Scooby-Doo ! répondit le petit garçon.

— Touché en plein cœur !

Hippolyte s’écroula sur le sol, la main sur la poitrine, entraînant le rire de Ronan. Son visage semblait plus radieux qu’à son habitude, ce qui mettait du baume au cœur de sa sœur, tout en l’attristant : il semblait plus heureux en cette journée d’été qu’au cours des quatre années précédentes.

Etienne restait à distance, le visage dissimulé par sa caméra, occupé à capturer ce qui se transformait en souvenir à chaque seconde qui passait. Avril était intriguée, il parlait peu, ne la regardait pas et semblait tout juste supporter sa présence. Chaque fois qu’elle se laissait griser par une sensation de légèreté, elle le voyait du coin de l’œil et avait le sentiment de s’imposer. Pourtant, lorsque son regard se portait sur son petit frère au sourire éclatant, toutes les parcelles de son être lui disaient de rester.

En les observant, Avril pouvait deviner les liens qui unissaient ces amis. Hippolyte et Raphaëlle restaient très discrets mais échangeaient fréquemment des regards qui suffisaient à remplacer un baiser. Leur relation semblait si fraîche et si habituelle, comme la rosée du matin qui s’installe sur les pétales des fleurs : délicate et quotidienne.

Tim adoptait une attitude protectrice envers Hippolyte, le surveillant discrètement. Il le faisait rire, le taquinait, jouait le rôle du grand frère à la perfection : casse-pied et attentionné. Raphaëlle portait également un intérêt particulier au bien-être de son petit-ami, mis à part la relation qui les unissait. Elle semblait s’assurer qu’il ne manquait de rien et veillait à conforter Tim dans la place qu’il occupait afin qu’Hippolyte soit bien entouré. Etienne, bien que plus discret et plus en recul, se cachait derrière sa caméra pour avoir une raison d’observer un à un chacun de ses amis et analyser chacune de leurs mimiques, comme s’il se préparait à devoir recoller les morceaux d’une minute à l’autre.

— Vous êtes déjà allé au lac ? demanda Tim, interrompant Avril dans ses pensées.

— Non, je l’ai jamais vu, répondit Ronan. Avril m’a dit qu’il était très grand !

— On pensait y aller la semaine prochaine, ça peut être sympa.

— On peut venir ? Dis Avril, on peut y aller ?

— C’est une bonne idée, confirma Raphaëlle.

— Je ne sais pas, hésita la jeune fille, je ne voudrais pas qu’on s’impose. Vous préférez sûrement rester ensemble.

— Non, on se voit assez comme ça, ne t’inquiètes pas, blagua Hippolyte. Allez, dis oui.

— Dis oui ! renchérit Ronan.

Tout le groupe se mit à la supplier, hormis Etienne qui était occupé à filmer, cherchant le meilleur angle et la meilleure lumière. Avril finit par accepter, suscitant des hourras et des exclamations de joies. Le reste de l’après-midi consista à faire des plans pour cette journée à venir avant qu’ils ne remontent finalement en selle et ne reprennent la route du village. Revigorée par un sentiment de plénitude, Avril pédalait en souriant, sentant Ronan s’endormir dans son siège. Elle laissa même un éclat de rire se déployer lorsque Raphaëlle agrippa le porte-bagages d’Etienne dans une montée, obligeant ce dernier à s’arrêter. Tim et Hippolyte avaient échangés leur place sur le tandem et Avril découvrit que Tim avait cessé de pédaler. Il lui adressa un clin d’œil lorsque leurs regards se croisèrent. Elle en était désormais sûre, cet été lui offrirait encore de nombreux pique-nique de rires.

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Journal d'une étudiante de septembre à juin.

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— Bonjour à tous. Avant de vous séparer dans nos différentes équipes, nous allons procéder à une évalution de votre potentiel d'inventivité. Suivez mademoiselle Nariel quand elle appelera votre nom, je vous prie.
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